L'adoration

L’adoration eucharistique, voilà l'action royale et souveraine du religieux du Très Saint-Sacrement: tout dans sa vie religieuse doit le préparer, l'orner, le perfectionner pour l'adoration. Tout en sa vie doit être soumis et subordonné à cet exercice divin, parce que c'est l'acte religieux le plus grand, le plus saint, le plus juste de sa vocation et de sa vie.

Acte le plus grand. Adorer, c'est partager la vie de Marie sur la terre quand elle adorait le Verbe incarné en son sein virginal, quand elle l'adorait en la crèche, en la croix, en la divine Eucharistie. L'adoration a été sa vie sur la terre.

Oh ! comme elle était pure et enflammée, sainte et parfaite, l'adoration de Marie ! Pour être agréable à JÉSUS-CHRIST, un adorateur doit adorer avec Marie, par Marie. Adorer, c'est partager la vie des grandes âmes sur la terre, dont tout l'amour, tout le bonheur était de rester au pied du divin tabernacle, pour y adorer le Dieu caché et lui rendre toute la gloire tout l'amour dont elles étaient capables. Elles n'aimaient la vie que pour le tabernacle ; elles ne vivaient que pour se plonger et se consumer dans les flammes de son amour. Adorer, c'est partager la vie des saints dans le Ciel, louant, bénissant éternellement la bonté, l'amour, la gloire, la puissance et la divinité de l'Agneau immolé pour le salut des hommes et la plus grande gloire de Dieu son Père.

Quel bonheur de commencer sur la terre ce que nous ferons éternellement au pied du trône de Dieu ! Quel bonheur de composer la cour eucharistique de JÉSUS-CHRIST sur la terre, d'être toujours avec sa personne adorable, d'être de sa garde divine, et de vivre déjà sur la terre de la vie céleste !

Adorer, c'est l'acte souverain de la vertu de religion, qui, à lui seul, remplace les actes de toutes les autres vertus, possède la vertu de tous, en est la fin. Oh ! que bénie soit à jamais la divine bonté de mon Dieu, qui m'a appelé à cette vocation eucharistique, laquelle me donne la grâce et me met à même d'être adorateur par état, par devoir, alors que les autres fidèles ne le sont que par intervalle, en passant!

Acte le plus saint. Je ne puis rien faire de plus saint sur la terre que l'adoration eucharistique. C'est l'exercice parfait de toutes les vertus.

1. De la foi. Elle est complète et parfaite quand j'adore JÉSUS-CHRIST caché, voilé, et comme anéanti en la Très Sainte Hostie. Alors c'est la soumission, l'adoration par toutes mes facultés, par tous mes sens, avec le seul esprit de la foi.

2. De la piété. Intérieure et extérieure, toute concentrée sur le Dieu caché, l'adorant par la prière, l'oraison, le culte, le respect; par l'anéantissement, s'il était possible, de moi-même; par l'humilité, par la pénitence, par la pureté et par toutes les autres vertus.

3. De l'amour. Puisque l'amour est toute la loi, j'accomplis toute la loi en adorant mon Seigneur et mon Dieu au Très Saint-Sacrement, et en l'adorant de tout mon esprit, de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces.

4. De la charité. Je puis, en adorant, pratiquer la charité parfaite envers le prochain, en priant pour lui, en me faisant médiateur, victime pour son salut, en intéressant en sa faveur les grâces et les miséricordes de mon Sauveur. Rien donc de plus saint que l'adoration.

Acte le plus juste. Partout où est JÉSUS-CHRIST, il mérite nos adorations; donc je dois l'adorer en la divine Hostie, JÉSUS-CHRIST est pour moi au Très Saint-Sacrement; sans moi il n'y resterait pas ; à moins d'être un ingrat et un impie, je dois venir lui rendre mes hommages. Que dirait-on d'un homme qui recevrait la visite d'un souverain, et le laisserait seul dans sa maison, sans honneur et sans hommage ? je dois donc adorer JÉSUS-CHRIST pour moi, parce que c'est mon service et ma vocation si je ne le fais pas, je suis un serviteur infidèle et paresseux, et qui mérite le sort du mauvais serviteur de l'Évangile. Je dois adorer JÉSUS-CHRIST comme prêtre, par la puissance de mon sacerdoce; je l'ai mis sur l'autel comme Marie l'a mis dans la crèche; n'est-il pas juste que, étant son ministre, je lui rende mes perpétuels hommages ?

