CHEMIN DE CROIX EUCHARISTIQUE

INTRODUCTION: Le Père Eymard mettait le Chemin de la Croix au nombre des exercices les plus importants de la retraite. Une expérience prolongée lui avait appris à trouver dans les plaies de Jésus le pardon, le repos et toutes ces grâces dont l'âme en retraite est affamée. Jusqu'à sa mort, le Père fit tous les jours le Chemin de la Croix, le soir, même après les journées les plus occupées et les plus fatiguées: aussi il le recommandait comme une chose dont il connaissait tout le prix. C'est que, selon la belle sentence de l'Imitation, dans la croix est le salut, dans la croix la vie, dans la croix la victoire sur tous nos ennemis, dans la croix la céleste douceur, dans la croix la force de l'âme, dans la croix la joie de l'esprit. Mais pour l'âme eucharistique, le Calvaire, c'est l'autel, et le divin Crucifié, c'est le Dieu-Hostie. Elle entend autour d'elle les cris de la foule contre Celui qui ne répond que par le silence de l'agneau; elle saisit les complots des scribes, des pharisiens; elle connaît les marchés de ces nouveaux judas, qui vendent à leurs vices, à leur intérêt, au démon dans leur âme, le bon Maître qui vient de se donner à eux dans le baiser de la communion; elle voit tous les jours. Jésus en son Eucharistie, livré, renié par la lâcheté, par le respect humain: l'Eucharistie, c'est la Passion! La seule différence, c'est que la voie douloureuse eucharistique traverse le monde entier, le sillonne en tous sens, et que le drame dure depuis dix-neuf siècles. Mais quoi, Jésus est glorieux, immortel, impassible au Saint-Sacrement! - Pourquoi nous montrer souffrant Celui qui ne peut plus souffrir, et humilié Celui qui règne en souverain triomphateur? C'est vrai, et c'est bien heureux que Jésus-Eucharistie ne puisse plus mourir, et que la haine des hommes n'ait pu qu'une fois, à Jérusalem, s'assouvir sur sa personne sacrée! Quel prêtre voudrait faire descendre Jésus sur un autel qui serait pour lui le Calvaire sanglant ? Mais les péchés, les insultes, les sacrilèges touchent-ils moins vivement le Cœur vivant de Jésus-Hostie parce qu'il est hors de l'atteinte physique des tortures que voudraient lui faire endurer nos bras de chair? Les hommes ne font-ils pas pour le tourmenter tous les efforts qu'une rage infernale peut seule inspirer? La Passion continue donc de notre part; elle continue de la part des bourreaux qui s'acharnent sur une victime qui, sans cesse immolée par leurs désirs, par leurs efforts échappe sans cesse à leurs coups et retrouve, en elle, comme dans une source inépuisable, une vie immortelle et glorieuse. Mystères des souffrances eucharistiques de Jésus! Il souffre comme Dieu souffre; il est irrité, ému, comme Dieu est irrité et ému, sans que ces sentiments altèrent son bonheur, diminuent sa joie. Il ne souffre plus actuellement; mais au moment où il instituait le Sacrement, le tableau des outrages, des insultes, des profanations qui viendraient l'assaillir dans la suite des siècles, fut déroulé devant son âme; par sa science des choses futures, il vit le martyre perpétuel qui se dressait devant lui, jusque dans ses moindres accidents, les tortures que lui réservait notre malice, jusque dans ses raffinements les plus secrets et les plus exquis. Il vit et il sentit; son Cœur éprouva; il avait la puissance de faire éprouver à son Cœur, en ce seul instant, des angoisses égales à ce qu'il eut dû endurer s'il fût resté passible, exposé à nos coups; et la même puissance qui, au dernier jour, fera expier en un instant, aux âmes encore souillées de quelques taches légères, ce qui eut exigé des siècles d'un feu dévorant, put bien dilater les facultés de l'âme de Jésus pour leur faire endurer, en un moment où il était encore sujet à la douleur, tout ce qu'il aurait du souffrir, - s'il fût demeuré passible, - dans ce long martyre auquel s'efforcent, mais en vain, de le soumettre l'ingratitude des hommes et la fureur des démons. Le lien entre le Calvaire et l'Eucharistie est si resserré, que pas une âme ne se met véritablement et d'une manière un peu intime en union avec Jésus-Hostie, qu'elle ne sente le besoin de le consoler, de compatir à des douleurs dont elle ne saisit pas la raison, le mode, mais qui sont trop réelles pour son amour. Méditer devant le Saint-Sacrement la Passion telle qu'elle s'est passée à Jérusalem ne lui suffit pas: son cœur lui dit que la Passion dure encore, et c'est à la Passion eucharistique de Jésus qu'il veut compatir. Douce inspiration, qui doit faire tant de plaisir au Cœur de Jésus! Compassion qu'il se plaignit en termes d'une si poignante douleur à la bienheureuse Marguerite-Marie de recevoir trop rarement de ses enfants oublieux ! A nous qui voulons connaître et honorer le mystère de l'Eucharistie sous toutes ses faces, à nous la belle mission de méditer souvent la Passion eucharistique; à nous de compatir, de pleurer et de prendre sur nous la réparation pour tant d'outrages et de profanations. Jésus ne souffre plus actuellement: il veut souffrir en nous, et continuer en ses membres, à la gloire de Dieu et pour le salut des pécheurs, le martyre qu'il a, chef glorieux, si généreusement enduré le premier, nous donnant l'exemple et nous ouvrant la voie. Les pieuses pensées du Père Eymard contribueront à nous guider dans la méditation des souffrances eucharistiques. On peut s'en servir pendant une heure d'adoration, ou les méditer en parcourant les quatorze stations d'un Chemin de Croix: c'est à ce dessein que nous ajoutons le Pater, l'Ave et les versets que l'on récite ordinairement quand on fait le Chemin de la Croix.


