LE DON DU CŒUR DE JÉSUS

Jésus est arrivé au terme de sa vie mortelle. Le Ciel redemande son Roi: il a assez combattu, il est temps qu'il triomphe. Jésus cependant ne veut pas abandonner sa nouvelle famille, les enfants qu'il vient de s'acquérir. Je m'en vais et je reviens à vous, dit-il à ses Apôtres, Vous revenez, vous restez en partant, Seigneur ? Mais par quelle merveille de votre puissance? C'est le secret et l'oeuvre de son divin Coeur. Jésus aura deux trônes, un de gloire au Ciel, un autre de douceur et de bonté sur la terre; deux cours: la cour céleste et triomphante, et la cour de ses rachetés ici-bas. Et disons-le, si Jésus ne pouvait demeurer en même temps ici-bas et au Ciel, il aimerait mieux demeurer avec nous que de remonter au Ciel sans nous. Certes, il a bien prouvé qu'il préfère le dernier de ses pauvres rachetés à toute sa gloire; et que ses délices sont d'être avec les enfants des hommes. Dans quel état Jésus demeurera-t-il avec nous? dans un état de passage, de temps à autre ? Non, mais dans un état persévérant. Il restera pour toujours. Mais voici un admirable combat qui se passe en l'âme de JÉSUS-CHRIST.

La justice divine réclame. La rédemption n'est-elle pas achevée? l'Église fondée? l'homme mis en possession de la grâce et de l'Évangile, de la loi divine et du secours pour la pratiquer? Le Coeur de Jésus répond que ce qui suffit à la Rédemption ne satisfait pas son amour; qu'une mère ne se contente pas de mettre son entant au monde, mais qu'elle le nourrit, l'élève, le suit partout. J'aime les hommes plus que la meilleure des mères n'aima jamais son enfant! je resterai avec eux... Sous quelle forme? Sous la forme voilée du Sacrement. La Majesté divine veut s'opposer à une pareille humiliation, plus profonde que l'humiliation de l'Incarnation, plus anéantissante que la passion même. Le salut de l'homme ne demande pas de semblables abaissements ! Mais, répond le Sacré-Coeur, je veux me voiler, moi, ma gloire, pour que l'éclat de ma personne n'empêche pas mes pauvres frères de s'approcher de moi, comme autrefois la gloire de Moïse ; je veux voiler mes vertus, qui humilieraient l'homme et le porteraient à désespérer d'atteindre jamais un si parfait modèle. Par là il viendra plus facilement à moi, et, me voyant descendre jusqu'à la limite du néant, il descendra avec moi; j'aurai le droit de lui dire, avec plus de force: Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.

Par quel moyen Jésus se perpétuera-t-il ? L'Esprit-Saint fut le digne opérateur du mystère de l'Incarnation... A la Cène, Jésus opéra lui-même. Aujourd'hui, qui sera digne d'un tel mystère? Un homme: le prêtre !… Mais la Sagesse divine : Quoi ! un homme, mortel incarnera son Sauveur et son Dieu ? Il sera le coopérateur du Saint-Esprit dans cette nouvelle incarnation du Verbe divin? Un homme commandera au Roi immortel des siècles et sera obéi ? Oui, dit le Coeur de Jésus, oui, j'aimerai l'homme jusqu'à lui être soumis en tout ! Je descendrai des cieux à la voix d'un prêtre. Je quitterai mon tabernacle au désir des fidèles. J'irai visiter mes enfants à travers les villes, sur leur couche de douleurs... L'honneur de l'amour est d'aimer, de se donner, de se sacrifier !…

Et la Sainteté divine: Mais au moins vous ne serez que dans un temple digne de votre gloire? Vous aurez des prêtres dignes de votre royauté ? Tout doit être, dans la nouvelle loi, plus beau que dans l'ancienne. Seuls les chrétiens purs et bien préparés vous recevront ? Mon amour est sans réserve, sans condition, dit Jésus. J'ai obéi à mes bourreaux sur le Calvaire: si de nouveaux judas viennent à moi, je recevrai encore leur infernal baiser, je leur obéirai ! Mais à ce moment quel tableau se déroule sous les yeux de Jésus ! Son Coeur en est réduit à combattre ses propres inclinations ! Les angoisses du jardin des Oliviers le pressent déjà.

A Gethsémani, Jésus sera triste jusqu'à la mort, de voir les ignominies qui l'attendent pendant sa Passion. Il versera des larmes de sang à la pensée que son peuple se perdra malgré son sacrifice. Et il ressentira cruellement l'apostasie d'un grand nombre des siens. Et ici quelle lutte dans le Cœur de Jésus ! quelles angoisses ! Il veut se donner tout entier, sans aucune réserve; mais tous voudront-ils croire à tant d'amour ? Tous ceux qui y croiront le recevront-ils avec reconnaissance ? Tous ceux qui l'auront reçu lui seront-ils fidèles ? Certes, le Coeur de Jésus n'est pas incertain ni hésitant, il est torturé ! Il voit la passion renouvelée chaque jour en son sacrement d'amour; renouvelée par des Coeurs chrétiens ; par des Coeurs qui lui étaient consacrés ! Il est trahi par l'apostasie, vendu par l'intérêt, crucifié par le vice. Le Coeur de ceux qui le reçoivent devient trop souvent son Calvaire ! Quelle souffrance pour ce Coeur divin ! Que fera-t-il ? Il se donnera ! Il se donnera quand même !

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