Je dois adorer JÉSUS-CHRIST pour ceux qui ne l'adorent pas, qui l'abandonnent, qui l'oublient, qui le méprisent et l'offensent. Si j'aime mon Maître, n'est-il pas juste que je le dédommage de tant d'offenses par mon service plus dévoué ? que je lui dise comme saint Pierre: « Seigneur, quand tous vous abandonneraient, moi je ne vous abandonnerai jamais; » je veux vivre et mourir avec vous.

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APOSTOLAT EUCHARISTIQUE


La Société du Très Saint-Sacrement ne se contente pas d'adorer, d'aimer et de servir par elle-même le Dieu de l'Eucharistie. Dans son zèle pour sa gloire, elle veut le faire adorer, aimer et servir de tous les hommes, lui élever partout un trône d'amour et lui procurer des adorateurs fidèles. Jésus a dit: « je suis venu apporter le feu sur la terre; tout mon désir est de voir ce feu embraser l'univers. » « Or, ce feu divin, c'est l'Eucharistie », dit saint Jean Chrysostome. Les incendiaires de ce feu eucharistique sont tous ceux qui aiment Jésus; car l'amour véritable veut le règne et la gloire de son bien-aimé. L'Eucharistie est le règne de JÉSUS-CHRIST dans le monde et surtout dans le cœur de ses enfants. Voilà la belle, l'aimable mission de tout religieux du Très Saint-Sacrement; disciple et apôtre de l'amour eucharistique: voilà son véritable nom, sa grâce et sa vie.

Mais quelles sont les oeuvres de cet apostolat eucharistique? Tout ce qui peut procurer la gloire du Dieu de l'Eucharistie est l'objet de son zèle; et tout peut se rapporter au service de Jésus au Très Saint-Sacrement, puisqu'il est la grâce et la fin de tout. L'amour n'a qu'une science, qu'un langage, qu'un désir; qu'un plaisir, c'est de faire connaître, aimer et servir JÉSUS-CHRIST en la divine Eucharistie.

Le faire connaître à ceux qui ne le connaissent pas, l'apprendre aux enfants, aux gens grossiers et ignorants, le révéler plus grandement à ceux qui le connaissent déjà; et cela par les catéchismes, par les retraites, par les agrégations, les semaines eucharistiques, etc. Notre-Seigneur n'est pas connu, même de ceux qui semblent avoir la science de sa doctrine et de sa vie. S'il était connu, il serait mieux servi, mieux adoré, plus souvent visité. On parlerait au moins de lui dans les conversations entre chrétiens, entre personnes pieuses; il ne serait pas comme un Dieu mort et enseveli, inconnu. On n'ose même plus dire son nom en public. Hélas ! JÉSUS-CHRIST n'est presque plus qu'un étranger au milieu des siens! Il faut donc le révéler, le manifester, lui ramener ses enfants prodigues.

Il faut le faire aimer. C'est par l'amour divin qu'il faut ramener les peuples à la vertu, à la religion, à la foi. Il n'y a pas de moyen plus efficace; c'est peut-être le seul qui nous reste pour combattre l'indifférence qui règne dans le monde, et qui gagne même le cœur des fidèles. C'est par ce feu divin qu'il faut attaquer le froid qui paralyse les cœurs et tous les membres de la société.
C'est en montrant l'amour de JÉSUS-CHRIST qu'on réveillera dans ces coeurs engourdis le sentiment de l'amour et le besoin de la vertu. C'est en leur faisant faire des actes d'adoration au pied du Très Saint-Sacrement qu'on fera d'eux de véritables adorateurs en esprit et en vérité. Il faut presser, pousser, enlever de force les conviés aux noces du Roi. Quand ils auront goûté combien le Seigneur est doux, quand ils auront fait un acte d'adoration, la grâce achèvera le reste. Mais ce bel apostolat demande des hommes de courage, disposés à embrasser la folie de la croix pour en avoir la vertu, prêts à recevoir l'humiliation,le mépris des prudents du siècle, pour que JÉSUS-CHRIST soit aimé et glorifié; c'est toute la récompense qu'ils doivent désirer. A vous, Seigneur, l'amour, la louange et la gloire; à moi l'oubli, le mépris, l'humiliation! Régnez et je suis content de mourir!

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AMOUR DE JÉSUS-EUCHARISTIE


C'est l'amour de JÉSUS-CHRIST qui doit faire un véritable religieux du Très Saint-Sacrement. L'amour doit être le mobile de toutes ses actions, le centre de sa vie, et la fin de tous ses sacrifices.