PREMIÈRE STATION
Jésus est condamné à mort

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Jésus est condamné par les siens, par ceux-là mêmes qu'il a comblés de ses faveurs. On le condamne comme séditieux, lui la bonté même ; comme blasphémateur, lui la sainteté même; comme ambitieux, lui qui s'est fait le dernier de tous. On le condamne à la mort de la croix comme le dernier des esclaves. Jésus accepte avec amour cette sentence de mort: c'est pour souffrir et pour mourir qu'il est venu ici-bas, et pour nous apprendre à faire l'un et l'autre. Jésus est encore condamné à mort en son Eucharistie. Dans ses grâces d'abord, dont on ne veut pas; dans son amour, qu'on méconnaît; dans son état sacramentel, par l'incrédule qui le nie, par l'horrible sacrilège. Par la communion indigne, le mauvais chrétien vend JÉSUS-CHRIST au démon, le livre à ses passions, le met aux pieds du démon, roi de son cœur ; il le crucifie dans son corps de péché. Jésus est plus maltraité par les mauvais chrétiens que par les juifs: à Jérusalem, il ne fut condamné qu'une fois, et au Saint-Sacrement, tous les jours et en milliers de lieux, et par un nombre épouvantable de juges iniques. Et cependant Jésus se laisse insulter, mépriser, condamner: il continue toujours sa vie sacramentelle, afin de nous montrer que son amour pour nous est sans condition ni réserve, qu'il est plus grand que notre ingratitude. O Jésus, pardon, mille fois pardon pour tous les sacrilèges! S'il m'était arrivé d'en commettre jamais, je veux passer ma vie à les réparer, et vous aimer et vous honorer pour ceux qui vous méprisent; faites-moi la grâce de mourir avec vous! Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


