DIRECTOIRE POUR L’ADORATION : L’ADORATION EN ESPRIT ET EN VÉRITÉ
L'adoration eucharistique a pour objet la divine personne de notre Seigneur Jésus Christ présent au Très Saint-Sacrement. Il est vivant, il veut que nous lui parlions, il nous parlera. Et ce colloque, qui s’établit entre l’âme et notre Seigneur, c’est la vraie méditation eucharistique, c’est l’adoration.
Regardez l’heure d’adoration qui vous est échue comme une heure du Paradis; allez-y comme on va au ciel, au banquet divin, et cette heure sera désirée, saluée avec bonheur. Entretenez-en suavement le désir dans votre coeur. Dites-vous: “ Dans quatre heures, dans deux heures, dans une heure, j’irai à l’audience de grâce et d’amour de notre Seigneur: il m’a invité, il m’attend, il me désire. ”
Quand vous avez une heure pénible à la nature, réjouissez-vous-en davantage; votre amour sera plus grand parce qu’il sera plus souffrant: c’est l’heure privilégiée qui sera comptée pour deux. Allez à notre Seigneur comme vous êtes : ayez une méditation naturelle. Epuisez votre propre fond de piété et d’amour avant de vous servir de livres ; aimez le livre inépuisable de l’humilité d’amour. Qu’un livre pieux vous accompagne pour vous remettre en bonne voie quand l’Esprit s’égare ou quand vos sens s’assoupissent, c’est très bien : mais rappelez-vous que notre bon maître préfère la pauvreté de notre cœur aux plus sublimes pensées et affections empruntées aux autres. Sachez bien que notre Seigneur veut notre coeur et non celui des autres.
C’est souvent le fruit d’un subtil amour propre, de l’impatiente ou de la lâcheté de ne pas vouloir aller à notre Seigneur avec sa propre misère ou sa pauvreté humiliée; et c’est cependant ce que notre Seigneur préfère à tout, c’est ce qu’il aime, ce qu’il bénit.
Vous êtes dans l’aridité, glorifiez la grâce de Dieu, dans laquelle vous ne pouvez rien; ouvrez alors votre âme vers le ciel, comme la fleur ouvre son calice au lever du soleil pour recevoir la rosée bienfaisante.
Vous êtes dans l’impuissance la plus entière; l’esprit est dans les ténèbres, le coeur sous le poids de son néant, le corps souffrant: faites alors l’adoration du pauvre; sortez de votre pauvreté et allez demeurer en notre Seigneur, ou offrez-lui votre pauvreté pour qu’il l’enrichisse : c’est un chef-d’oeuvre digne de sa gloire.
Mais vous êtes dans l’état de tentation et de tristesse; tout se révolte en vous; tout vous porte à quitter l’adoration sous prétexte que vous offensez Dieu, que vous le déshonorez plus que vous ne le servez: n’écoutez pas cette spécieuse tentation: c’est l’adoration du combat, de la fidélité à Jésus contre vous-même. Non, non, vous ne lui déplaisez pas; vous réjouissez votre Maître qui vous regarde, et qui a permis Satan de vous troubler. Il attend de nous l’hommage de la persévérance jusqu’à la dernière minute du temps que nous devions lui consacrer.
Que la confiance, la simplicité et l’amour vous amènent donc à l’adoration.
Voulez-vous être heureux en l’amour? Vivez continuellement dans la bonté de Jésus Christ, toujours nouvelle pour vous, suivez en Jésus le travail de son amour sur vous. Contemplez la beauté de ses vertus, la lumière de son amour, plutôt que ses ardeurs; en nous le feu de l'amour passe vite, mais sa vérité demeure.
Commencez toutes vos adorations par un acte d'amour, et vous ouvrirez délicieusement votre âme à son action divine. C'est parce que vous commencez par vous-même que vous vous arrêtez en chemin; ou bien, si vous commencez par une autre vertu que l'amour, vous faites fausse route. Est-ce que l'enfant n'embrasse pas sa mère avant de lui obéir? L'amour est la seule porte du coeur.
