Vie Eucharistique de Jésus
Ma convenance, mon intérêt, l'amour,
veulent que je vive de la vie de Jésus au Très Saint-Sacrement;
sa vie doit être la règle et la fin de la mienne. Or la vie eucharistique
de Jésus a deux caractères bien distincts:
Elle est cachée. « Vous êtes
vraiment un Dieu caché! » s'écriait Isaïe à
la vue du mystère eucharistique. État voilé.
Toutes les vertus, toutes les actions de Jésus en son divin sacrement
prennent ce caractère; sa bonté prodigue à tous les dons
et les grâces de son amour, et il cache la main qui les donne, et même
le cur qui les offre. Ainsi veut-il que je fasse le bien: n'ayant que
Lui pour témoin, restant ignoré du monde. Sa sainteté continue
dans son état sacramentel les grandes vertus de sa vie mortelle. Sa pauvreté
y est entière: il faut que le prêtre lui donne la matière
du Sacrement, un tabernacle, un ciboire; Jésus ne vient à nous
qu'avec son amour. Son obéissance y est continuelle, universelle, perpétuelle,
et personne ne le voit obéissant. Sa personne divine n'a que la grandeur
de son amour pour se défendre contre ses ennemis, contre les sacrilèges
profanateurs. Il y est sans cesse mystiquement crucifié, et personne
ne s'en aperçoit: la foi seule nous l'apprend.
Sa pureté est parfaite, mais les voiles eucharistiques en cachent la
beauté et l'éclat. Sa charité y est toute maternelle et
inépuisable, et cependant personne ne voit ses divines mains qui répandent
ses bienfaits. Ainsi doivent être toutes mes vertus, simples et cachées,
pour être, comme celles de Jésus, tout eucharistiques.
Le second caractère de la vie eucharistique de Jésus, c'est
qu'elle est tout intérieure en Dieu. Action cachée.
Que fait Jésus au Très Saint-Sacrement? Il ne court plus après
la brebis égarée, non, mais il l'attend avec amour; il l'appelle
à lui, car son amour l'a fait prisonnier dans son tabernacle, afin dêtre
toujours à la disposition de l'homme. Jésus ne parle plus à
voix haute, au milieu du monde, sur les places publiques, pas même dans
son temple. Sa voix est basse, tout intérieure; il veut que l'on prête
une oreille attentive à sa voix, et, par conséquent, qu'un grand
calme, qu'un grand silence règnent autour de lui. La perfection de l'amour
consiste plutôt à écouter qu'à parler, à contempler
qu'à travailler avec activité.
Ainsi faisait Madeleine aux pieds de Jésus. Sa prière est toute
silencieuse en son divin Sacrement; on n'y entend ni sa voix ni ses soupirs,
comme au jardin des Olives, comme sur la croix. Jésus prie en s'anéantissant
devant la majesté de son Père céleste. Il aime; mais on
ne voit pas les flammes de sa divine charité; on n'en sent que la force
et la douceur. Il sanctifie le monde de la sainte Hostie, mais d'une manière
invisible et toute spirituelle. Il gouverne le monde de son tabernacle comme
de son trône, mais sans quitter son divin repos en Dieu. Ainsi doit être
le royaume de Jésus en moi: tout intérieur. Me ramasser tout entier
autour de Jésus: mes facultés et mon âme, et, autant que
possible, mes sens. Je dois vivre avec Jésus en DIEU, et non avec moi;
prier avec lui; m'immoler avec son sacrifice; me consumer dans un même
amour; devenir pour ainsi dire une même flamme, un même cur,
une même vie en Jésus-Hostie !...