DEUXIÈME STATION
Jésus est chargé de sa croix

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

A JÉRUSALEM, les juifs imposent à Jésus une lourde et ignominieuse croix: c'était alors l'instrument de supplice des derniers des hommes. Jésus reçoit cette croix accablante avec joie; il la reçoit avec empressement, la baise avec amour et la porte avec douceur. Il veut par là nous l'adoucir, nous l'alléger, nous la rendre douce et aimable, et la déifier dans son Sang. Au divin Sacrement de l'autel, les mauvais chrétiens imposent à Jésus une croix bien plus lourde, bien plus ignominieuse pour son Cœur. Cette croix, ce sont leurs irrévérences dans le saint lieu, leur esprit si dissipé, leur cœur si froid en sa présence, leur dévotion si tiède. Quelle croix humiliante pour Jésus que d'avoir des enfants si peu respectueux, des disciples si misérables! En son Sacrement encore, Jésus porte mes croix; il les met sur son Cœur pour les sanctifier; il les couvre de son amour, de ses baisers, pour me les rendre aimables; mais il veut que je les porte pour lui, que je les lui offre; il veut bien recevoir les épanchements de ma douleur, souffrir que je pleure sur mes croix, que je lui demande secours et consolation. Oh! qu'elle devient légère la croix qui passe par l'Eucharistie! qu'elle sort belle et radieuse du Cœur de Jésus! Comme il fait bon la recevoir de ses mains, la baiser après lui! C'est donc là que j'irai me réfugier dans mes peines; là que j'irai me consoler et me fortifier; là que j'irai apprendre à souffrir et à aimer! Pardon, Seigneur, pardon pour ceux qui vous traitent sans respect dans votre Sacrement d'amour ; pardon pour mes indifférences, mes oublis en votre présence: je veux vous aimer, je vous aime de tout mon cœur ! Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


TROISIÈME STATION
Jésus tombe une première fois

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix. Jésus avait été si épuisé de sang dans les trois heures de son agonie et sous les coups de la flagellation, si affaibli par la nuit cruelle qu'il passa en la garde de ses ennemis, qu'après quelques moments de marche, il tombe accablé sous le poids de sa croix. Que de fois Jésus-Eucharistie tombe à terre dans les saintes parcelles, sans qu'on s'en doute ! Mais ce qui le fait tomber de douleur, c'est la vue du premier péché mortel qui souilla mon âme! Ah! qu'elle est encore plus douloureuse la chute que fait Jésus dans un jeune cœur qui le reçoit indignement au jour de sa première Communion ! Il tombe sur ce cœur de glace, que le feu de son amour ne peut fondre; sur cet esprit orgueilleux et dissimulé, sans pouvoir le toucher; dans ce corps qui n'est qu'un tombeau plein de pourriture. Hélas! faut-il traiter ainsi Jésus la première fois qu'il vient à nous si plein d'amour ? O DIEU! si jeune et déjà si coupable ! commencer si tôt à être un judas ! Combien ce crime d'une première Communion sacrilège est sensible au Cœur de Jésus ! O Jésus! merci de l'amour que vous m'avez témoigné à ma première Communion: jamais je ne l'oublierai; je suis à vous, tout à vous, puisque vous êtes tout à moi: faites de moi ce qu'il vous plaira. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


QUATRIÈME STATION
Jésus rencontre sa sainte Mère

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Marie accompagne Jésus sur la route du Calvaire : elle y endure un véritable martyre dans son âme; mais quand on aime, on veut compatir. Ah ! aujourd'hui, le Cœur eucharistique de Jésus rencontre sur le chemin de ses douleurs, au milieu de ses ennemis, les enfants de son amour, les épouses de son Cœur, les ministres de ses grâces, qui, bien loin de le consoler comme Marie, s'unissent à ses bourreaux pour l'humilier, le blasphémer, le renier! Que de renégats et d'apostats abandonnent le service et l'amour de l'Eucharistie dès que ce service demande un sacrifice ou un acte de foi pratique ! O Jésus, mon bon Sauveur, je veux vous suivre humilié, insulté, maltraité, avec Marie ma Mère, et vous dédommager par mon amour ! Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


