Il y a quelques mois, je me trouvais en compagnie de Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, à Tibbérine, dans ce monastère cistercien où 7 moines kidnappés par des groupes islamistes ont été massacrés. C’était en 1996. Deux mois après, on retrouvait leurs têtes suspendues aux branches d’un arbre, à quelques kilomètres de là. Au cours de mon voyage et en visitant le monastère de Tibbérine, j’ai reçu la confidence d’un prêtre qui a bien connu les moines assassinés. Il se trouvait lui-même là, la nuit du rapt, dans le monastère et a pu échapper miraculeusement à leur enlèvement. Ce prêtre me disait : « Tous les moines s’attendaient à cette issue. Ils s’y préparaient spirituellement. Sans savoir ni l’heure, ni le jour. Au fil des mois, la communauté avait gagné en communion, en fraternité, en ferveur. Elle était devenue « plus eucharistique » ajoutait-il. Et il se rappelait, le soir de leur disparition, après l’office des Complies. Plusieurs d’entre eux étaient agenouillés, dans le silence de la nuit, devant le tabernacle. Tout témoignage, fut-il celui de martyr de sang, commence à genoux.