L'EUCHARISTIE ET LA MORT DU SAUVEUR

-----I-----

Sous quelque aspect que l'on considère l'Eucharistie, elle nous rappelle d'une manière frappante la mort de Notre-Seigneur. C'est la veille de sa mort qu'il l'institua, dans la nuit même où il fut livré.

Le nom qu'il lui donne, c'est le testament fondé dans son sang: Hoc testamentum est in sanguine meo. L'état de Jésus est un état de mort; se montrant à Bruxelles et à Paris en 1290 et en 1369, il apparut avec ses plaies, comme notre divine Victime. Il est sans mouvement, sans volonté, comme un mort qu'il faut porter. Autour de lui règne un silence de mort; son autel est un tombeau et renferme des ossements de martyrs. La croix le surmonte, la lampe l'éclaire comme elle éclaire les tombeaux, le corporal qui enveloppe la sainte Hostie est un nouveau suaire; quand le prêtre se dispose au sacrifice, il porte des insignes de mort: tous ses vêtements sacrés sont ornés d'une croix, il la porte par devant et par derrière. Toujours la mort, toujours la croix: tel est l'état de l'Eucharistie considérée en elle-même.

-----II-----

Considérée comme sacrifice et comme communion, c'est encore la mort d'une manière plus sensible. Le prêtre prononce séparément sur la matière du pain et séparément sur le vin les paroles sacramentelles ; de sorte que, par la vertu précise de ces paroles, le corps devrait être séparé du sang, et c'est la mort. Si la mort n'arrive pas véritablement, c'est que l'état glorieux et ressuscité de JÉSUS-CHRIST s'y oppose: au moins prend-il de la mort tout ce qu'il peut; il en prend l'état, nous le voyons comme l'agneau immolé pour nous. C'est ainsi que JÉSUS-CHRIST continue par sa mort mystique le sacrifice de la croix, renouvelé par là des milliers de fois, pour les péchés du monde.

Dans la communion s'achève la mort du Sauveur. Le coeur du communiant devient son tombeau car, les saintes espèces se dissolvant sous l'action de la chaleur naturelle, l'état sacramentel cesse: Jésus-Hostie ne se trouve plus en nous corporellement, c'est la mort du sacrement, la consommation de l'holocauste... Tombeau glorieux dans le coeur du juste, tombeau d'ignominie dans le coeur du pécheur; dans le premier, Notre-Seigneur dépose, en perdant son être sacramentel, sa divinité, son Saint-Esprit; et par là un germe de résurrection; mais dans le coeur coupable, Jésus ne survit pas, l'Eucharistie est frustrée de sa fin. La communion devient une profanation. C'est la mort violente et injuste de Notre-Seigneur, crucifié par de nouveaux bourreaux.

-----III-----

Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il voulu établir un rapport aussi intime entre le sacrement de l'Eucharistie et sa mort? C'est d'abord pour nous rappeler le prix que lui a coûté son Sacrement. L'Eucharistie, en effet, est le fruit de la mort de Jésus. L'Eucharistie est un testament, un legs, qui ne peut avoir de valeur que par la mort du testateur. Pour valider son testament, Jésus devait donc mourir. Aussi toutes les fois que nous sommes en présence de l'Eucharistie nous devons dire: Ce testament précieux a coûté la vie à JÉSUS-CHRIST; et cela nous montre son immense amour, car il a dit lui-même qu'il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ses amis.

Jésus, mourant pour me laisser, pour me conquérir l'Eucharistie, voilà la suprême marque de son amour. Combien pensent à ce prix de l'Eucharistie ? Et cependant Jésus est là pour nous le dire. Mais comme des enfants dénaturés, nous ne songeons qu'à user et à jouir de nos richesses, sans penser à Celui qui nous les a acquises au prix de sa vie.

-----IV-----

C'est ensuite pour nous redire sans cesse quels doivent être les effets de l'Eucharistie en nous. Le premier est de nous faire mourir au péché et à nos inclinations vicieuses. Le second est de nous faire mourir au monde et de nous crucifier avec JÉSUS-CHRIST selon cette parole de saint Paul : Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. Le troisième est de nous faire mourir à nous-mêmes, à nos goûts, à nos désirs, à nos sens, pour nous revêtir de JÉSUS-CHRIST, de telle sorte qu'il vive en nous, et que nous ne soyons que ses membres, dociles à ses volontés. C'est enfin pour nous faire participer à la résurrection glorieuse. JÉSUS-CHRIST se sème en nous le Saint-Esprit ranimera ce germe, et par lui nous redonnera la vie, mais une vie glorieuse qui ne finira plus.

Telles sont quelques-unes des raisons qui ont porté JÉSUS-CHRIST à entourer d'insignes de mort ce Sacrement de vie, ce Sacrement où il est glorieux, où son amour triomphe. Il veut nous mettre sans cesse sous les yeux ce que nous lui avons coûté et ce que nous devons faire pour correspondre à son amour. O Seigneur! lui dirons-nous avec l'Église, qui nous avez laissé dans votre admirable Sacrement un souvenir si vivant de votre Passion, accordez-nous de traiter le mystère sacré de votre Corps et de votre Sang avec un tel respect, que nous méritions d'éprouver sans cesse en nous les fruits de votre Rédemption!

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