CINQUIÈME STATION
Le Cyrénéen aide Jésus à porter sa croix

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix. Jésus s'affaissait de plus en plus sous son fardeau ; les juifs, qui voulaient le faire mourir sur la croix, pour mettre le comble à ses humiliations, sollicitèrent Simon de Cyrène de prendre la croix de Jésus. Celui-ci s'y refusait, et il fallut le contraindre à se charger de cet instrument qui lui paraissait plein d'ignominie: il se soumit, et mérita que Jésus touchât son cœur et le convertît. En son Sacrement, Jésus appelle les hommes à lui, et presque personne ne répond à ses invitations: il les convie à son banquet eucharistique, et l'on a mille prétextes pour refuser de s'y rendre. L'âme ingrate et infidèle refuse la grâce de Jésus-Christ, le don le plus excellent de son amour ; et Jésus reste seul, abandonné, les mains pleines de grâces dont on ne veut pas: on a peur de son amour! Au lieu des respects qui lui sont dus, Jésus ne reçoit, la plupart du temps, que des irrévérences. On rougit de le rencontrer dans les rues; on le fuit dès qu'on l'aperçoit; on n'ose pas lui donner les témoignages extérieurs de sa foi. Divin Sauveur, est-ce possible? Hélas! il n'est que trop vrai, et je sens les reproches que m'adresse ma conscience. Oui, souvent, attaché à ce qui me plaisait, j'ai refusé d'entendre votre appel; souvent, pour ne pas être obligé de me corriger, j'ai rejeté l'invitation à votre table dont vous m'honoriez dans votre amour: je le regrette du fond du cœur ; je comprends qu'il vaut mieux tout laisser que de manquer par sa faute une communion, la plus grande et la plus aimable de vos grâces. Oubliez le passé, bon Sauveur, et recevez et gardez vous-même mes résolutions pour l'avenir. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


SIXIÈME STATION
Une pieuse femme essuie la face de Jésus

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Le Sauveur n'a plus une face humaine: les bourreaux l'ont couverte de sang, de boue, de crachats ! Lui, la splendeur de Dieu, il est méconnaissable, et, son visage divin est couvert de souillures. La pieuse Véronique brave les soldats: sous les crachats, elle a reconnu son Sauveur et son Dieu, et, mue de compassion, elle essuie ce visage auguste. Jésus la récompense en imprimant ses traits sur le linge dont elle essuie sa face adorable. Divin Jésus, vous êtes bien outragé, bien insulté, bien profané dans votre adorable Sacrement et où sont les Véroniques compatissantes qui viennent réparer ces abominations? Ah ! on est attristé, épouvanté que tant de sacrilèges soient commis si facilement contre le Sacrement auguste: on dirait que Jésus-Christ n'est plus parmi nous qu'un étranger indifférent, méprisable même ! Il est vrai qu'il voile sa face sous le nuage d'espèces bien faibles, bien humbles: c'est pour que notre amour y découvre par la foi ses traits divins. Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, et j'adore sous le voile eucharistique votre face adorable, pleine de gloire et de majesté; daignez, Seigneur, imprimer vos traits dans mon cœur, pour que je porte partout avec moi Jésus, et Jésus-Eucharistie. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


SEPTIÈME STATION
Jésus tombe une deuxième fois

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Malgré l'aide de Simon, Jésus succombe une seconde fois à sa faiblesse: c'est pour lui l'occasion de nouvelles souffrances; ses genoux, ses mains sont déchirés par ces chutes sur un chemin ardu, et les mauvais traitements de ses bourreaux redoublent avec leur rage. Oh ! que le secours de l'homme est nul sans celui de Jésus-Christ ! et que de chutes se prépare celui qui s'appuie sur les hommes ! Que de fois aujourd'hui le Dieu de l'Eucharistie tombe par la communion dans des cœurs lâches et tièdes qui le reçoivent sans préparation, le gardent sans piété, le laissent aller sans un acte d'amour et de reconnaissance! Aussi Jésus reste-t-il stérile en nous, à cause de notre tiédeur. Qui oserait recevoir un grand de la terre avec aussi peu de soins qu'on reçoit tous les jours le Roi du Ciel? Divin Sauveur, je vous fais amende honorable pour toutes mes communions tièdes et faites sans dévotion. Que de fois déjà vous êtes venu en moi ! Je vous en remercie, et je veux vous être fidèle à l'avenir: accordez-moi votre amour, il suffit!
Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