Mobile de toutes ses actions. L'amour de Jésus-Christ doit en être l'inspiration: on pense avec plaisir à ce que l'on aime, et cette délicieuse pensée devient la compagne de la vie. L'amour doit en être la grâce. La grâce de chacun suit sa vocation; or, une vocation eucharistique est une vocation toute d'amour, comme sa fin. L'amour doit en être la règle, puisqu'il doit être souverain dans le religieux. Toutes ses vertus doivent être au service de l'amour de JÉSUS-CHRIST comme des servantes; elles n'en sont que l'exercice, que la preuve, comme la fidélité, le dévouement, la piété filiale ne sont que le fruit de l'amour d'un bon serviteur, d'un bon fils. Dans le religieux du Très Saint-Sacrement, l'amour doit donc être la vertu royale: mais l'amour souverain qui vit de toutes les vertus, et qui s'appelle amour humble, amour doux, amour patient, amour mortifié, amour charitable. Quand donc j'aurai à pratiquer l'humilité, la charité, l'abnégation, la pauvreté, je n'aurai qu'à faire un acte d'amour de Dieu, en le spécifiant par l'acte de vertu que je dois pratiquer. C'est comme si je disais: « Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, et pour vous le prouver je vais faire cet acte d'humilité. »

Et ainsi ma vie se simplifie dans l'amour, et de l'amour je vais à tout, comme tout l'alimente en moi et l'y fortifie. . Ainsi agissait saint Paul: « Qui nous séparera de la charité de JÉSUS-CHRIST? Sera-ce les tribulations, l'angoisse, la faim, la nudité, les dangers, les persécutions, le glaive? Non, non; nous triomphons de tout cela par l'amour de Celui qui nous a tant aimés. Je suis sûr que ni la mort, ni la vie... ni quelque créature que ce soit, ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, qui nous est donné dans Jésus Notre-Seigneur. »

L'amour, centre de la vie. Il me faut un centre de vie, où mon âme se repose, se complaise, se console, se réjouisse; tout homme a un centre de vie, et doit en avoir un ; ou c'est une créature qu'il aime, ou c'est quelque bien de ce monde, ou c'est Dieu. Quand l'homme a un centre humain, il est malheureux, inconstant, coupable; il devient païen. Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est inquiet et souffrant jusqu'à ce qu'il se repose en vous, dit saint Augustin. » Un centre de vie est un repos, une demeure d'amour ; celui qui met son centre de vie en JÉSUS-CHRIST au Saint-Sacrement, dirige vers lui toutes ses pensées, toutes ses études, toutes ses vertus; Jésus est son trésor, parce que c'est en lui que demeure son cœur. Il n'est bien nulle part que dans le Très Saint-Sacrement; il n'a pas d'autre joie, d'autre plaisir, d'autre bonheur que dans le Très Saint-Sacrement. Il ne veut d'autre consolation, d'autre confident, d'autre soutien dans ses peines que Jésus au Très Saint-Sacrement. Avec la sainte Eucharistie, c'est le paradis; sans elle, c'est l'enfer. Avec la sainte Eucharistie, tout est doux et facile ; sans elle, tout est amer et intolérable. Avec la sainte Eucharistie, la vie est aimable; sans elle, elle est insupportable: mieux vaut la mort. C'est de ce centre d'amour que parle JÉSUS-CHRIST quand il dit: « Celui qui mange mon Corps et boit mon Sang demeure en moi, et moi en lui. » - « Demeurez en moi; demeurez dans mon amour. » Saint Paul vivait dans ce centre divin: « JÉSUS-CHRIST est ma vie. »« Ce n'est plus moi qui vis, mais JÉSUS-CHRIST en moi. »

Fin de tous les sacrifices. L'amour véritable ne vit que pour la personne aimée; il doit lui rapporter le prix de tous les sacrifices, et se sacrifier avec abnégation pour elle. Plaire à l'objet aimé, c'est la seule récompense qu'il ambitionne; mourir pour lui, c'est son triomphe. Voilà la fin du religieux du Très Saint-Sacrement: servir son bon Maître par amour, lui sacrifier noblement sa liberté, sa volonté, ses affections, sa gloire, sa santé, sa vie; dans l'oubli, dans le mépris des hommes, dans l'épreuve intérieure connue de Dieu seul, dans la souffrance sans soulagement, dans la fatigue sans repos, dans le travail sans succès, dans la charité sans retour, dans la patience sans réciprocité, dans la vie de foi sans aucune consolation ; et malgré tout cela; servir toujours Notre-Seigneur avec la sérénité de la paix, la joie du coeur, la force d'un amour plus fort que la mort; paraître heureux, et l'être dans le sacrifice de l'amour. Voilà le grand triomphe de l'amour de JÉSUS-CHRIST dans son religieux; c'est la pureté de l'amour dans son creuset; c'est le véritable amour qui se consume à la pure gloire de son Dieu.

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