LES NOCES MYSTIQUES
Réjouissons-nous, tressaillons d'allégresse et rendons gloire
à Dieu: voici les noces de l'Agneau, et son épouse est prête.
(Ap 19,7)
Notre-Seigneur a épousé la nature humaine dans l'Incarnation;
il a pris une nature identique à la nôtre, mais pure et sans péché.
La nature humaine a célébré dans le sein de Marie ses premières
noces avec le Verbe. Avec cette nature, Jésus-Christ a sauvé le
monde. Il aimait l'humanité parce qu'il l'avait épousée,
et c'est pourquoi il s'est livré pour elle; c'est pour cela aussi qu'il
aimait tant à s'appeler le Fils de l'Homme. Mais Jésus-Christ
veut épouser chacune de nos âmes, et c'est pour cela qu'il a institué
l'Eucharistie. Là, chaque jour, se célèbrent les noces
de Jésus-Christ avec lâme chrétienne. Et ce sont nos
âmes qui sont invitées, non pas seulement à assister à
la fête, mais à devenir épouse. Quelle surprise qu'une pareille
invitation, que le Verbe-Dieu nous dise: «Viens, Ô mon âme,
mon épouse, viens recevoir de ma main la couronne nuptiale!» Notre-Seigneur
ne nous demande que la seule volonté de venir. Il nous donne lui-même
dans la Pénitence notre robe nuptiale. Pauvres, boiteux, estropiés,
errants et mendiants, il nous dit: Venez, venez vous enivrer chaque jour de
chastes délices à mon festin nuptial. Notre-Seigneur ne pouvait
pas nous honorer davantage. Je sais que tous ne viennent pas, et plusieurs par
leur faute; cependant l'invitation s'adresse à tous. Pour ceux que des
raisons légitimes empêchent de s'approcher chaque jour, qu'ils
soient heureux de voir leurs frères plus favorisés communier plus
souvent; heureux de voir que Notre-Seigneur ne demeure
pas stérile dans son ciboire. En voyant la fête des autres,
pensez à la vôtre qui viendra quand vous en serez plus dignes.
Jésus épouse donc l'âme qui communie: il se l'unit d'une
alliance divine. C'est un contrat fait librement entre l'âme et Jésus;
ils s'unissent pour ne faire qu'une seule personne morale: contrat que Jésus
ne brisera jamais; à nous de ne pas y être infidèles, mais
de le faire vivre dans l'amour, la fidélité de la conscience,
la volonté inébranlable d'en préférer les obligations
à tout. Ne l'avez-vous pas promise, cette fidélité ?
Jésus vous appelait à vous unir à lui; votre pauvreté
vous inclinait à ne pas avancer; Jésus vous a dit: « Venez
malgré tout, je vous serai tout. » A la vue de tant d'amour,
dans le feu de la reconnaissance vous avez promis d'être tout à
Dieu, vous vous êtes lié à lui pour toujours. Car qui oserait
dire à Notre-Seigneur: je vous serai fidèle aujourd'hui; mais,
pour après, je te promets rien? Non, l'on se donne pour toujours, et
c'est sincère au moins dans le désir et la volonté actuelle.
Voilà le contrat : Jésus y sera fidèle; ne le brisez
pas de votre côté. L'épouse, en s'alliant, perd sa personnalité;
elle entre sous la puissance de l'homme; elle lui doit obéissance: à
lui de commander et de diriger la famille; il en est le chef et la tête.
Dans cette alliance sacramentelle, l'âme ne s'unit pas non plus à
Jésus pour rester maîtresse d'elle-même. Elle vient se soumettre,
se donner à lui. Elle devra faire son soin d'étudier sa volonté,
de l'aider, de le suivre partout. Elle n'est que l'épouse: Jésus
est l'époux. Pensez aux obligations de ce titre magnifique, acceptez-en
les charges, puisque vous en prenez l'honneur.