Mais voulez-vous être nobles en l'amour? Parlez à l'Amour de lui-même: parlez à Jésus de son Père céleste qu’il aime tant, parlez-lui des travaux qu'il a entrepris pour sa gloire, et vous réjouirez son Cœur, et il vous aimera davantage.
Parlez à Jésus de son amour pour tous les hommes, et cela dilatera son coeur et le vôtre de bonheur et de joie.
Parlez à Jésus de sa sainte Mère qu'il a tant aimée, et vous lui renouvelez le bonheur d'un bon fils; parlez-lui de ses saints pour glorifier sa grâce en eux.
Le vrai secret de l'amour est donc de s'oublier comme saint Jean-Baptiste pour exalter et glorifier le Seigneur Jésus. Le véritable amour ne regarde pas ce qu’il donne mais ce que mérite le bien-aimé.
Alors Jésus, content de vous, vous parlera de vous-même; il vous dira son amour pour vous, et votre coeur s’épanouira aux rayons de ce soleil comme la fleur humide et refroidie par la nuit s’ouvre aux rayons de l'astre du jour. Sa douce voix pénétrera votre âme comme le feu pénètre un corps sympathique. Vous direz comme L'Epouse des Cantiques: "Mon âme s'est liquéfiée de bonheur à la voix de mon Bien-Aimé." Vous l'écouterez alors en silence, ou plutôt dans l'action la plus suave et la plus forte de l'amour: vous viendrez à lui.
Car ce qui contrarie le plus tristement le développement de la grâce de l'amour en nous, c'est qu'à peine arrivés aux pieds du bon Maître, nous lui parlons tout de suite de nous, de nos péchés, de nos défauts, de notre pauvreté spirituelle, c'est-à-dire que nous nous fatiguons l'esprit par la vue de nos misères, nous attristons notre coeur avec la pensée de notre ingratitude et de notre infidélité. La tristesse amène la peine, la peine le découragement, et ce n'est qu'à force d'humilité, de peine et de souffrance que l'on sort de ce labyrinthe pour se retrouver libre devant Dieu.
Ne faites donc plus ainsi. Mais comme le premier mouvement de l'âme détermine ordinairement toute l'action, faites ce premier mouvement vers Dieu, et dites-lui: "O mon bon Jésus, que je suis heureux et content de venir vous voir! de venir passer cette bonne heure avec Vous, vous dire mon amour! Que vous êtes bon de m'avoir appelé! que vous êtes aimable d'aimer une aussi pauvre créature que moi! Oh, oui, je veux bien vous aimer!"
L'amour alors vous a ouvert la porte du Coeur de Jésus, entrez, aimez et adorez. Pour bien adorer, il faut se rappeler que Jésus-Christ, présent dans l'Eucharistie, y glorifie et y continue les mystères de toutes les vertus de sa vie mortelle.
Il faut se rappeler que l’Eucharistie, c’est Jésus Christ, passé, présent et futur ; que l'Eucharistie est le dernier développement de l'incarnation et de la vie mortelle du Seigneur; que Jésus Christ nous y donne toutes les grâces; que toutes les vérités aboutissent à l'Eucharistie, et qu'on a tout dit en disant Eucharistie, puisque c'est Jésus Christ.
Que la très Sainte Eucharistie soit donc notre point de départ dans la méditation des mystères, des vertus et des vérités de la religion. Elle est le foyer; ses vérités ne sont que des rayons. Partons du foyer et nous rayonnerons.
Quoi de plus simple que de trouver le rapprochement de la naissance de Jésus dans l'étable, avec sa naissance sacramentelle sur l'autel et dans nos coeurs?
Qui ne voit que la vie cachée de Nazareth se continue dans la divine Hostie du tabernacle, et que la Passion de l'Homme-Dieu sur le calvaire se renouvelle au saint Sacrifice à chaque moment de la durée et dans tous les lieux du monde?
Notre Seigneur n'est-il pas doux et humble au sacrement comme pendant sa vie mortelle? N'est-il pas toujours le bon Pasteur, le Consolateur divin, l'Ami du coeur?
Heureuse l’âme qui sait trouver Jésus en l’Eucharistie, et en l’Eucharistie toutes choses !