L'EUCHARISTIE ET LA GLOIRE DE DIEU
« J'honore mon Père » Jn VIII, 44.
NOTRE-SEIGNEUR n'a pas voulu demeurer sur la terre seulement par sa grâce, sa vérité, sa parole: il y est en personne. Nous possédons le même Seigneur Jésus-Christ que vit la Judée, bien que sous une autre forme de vie. Il a pris un vêtement sacramentel, mais c'est toujours Jésus, le Fils de Dieu et le Fils de Marie. La gloire de son Père, que Notre-Seigneur cherchait avant tout sur la terre, fait encore l'objet de tous ses désirs au Sacrement : on peut dire que Jésus-Christ a revêtu l'état sacramentel pour continuer d'honorer et de glorifier son Père.
----I----
Par son Incarnation, le Verbe divin a réparé, restauré la gloire du Créateur, souillée dans la création par la chute de l'homme, par l'orgueil. Pour cette oeuvre, le Verbe s'est humilié jusqu'à s'unir à notre nature humaine; il est descendu en Marie, il s'est anéanti, on l'a vu revêtu de la forme d'esclave. Après avoir payé la rançon de l'homme, rendu à Dieu par les actes de sa vie une gloire infinie, purifié la terre par sa présence, il est remonté glorieux au Ciel ; son oeuvre était achevée. Beau jour pour le Ciel que l'Ascension triomphante du Sauveur ! Mais jour bien triste pour la terre, qui voit s'éloigner son Roi, son Réparateur. N'a-t-elle pas à craindre de devenir bientôt, pour le Ciel, une terre de souvenir, puis d'oubli, et peut-être de colère et de tempêtes? Jésus laisse bien aux hommes son Église, de bons et saints apôtres: mais ils ne sont pas le bon Maître! Il y aura bien les saints qui imiteront Jésus leur modèle : mais, après tout, ce ne sont que des hommes comme les autres, faibles, imparfaits, et pouvant, tant qu'ils sont ici-bas, tomber profondément. Si donc la réparation opérée par Jésus-Christ, la gloire conquise à son Père par ses travaux et ses souffrances, est laissée entre les mains des hommes, n'y a-t-il pas à craindre qu'elle ne périclite ?
N'est-ce pas trop exposer l’oeuvre de la Rédemption et de la glorification de Dieu, que de la laisser aux mains des hommes, si imparfaits, si inconstants ? Non, non, on n'abandonne pas ainsi un royaume conquis au prix de sacrifices inouïs, au prix de l'incarnation et de la mort d'un Dieu! On n'expose pas ainsi la Loi divine de l'amour.
----II----
Que fera le Sauveur? Il restera sur la terre, Il y continuera son office d'adorateur, de glorificateur de son Père. Il se fera le Sacrement de la gloire de Dieu. Le voyez-vous, Jésus, sur l'autel ? dans le Tabernacle ? Il y est; qu'y fait-il ? Il adore son Père, lui rend grâces et continue son office d'intercesseur pour les hommes. Il se fait victime de propitiation, hostie de réparation de la gloire de Dieu outragée… Il demeure sur son Calvaire mystique répétant sa sublime parole : Père, pardonnez-leur ! Je vous offre pour eux mon sang, mes plaies ! Il se multiplie partout, partout où il y a à expier. En quelque lieu que s'établisse une famille chrétienne, Jésus vient faire avec elle société d’adoration, et glorifier son Père en l'adorant et en le faisant adorer en esprit et en vérité. Dieu le Père, satisfait, glorifié autant qu'il le mérite, s'écrie: Mon nom est grand parmi les nations ; car depuis le lever du soleil jusqu'à son couchant, on m'offre une hostie d'agréable odeur !
----III----
Mais, ô merveille de l'Eucharistie ! Jésus rend à son Père, par son état sacramentel, un hommage nouveau, tel que le Père n'en a jamais reçu d'aucune créature; un hommage plus grand, pour ainsi dire, que tout ce que put faire le Verbe incarné sur la terre. Quel est donc cet hommage extraordinaire ? C'est l'hommage du Roi de gloire, consommé dans la puissance, et la majesté du Ciel, qui vient en son Sacrement immoler à son Père, non seulement sa gloire divine comme en l'Incarnation, mais même sa gloire humaine, les qualités glorieuses de son humanité ressuscitée Ne pouvant dans le Ciel honorer son père par le sacrifice de sa gloire, Jésus-Christ redescend sur la terre, s'incarne de nouveau sur l'autel, et le Père céleste peut le contempler encore pauvre comme à Bethléem, bien qu'Il demeure le Roi du ciel et de la terre; humble et obéissant comme à Nazareth; soumis, non seulement jusqu'à l'ignominie de la Croix, mais jusqu'à la communion sacrilège; soumis à ses ennemis, à ses profanateurs ! Doux Agneau qui ne se plaint pas ! Tendre Victime qui ne sait pas murmurer! Bon Sauveur qui ne se venge pas! Mais pourquoi? pourquoi tout cela ?
Pour glorifier Dieu son Père par la continuation mystique des plus sublimes vertus; par le sacrifice perpétuel de sa liberté, de sa puissance et de sa gloire, liées par son amour dans le Sacrement jusqu'à la dernière heure du monde. Jésus-Christ, ici-bas, contrebalançant l'orgueil de l'homme par ses humiliations, et rendant à son Père une gloire infinie : quel spectacle pour le Coeur de Dieu ! quelle raison de la présence eucharistique plus digne de l'amour de Jésus-Christ pour son divin Père !