HUITIÈME STATION
Jésus console les pieuses femmes désolées

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

C'était la mission du Sauveur aux jours de sa vie mortelle, de consoler les affligés et les persécutés. Il veut y être fidèle dans le moment même de ses plus grandes souffrances ; il s'oublie lui-même, et essuie les larmes des pieuses femmes qui pleuraient sur ses douleurs et sur sa Passion: quelle bonté! En son divin Sacrement, Jésus n'a presque jamais personne pour le consoler de l'abandon des siens, des crimes dont il est l'objet. Il est là, seul, les jours et les nuits. Ah ! si ses yeux pouvaient pleurer, que de larmes ils répandraient sur l'ingratitude et l'abandon des siens! Si son cœur pouvait encore souffrir, quels tourments il endurerait de se voir ainsi délaissé, même de ses amis! Malgré cela, dès que nous venons à lui, il nous accueille avec bonté, écoute nos plaintes, le récit souvent bien long et bien égoïste de nos misères, et il s'oublié lui-même pour nous consoler, nous refaire. Divin Sauveur, pourquoi ai-je recours si souvent aux consolations des hommes au lieu de m'adresser à vous? Je sens que cela blesse votre Cœur jaloux de mon cœur ; soyez en votre Eucharistie mon unique consolation, mon seul confident: une parole, un regard de votre bonté me suffisent. Que je vous aime de tout mon cœur, et faites de moi tout ce qu'il vous plaira! Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


NEUVIÈME STATION
Jésus tombe pour la troisième fois

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Quelles souffrances dans cette troisième chute de Jésus ! Il reste écrasé sous le poids de sa croix, et les mauvais traitements de ses bourreaux peuvent à peine le relever. Jésus veut tomber une troisième fois avant d'être élevé sur la croix, comme pour témoigner qu'il regrette de ne pouvoir faire le tour de la terre chargé de sa croix. Jésus viendra une dernière fois en moi en viatique avant que je quitte, moi aussi, cette terre d'exil. Ah! Seigneur, accordez-moi cette grâce, la plus précieuse de toutes, et le complément de toutes celles de ma vie! Mais que je vous reçoive bien à cette dernière Communion si pleine d'amour ! Quelle chute épouvantable que celle de Jésus tombant, pour la dernière fois dans le cœur d'un mourant qui, à tous ses péchés passés, ajoute le crime du sacrilège, reçoit indignement celui qui va le juger, et profane ainsi le viatique de son salut ! En quel douloureux état doit se trouver Jésus dans un cœur qui le déteste, dans un esprit qui le méprise, dans un corps de péché livré au démon ! Hélas! c'est l'enfer de Jésus sur la terre ! Mais quel sera le jugement de ces malheureux ? On tremble d'y penser. Seigneur, pardon, pardon pour eux: nous vous prions pour tous les moribonds; accordez-leur de mourir dans vos bras après vous avoir bien reçu en viatique. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


DIXIÈME STATION
Jésus est dépouillé de ses vêtements

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Qu’il doit souffrir dans ce dépouillement cruel et impitoyable ! On lui arrache ses vêtements collés à ses plaies, on les rouvre, on le déchire ! Qu'il doit souffrir dans sa modestie, d'être traité comme on rougirait de le faire d'un misérable et d'un esclave; qui meurent au moins dans le suaire qui doit les ensevelir! Jésus est encore dépouillé de ses vêtements en son état sacramentel. Non content de le voir dépouillé, par son amour pour nous, de la gloire de sa divinité, de la beauté de son humanité, ses ennemis le dépouillent de l'honneur de son culte, pillent ses églises, profanent ses vases sacrés et ses tabernacles, le jettent à terre: il est livré à leur merci sacrilège, lui, le Roi et le Sauveur des hommes, comme au jour de son crucifiement. En se laissant ainsi dépouiller en l'Eucharistie, Jésus veut nous réduire à l'état de pauvres volontaires, qui ne tiennent plus à rien, pour nous revêtir de sa vie et de ses vertus. O Jésus-Eucharistie, soyez mon unique bien! Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


