L’Eucharistie, notre Voie
NOTRE-SEIGNEUR a dit ces paroles alors qu'il était parmi les hommes. Mais elles s'étendent plus loin que la vie humaine du Sauveur. Elles sont pour toujours, et il peut toujours les dire avec autant de vérité au Très Saint-Sacrement. Il y a des chemins factices, des routes de traverse dans la vie spirituelle, des routes qu'on peut suivre pour un temps et quitter ensuite. Notre-Seigneur au Saint-Sacrement est la voie stable. Il est le moyen, il est le modèle; car il nous servirait de peu de connaître la voie, s'il ne nous apprenait, par son exemple, à la suivre. On ne va au ciel que par la participation à la vie de Notre-Seigneur. Cette vie nous est donnée en germe par le baptême; les sacrements la fortifient; mais elle consiste surtout dans la pratique et l'imitation des vertus du Sauveur. Nous avons besoin de voir Notre-Seigneur à l'oeuvre pour imiter ses vertus, de le suivre dans tous les détails des sacrifices, des travaux qu'elles demandent pour régner en nous. Ses vertus sont l’application de ses paroles; elles sont ses préceptes en action. Pour arriver à la perfection, il faut les détailler, car il n'y a de partait que ce qui est particularisé.
Le Verbe éternel, qui voulait nous ramener à son Père, et qui ne pouvait au ciel pratiquer les vertus humaines qui impliquent toutes une idée de combat et de sacrifice, s'est fait homme; il a pris les outils de l'homme et il a travaillé sous ses yeux. Et comme dans le ciel, où il est remonté glorieux, il ne peut plus pratiquer nos vertus de patience, de pauvreté, d'humilité, il s'est fait Sacrement pour continuer d'être notre modèle. Ces vertus ne procèdent plus de la liberté, il n'en fait plus les actes méritoires: il en a fait son état, il s'en est revêtu. Autrefois il en pratiquait les actes: aujourd'hui il en a revêtu extérieurement l'état. Sur terre il fut humble et humilié: aujourd'hui il règne glorieux, mais sous un état, une apparence d'humilité au Très Saint-Sacrement. Il s'est uni l'état des vertus d'une manière inséparable: en le contemplant, nous voyons ses vertus et nous savons comment nous devons en pratiquer les actes. Otez son humiliation, et l'état sacramentel cesse. Otez sa pauvreté, qu'il soit suivi d'un cortège magnifique, nous serons anéantis devant sa Majesté, il n'y aura plus d'amour; l'amour ne se témoigne qu'en descendant. La patience, le pardon des injures, il les pratique encore plus qu'au Calvaire. Là ses bourreaux ne le connaissaient pas; ici on le connaît et on l'insulte. Il prie pour tant de villes déicides dont il est proscrit. Sans ce cri de pardon, il n'y aurait plus de Sacrement d'amour, mais la justice entourerait et protègerait son trône insulté. L'acte de la vertu, il ne le pratique plus, il en a l'état: c'est nous qui devons en faire les actes et ainsi le compléter. Par là, il ne fait qu'une personne morale avec nous. Nous sommes ses membres agissants, son corps, dont il est le chef et le coeur de sorte qu'il peut dire: Je vis encore. Nous le complétons, nous le perpétuons.