Plusieurs bonnes âmes disent: être épouse, c'est trop haut
pour moi, j'aime mieux rester la servante du Seigneur. Mais, leur répond-on,
la servante ne mange pas à la table du maître. Restez aux pieds
de Notre-Seigneur, si vous ne voulez être que sa servante. Il y a là-dessous,
bien souvent, un peu de lâcheté. Noblesse oblige. Laissez-vous
élever et grandir par Notre-Seigneur; soyez sans crainte, cet honneur
ne vient pas de vous: c'est Notre-Seigneur qui vous y fait monter; il vous donnera
la dot de grâces et de vertus nécessaires pour en porter les obligations.
Ame chrétienne, prenez avec confiance ce beau titre d'épouse de
Jésus-Christ, et honorez Notre-Seigneur avec l'amour et la délicatesse
d'une épouse fidèle. De grâce, ne dites pas à Notre-Seigneur
quil s'est trompé en vous adoptant !
L'union entre l'âme et Jésus-Christ est plus étroite que
toute autre union. Aucune union naturelle ne peut se comparer à celle-là,
quelles que soient les personnes qui contractent, leurs qualités, leur
mutuelle affection. Elle se fait ente Jésus-Christ
et l'âme d'une manière spirituelle et plus intime que le changement
même de la nourriture en la substance de celui qui la prend. L'âme
s'unit tellement à Jésus-Christ qu'elle perd en quelque sorte
son être propre pour laisser vivre en elle Jésus seul: « Vraiment
cest le Christ qui vit en moi ». Cette union a des degrés
d'intimité: plus l'amour est fort, plus elle est étroite et resserrée;
de même que deux cires s'unissent d'autant mieux qu'elles sont plus liquides.
L'âme se fond en Jésus-Christ comme une goutte d'eau se perd dans
l'océan et devient partie de l'océan. Participant à
la nature divine.
Certes, Jésus-Christ pouvait se contenter de nous donner seulement les
grâces de salut. Mais il a vu des âmes généreuses
qui l'aimeraient avec le dévouement de vraies épouses, et à
elles il a dit: « je vous épouserai pour l'éternité :
« Je te fiancerai à moi pour toujours. »
Mais si Jésus-Christ nous épouse à la Communion, une seule
Communion consommera l'union; à quoi bon communier si souvent? Certainement
que de sa part Jésus-Christ pourrait en une seule fois nous consommer
et nous perdre en lui. Il le désire, et ne nous mesure pas l'abondance
du don de lui-même. Mais nous sommes si peu débarrassés
de nos scories, si peu propres à nous fondre en lui, que Jésus
doit venir souvent renouveler l'union pour fortifier, achever notre première
Communion; chaque fois il confirme la première alliance, la rend plus
pure et plus étroite; Jésus ne se donne pas avec parcimonie, et
il ne dépend pas de lui que l'union ne soit parfaite; c'est nous qui
ne sommes pas prêts et qui hésitons à nous perdre en lui.
Honorons donc Jésus comme notre Époux divin. Aimons-le avec tout
le dévouement dont nous sommes capables.
Quoi ! épouses infidèles, nous avons péché,
manqué à nos engagements; Jésus nous a aimées malgré
nos fautes, il nous invite de nouveau à nous unir à lui, il oublie
tous nos torts, et nous ne l'aimerions pas! Et nous ne lui promettrions pas
du fond du coeur une fidélité inviolable? Ferons-nous comme d'indignes
femmes ,qui, associées au trône par des princes trop bons, sont
devenues arrogantes, pour le malheur des peuples? Élevées sans
les vertus propres à un si haut rang, elles n'y ont mené qu'une
vie honteuse et infidèle. En userons-nous ainsi à l'égard
de Jésus-Christ? Nous n'avions rien, nous n'étions rien, Jésus
nous a aimés, a partagé avec nous sa gloire et ses richesses:
répondons à cet amour en lui rendant tout, comme venant de lui
sans aucun mérite de notre part, et en nous donnant nous-mêmes
à lui comme lui appartenant à tant de titres. Si nous réfléchissions
à l'amour de Jésus-Christ pour nous dans le Saint-Sacrement, notre
vie ne serait qu'un long acte d'amour et de reconnaissance.