ONZIÈME STATION
Jésus est cloué sur la croix

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Quels tourments que ceux qu'endure Jésus quand on le crucifie ! Sans un miracle de sa puissance, il n'eut pu les supporter sans mourir. Mais au Calvaire, Jésus est attaché à un bois innocent et pur: dans la communion indigne, le pécheur crucifie Jésus en son corps de péché, comme si l'on attachait un corps vivant à un cadavre en décomposition. Sur le Calvaire, il est crucifié par ses ennemis déclarés; ici, par ses enfants qui le crucifient dans l'hypocrisie de la dévotion. Sur le Calvaire, il n'est crucifié qu'une fois; ici, c'est tous les jours et par des milliers de chrétiens. O divin Sauveur, je vous demande pardon des immortifications de mes sens: vous les expiez bien cruellement ! Vous voulez, par votre Eucharistie, crucifier ma nature, immoler sans cesse le vieil homme, et m'unir à votre vie crucifiée et ressuscitée: faites, Seigneur, que je me livre tout à vous sans réserve ni condition. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


DOUZIÈME STATION
Jésus expire sur la Croix

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Jésus meurt pour nous racheter; sa dernière grâce est le pardon accordé à ses bourreaux; le dernier don de son amour, sa divine Mère; son dernier désir, la soif de souffrir; son dernier acte, l'abandon de son âme et de sa vie entre les mains de son Père. En la divine Eucharistie, Jésus continue l'amour qu'il me témoigna à sa mort; tous les matins, on s'immole au Saint Sacrifice, et il vient perdre en ceux qui le reçoivent son existence sacramentelle: dans le cœur du pécheur, il meurt pour sa condamnation. De son Hostie, il m'offre les grâces de ma rédemption, le prix de mon salut. Mais pour que je puisse y participer, il veut que je meure avec lui et pour lui. Faites-moi cette grâce, Ô mon Dieu, de mourir au péché et à moi-même, et de ne plus vivre que pour vous aimer en votre Eucharistie Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


TREIZIEME STATION
Jésus est remis à sa Mère

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Jésus est déposé de la croix et remis à sa divine Mère, qui le reçoit entre ses bras et sur son cœur, et l'offre à Dieu comme la victime de notre salut. C'est à nous maintenant d'offrir Jésus victime à l'autel et dans nos cœurs, pour nous et pour les nôtres. Il est à nous: Dieu le Père nous le donne; il se donne lui-même pour que nous le fassions valoir. Quel malheur que ce prix infini demeure infructueux entre nos mains par suite de notre indifférence ! Offrons-le en union avec Marie, et prions cette bonne Mère de l'offrir avec nous. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…


QUATORZIEME STATION
Jésus est mis dans le sépulcre

V/ Oh Christ, nous vous adorons, et nous vous bénissons. R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Jésus veut subir l'humiliation du tombeau, et il est abandonné à la garde de ses ennemis: il est encore leur prisonnier. Mais c'est en l'Eucharistie que Jésus est vraiment enseveli; au lieu d'y rester trois jours, il y reste toujours, et c'est nous qu'il convie à le garder. Il est notre prisonnier d'amour. Le corporal l'enveloppe comme un suaire ! la lampe brille devant son autel comme devant les tombeaux; autour de lui règne un silence de mort. En venant en notre cœur par la communion, Jésus veut encore s'enseve1ir en nous; préparons lui une sépulture honorable, neuve, blanche, qui ne soit pas occupée par les affections terrestres ; embaumons-le du parfum de nos vertus. Venons, pour ceux qui ne viennent pas, l'honorer, l'adorer en son tabernacle, le consoler dans sa prison, et demandons-lui la grâce du recueillement et de la mort au monde, pour mener une vie cachée en l'Eucharistie. Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire…

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