Là donc, au Sacrement, Jésus nous offre le modèle de toutes les vertus; nous en étudierons quelques-unes en détail. Rien n'est beau comme l'Eucharistie ! Mais, seules, les âmes pieuses qui communient, qui réfléchissent, peuvent le comprendre. Les autres ne comprennent rien. Il est peu de personnes qui pensent aux vertus, à la vie, à l'état de Notre-Seigneur au Saint-Sacrement. On le traite comme une statue; on croit qu'il n'est là que pour nous pardonner et recevoir nos prières. C'est faux. Notre-Seigneur vit et agit: regardez-le, étudiez-le, imitez-le. Ceux qui ne le font pas sont obligés de remonter à dix-huit siècles en arrière, de lire l'Évangile, de le compléter quant aux détails intimes; ils sont privés de la douceur de cette parole actuelle et présente: Je suis votre voie, aujourd'hui moi, je suis votre voie ! Sans doute la vérité ne décline pas, et l'Évangile est un livre toujours vivant. Mais enfin quel labeur pour retourner toujours en arrière ! Et ce n'est qu'une représentation qui demande du travail et qui fatigue. C'est plus spéculatif, et cela soutient moins la vertu. Les vertus ne se prennent et ne se soutiennent facilement qu'en l'Eucharistie. Rappelons-nous donc que Notre-Seigneur n'est pas au Sacrement seulement comme dispensateur de ses grâces; il y est aussi et surtout notre voie et notre modèle. L'éducation se fait par la présence, par une correspondance secrète qui existe entre le coeur de la mère et celui de l'enfant. Les étrangers n'y réussissent pas, tandis que la voix de la mère fait vibrer le coeur de son enfant. Nous n'aurons en nous la vie de Notre-Seigneur que si nous vivons sous son inspiration, que s'il nous élève lui-même. On peut vous indiquer la voie des vertus, mais vous donner les vertus, faire votre éducation intime, personne ne le peut que Notre-Seigneur. Moïse et Josué conduisaient le peuple, mais ils étaient eux-mêmes conduits par la colonne de feu. De même un directeur ne vous redit que les ordres de Notre-Seigneur; il le consulte, il cherche Notre-Seigneur en vous, la grâce et l'attrait particulier qu'il a déposés en votre âme. Pour vous connaître, il cherche à connaître Notre-Seigneur en vous, et il vous conduit selon votre grâce dominante qu'il développe et applique en votre vie sous la conduite du souverain Directeur des âmes. Il n'a qu'à vous redire ses ordres. Eh bien, Notre-Seigneur est au Saint-Sacrement pour tous, et non point seulement pour les directeurs des âmes : tous peuvent l'y voir et l'y consulter. Regardez-le pratiquer les vertus, et vous saurez ce que vous avez à faire.
Si vous lisez l'Évangile, transportez-le en l'Eucharistie, et de l'Eucharistie en vous. Vous avez alors une bien plus grande puissance. L'Évangile s'illumine, et vous avez sous les yeux et réellement la continuation de ce que vous y lisez. Car Notre-Seigneur, qui est le modèle, est aussi la lumière qui nous manifeste le modèle, qui nous en découvre les beautés. Notre-Seigneur au Saint-Sacrement est sa propre lumière, sa propre connaissance, comme le soleil est à lui-même sa preuve: il se montre et il se fait connaître. Il n'y a pas besoin de raisonnements pour cela. Un enfant ne raisonne pas pour reconnaître ses parents. Ainsi se manifeste Notre-Seigneur par sa présence, sa réalité. Mais à mesure que nous connaissons mieux sa voix, que notre coeur est plus vide et plus sympathique, Notre-Seigneur se manifeste sous un jour plus lumineux et d'une manière intime que ceux-là seuls connaissent qui aiment. Il donne alors à l'âme une conviction divine qui éclipse toute lumière de raison naturelle. Voyez Madeleine: un seul mot de Jésus, et elle l'a reconnu ! Ainsi au Saint-Sacrement il ne dit qu'un mot, mais qui retentit en notre coeur: C'est moi...
Et on le sent, et on le croit plus fortement que si on le voyait des yeux. Cette manifestation eucharistique doit être le point de départ pour tous les actes de la vie. Il faut que toutes les vertus partent de l'Eucharistie. Vous voulez pratiquer l'humilité; voyez comme Jésus la pratique au Saint-Sacrement. Partez de cette connaissance, de cette lumière, et allez à la Crèche, si vous voulez, ou au Calvaire. Et vous y allez plus facilement, parce que c'est dans la nature de notre intelligence de procéder du connu à l'inconnu. Vous avez au Sacrement l'humilité de Notre-Seigneur sous vos yeux. Il vous sera bien plus facile de supposer par là ce qu'elle a été dans sa naissance ou dans tout autre circonstance. Faites ainsi pour toutes les vertus. On comprend mieux l'Évangile alors. Notre-Seigneur parle par son état; il peut mieux que personne expliquer et faire comprendre ses paroles et ses mystères. Il nous donne de plus l'onction pour nous les faire goûter en même temps que nous les comprenons. On ne cherche plus la mine; on y est, on l'exploite. Ce n'est donc que par l'Eucharistie que l'on sent toute la force actuelle de ces paroles du Sauveur; « Je suis la voie.». Que toute notre étude spirituelle soit donc de contempler l'Eucharistie, d'y chercher l'exemple de ce que nous avons à faire dans toutes les circonstances de la vie chrétienne: c'est en cela que consiste et par là que s'entretient la vie d'union à Jésus-Hostie. C'est par là que nous devenons eucharistiques dans notre vie; c'est par là que l'on se sanctifie selon la grâce de l'Eucharistie.