Extrait du ‘Bulletin Eymard’ pour les fraternités eucharistiques (juin 1993)

Allez avec confiance au Saint-Sacrement, ouvriers de la paix et de la liberté. Le Roi qu'il vous faut, n'est-ce pas un Roi désarmé qui ne s'impose pas à vous par la force. Un Roi sans glaive, qui ne compte que sur vos consciences, et dont le simple service, libre et volontaire, suffit pour régler et purifier nos moeurs, améliorer progressivement les institutions sociales. Il nous faut un Roi qui laisse pleine liberté à ses sujets, à qui 1'on fasse hommage d'une obéissance si volontaire et si intime, un Roi dont le Règne soit si doux, qu'on puisse dire, en un sens, qu'il ne gouverne pas, mais que le Règne appartient à ceux qui le servent: SERVIR DIEU, C’EST REGNER

« Nous ne craignons pas de l'affirmer, le culte de l'Exposition est le besoin de notre temps... Il est nécessaire pour sauver la société. La société se meurt, parce qu'elle n'a plus de centre de vérité et de charité. Plus de vie de famille: chacun s'isole, se concentre, veut se suffire. La dissolution est imminente. Mais la société renaîtra, pleine de vigueur, quand tous ses membres viendront se joindre autour de Notre Emmanuel. Les rapports d'esprit se réformeront tout naturellement, sous une vérité commune : les liens de l'amitié vraie et forte se renoueront sous l'action d'un même amour. » Et un peu plus loin : « Le grand mal du temps, c'est qu'on ne va pas à Jésus-Christ. On délaisse le seul fondement, la seule loi, la seule grâce de salut. »

« Remonter à la source de la vie, à Jésus, et non pas seulement à Jésus de passage en Judée, ou à Jésus glorifié dans le Ciel, mais encore et surtout à Jésus dans l'Eucharistie.  Il le faut faire sortir de sa retraite, pour qu'il se mette de nouveau à la tête de nos sociétés chrétiennes, qu'il dirigera, qu'il sauvera. Il faut Lui reconstruire un palais, un trône royal, une cour de fidèles serviteurs, une famille d'amis, un peuple d'adorateurs. »

« On peut appeler le XIXe siècle le grand siècle de l'Eucharistie, comme on l'a appelé d'abord le siècle de Marie... Voilà la mission et la gloire de notre siècle, ce qui le rendra grand parmi les siècles et saint parmi les saints. Qu'on le sache bien, un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie. C'est la vie et la mesure de sa foi, de sa charité et de sa vertu. Qu'il arrive donc de plus en plus ce Règne de l'Eucharistie. » (Août 1864).

Le vénérable Père aurait voulu guérir ces Chrétiens pour qui la religion n'est qu'un accessoire dans la vie, qu'un tissu de pratiques privées, une affaire purement individuelle où se consacre le chacun chez soi. Ils ne veulent pas comprendre et ne souffrent pas qu'on dise qu'étant l'initiation à la vie éternelle et divine, la vraie Religion est par là même le vrai foyer du progrès social. Ils mettent la Religion à côté de la vie ou dans un coin honorable de la vie, et ne veulent pas la reconnaître pour le point central et le distributeur pivotal du mouvement humain.

« L'Eucharistie n'est pas seulement, la vie du chrétien, elle est encore celle des peuples. L'homme qui vit en société a besoin d'un lien qui l'unisse à ses semblables, d'une loi d'honneur, d'un centre d'affection. L'Eucharistie est le lien des chrétiens. Par elle on est parent, on mange à la même table, on a le même Père qui est dans les cieux. Comment, dit Saint Paul, n'aurions-nous pas l'esprit de charité, nous qui mangeons le même pain Eucharistique ? L'Eucharistie est notre loi d'honneur. Certes, il est bien honorable celui qui mange à la table des rois. Mais le chrétien l'est encore davantage. Comment ne pas honorer un homme, un enfant même qui est devenu ou qui va devenir un ciel nouveau, un tabernacle vivant, un autre Jésus-Christ selon le langage de Saint Paul ? L'Eucharistie est notre centre d'affection.

Voyez comme le Sauveur exprime avec bonheur les fruits d'union de l'Eucharistie, après qu’il l’eut distribuée à ses Apôtres. Jamais il ne leur avait promulgué aussi clairement sa loi d’amour : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Je vous aime comme mon Père m’a aimé, demeurez dans mon amour. Père Saint, je vous prie pour mes disciples, afin qu’ils soient un en nous. » (août 1864).

Si le P. Eymard conçoit et affirme avec une si touchante conviction ces heureuses influences de l'Eucharistie sur la société, c'est toujours dans l'espoir d'un pro1ongement du Sacrement dans nos relations sociales.

« Le culte de l'Eucharistie exprime la puissance d'une génération, la sainteté d'un siècle. Quand il domine la foi et la piété d'un peuple, ce peuple grandit et prospère. Le culte de l'Eucharistie comme le soleil des beaux jours qui réchauffe, ranime et féconde la nature, fait partout éclore et mûrir les fruits. Mais quand le divin Sacrement est négligé ou qu'il n'est, comme chez les Grecs schismatiques, qu'un viatique pour les moribonds, renfermé dans le coin d'une sacristie, c'est alors le pale soleil d’hiver qui, n’éclairant que quelques heures, laisse toujours la terre froide et glacée… Soumettons-nous aux salutaires influences du soleil Eucharistique, et tout sera renouvelé. » (mai 1865).

Il ne suffisait pas à Dieu et au P. Eymard d'installer sur la terre un organisme qui relèverait partout le Cénacle et le Trône pacifique du Roi des hommes par le spectacle de l'Adoration perpétuelle. Il fallait surtout relever le Trône dans les âmes. Ce règne est une lumière: il faut que les âmes en soient éclairées ; c'est une vertu, c'est la vertu, c'est la grâce totale: il faut qu'elle coule dans les coeurs. Le vrai temple, le vrai tabernacle, le trône du Roi, c'est l'âme humaine, où doit s'organiser le service intérieur de l'Eucharistie. C'est alors que chaque âme deviendra une capitale, une Cité divine, où la volonté du Père est faite comme au Ciel... Une nation sainte, un sacerdoce royal. - Servir Dieu, c'est régner.

Ce qu'il a dépensé dans ces sanctuaires vivants de soins et de veilles pour les revêtir de l'or et du diamant des vertus, nous le saurons un jour par la publication de ses lettres. En voici quelques extraits

«... Qu'est-ce que je vous ai souhaité cette année ? Vous le savez bien: le règne Eucharistique de Notre Seigneur en vous. Remarquez bien que je ne dis pas la dévotion, la vertu, l'amour même; mais le règne, c'est-à-dire le don de tout vous-même à ce bon Maître pour être sa chose, son champ, son coeur, sa vie, et même sa mort. Il faut absolument en venir là, autrement vous ne seriez que comme le bois qu'on approche assez du foyer pour être desséché; mais il peut fumer, pleurer, crier, être chaud: il ne brûle pas, s'il n'est dans le foyer... Allons, vous savez bien qu'on n'allume pas une bougie à un courant d'air, mais à la flamme elle-même. Et vous, que m'avez-vous souhaité ? l'amour de mon Maître? mais je crois l'aimer. Son Paradis? pas encore; j'ai encore de qui souffrir... Souhaitez-nous le cénacle véritable... puis, le cénacle intérieur; alors, je suis content. » (8 janvier 1864). [Ibid., 8 janvier 1864, p.266].

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