VINGT-QUATRIÈME JOUR
Adoration de prière de Marie.
Marie se dévouait tout entière à
la gloire eucharistique de Jésus. Elle savait que le désir du
Père céleste était de voir l'Eucharistie connue, aimée
et servie par tous; que le besoin du Coeur de Jésus était de communiquer
aux hommes tous ses dons de grâce et de gloire; que le Saint-Esprit avait
pour mission d'étendre et de perfectionner dans les coeurs le règne
de Jésus-Christ; que l'Eglise n'avait été fondée
que pour donner Jésus au monde; tous les désirs de Marie étaient
donc de le faire connaître en son Sacrement; son amour si grand pour Jésus
avait besoin de se dilater, de se dévouer, afin de se soulager, pour
ainsi dire, de l'impuissance où elle se sentait à le glorifier
en elle-même autant qu'elle l'eut voulu.
Depuis le Calvaire, les hommes étaient ses enfants, elle les aimait avec
la tendresse d'une mère et voulait leur souverain bien autant que le
sien propre: voilà pourquoi elle brûlait de faire connaître
à tous Jésus au Saint-Sacrement, d'embraser les coeurs de son
amour, de les voir tous liés et enchaînés à son aimable
service.
Pour obtenir cette grâce, Marie faisait une mission
perpétuelle de pénitence et de prière au pied de la très
adorable Eucharistie; elle y traitait du salut du monde: dans son zèle
immense elle embrassait les besoins des fidèles de tous les lieux et
de tous les temps à venir, qui devaient hériter de la sainte Eucharistie
et la servir. Mais la mission la plus chère à son âme était
de prier continuellement pour le succès des prédications et des
travaux des apôtres et de tous les membres du sacerdoce de Jésus-Christ.
Aussi ne faut-il pas sétonner que ces ouvriers apostoliques convertissent
si facilement des royaumes entiers; Marie se tenait au pied du trône de
la miséricorde, suppliant pour eux la bonté du Sauveur. Sa prière
convertissait les âmes, et, comme toute conversion est le fruit de la
prière, et que la prière de Marie ne pouvait éprouver de
refus, les apôtres avaient en cette Mère de bonté leur meilleur
auxiliaire: « Bienheureux celui pour qui prie Marie ».
Les adorateurs partagent la vie et la mission de prière
de Marie au pied du Très Saint-Sacrement: c'est la plus belle de toutes
les missions, et elle est sans danger. C'est la plus sainte aussi, car
elle est l'exercice de toutes les vertus. C'est la plus nécessaire à
l'Eglise, qui a encore plus besoin d'âmes de prière que de prédicateurs,
d'hommes de pénitence que d'hommes d'éloquence. Aujourd'hui plus
que jamais, il faut des hommes qui désarment, par leur immolation propre,
la colère de Dieu irrité contre les crimes toujours croissants
des nations: il faut des âmes qui par leurs instances ouvrent les trésors
de la grâce qu'a fermés l'indifférence générale;
il faut des adorateurs véritables, c'est-à-dire des hommes de
feu et de sacrifice. Quand ils seront nombreux autour de leur divin Chef, Dieu
sera glorifié, Jésus aimé; les sociétés redeviendront
chrétiennes, conquises à Jésus-Christ par lapostolat
de la prière eucharistique.
L'apostolat de Marie consistait encore dans la prédication muette, mais
très persuasive, du respect. Cette prédication convient à
tous, et une âme jalouse de faire connaître et aimer l'Eucharistie
s'y appliquera avec grand soin, unie à Marie. Comme cette parfaite adoratrice
se tenait avec modestie et révérence devant le Très Saint-Sacrement ! Elle s'y tenait comme les anges devant la Majesté divine;
toute pénétrée par la foi et absorbée en la divine
présence de Jésus, elle ne faisait attention à personne
autour d'elle. Elle ne se présentait jamais devant Notre-Seigneur que
convenablement et religieusement vêtue, comme à une visite d'honneur.
Une mise négligée, un désordre dans la tenue, annoncent
peu de foi et un intérieur désordonné.
Marie restait à genoux le plus qu'elle pouvait aux pieds de son Dieu:
c'est la tenue d'adoration de la sainte Eglise, l'hommage du corps, lhumilité
de la foi: à genoux aux pieds de Jésus, c'est la place de l'amour.
Le respect dans le lieu saint, surtout devant le Très Saint-Sacrement,
doit être la grande vertu publique des adorateurs. Ce respect est la profession
solennelle de leur foi, et en même temps c'est pour eux la grâce
de leur piété et de leur ferveur; car toujours Dieu punit les
irrévérences commises dans son sanctuaire par l'affaiblissement
de la foi, la privation des grâces de dévotion. Celui qui est irrévérencieux
ou inconcevant devant Notre-Seigneur aurait tort de s'étonner de sa froideur
dans la prière; c'est peu: il mériterait d'être chassé
honteusement de sa présence comme un malhonnête ou un insensé.
Soyons donc très sévères sur le culte du respect; ayons
une tenue réservée, une attitude religieuse; observons un silence
rigoureux, un recueillement des sens absolu.
Dans l'église, il ne faut avoir d'égards qu'envers Jésus-Christ:
il n'y a plus d'amis, Jésus y est tout: la cour n'a les yeux fixés
que sur le roi, n'honore que le roi. A la vue du respect profond et religieux
des adorateurs, les mondains seront obligés de dire: Il y a ici quelque
chose de grand ! Les faibles, les tièdes rougiront de leur tiédeur
et reconnaîtront Jésus-Christ: l'exemple est la royale leçon
de la sagesse et l'apostolat le plus fécond.