VINGTIÈME JOUR
Adoration de foi et de respect de Marie.
Qu'il y aurait de choses à dire sur la vie d'adoration de Marie au Cénacle
! Vingt quatre ans passés dans ce saint lieu où Jésus institua
l'Eucharistie, où il avait fixé son premier Tabernacle ! Marie
était tout occupée à l'adorer, à l'honorer dans
sa vie eucharistique; elle passait la plus grande partie des jours et des nuits
au pied de ce divin Tabernacle; là était son Jésus, son
Fils et son Dieu! Quand elle partait de sa pauvre cellule pour se rendre
à l'oratoire du Cénacle, elle commençait déjà
son adoration; elle marchait recueillie, les yeux baissés, d'un pas grave
et modeste; elle se préparait ainsi à se présenter au Dieu
de l'Eucharistie. Arrivée devant le Tabernacle, elle se prosternait avec
une grande dévotion et un profond respect, puis composait ses sens dans
un simple et pieux recueillement: le corps droit, les mains jointes ou croisées
sur la poitrine; ou bien, quand elle était seule, les élevant
suppliantes vers le Tabernacle; ses yeux y étaient le plus souvent fixés.
Marie adorait ensuite avec la foi la plus soumise; elle adorait son Fils caché,
voilé sous une forme étrangère; mais son amour passait
à travers le nuage et allait jusqu'aux pieds sacrés de Jésus,
qu'elle vénérait avec le plus tendre respect; jusqu'à ses
mains saintes et vénérables, qui avaient consacré et porté
le Pain de vie; elle bénissait la bouche sacrée qui avait prononcé
ces paroles adorables: Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. Elle adorait ce
Coeur tout embrasé d'amour, d'où était sortie la sainte
Eucharistie; Marie eut voulu s'abîmer, s'anéantir devant cette
divine Majesté anéantie au Sacrement, afin de lui rendre tout
l'honneur et tous les hommages qui lui sont dus.
L'adoration de Marie était profonde, intérieure,
intime. C'était le don d'elle-même. Elle s'offrait tout entière
au service d'amour du Dieu de l'Eucharistie: car l'amour ne pose ni conditions
ni réserves; il ne pense plus à soi, ne vit plus pour soi; il
est étranger à lui-même, et ne vit que pour le Dieu qu'il
aime. Tout en Marie allait vers le Saint-Sacrement comme vers son centre et
sa fin. Un courant de grâce et d'amour s'établissait entre le Coeur
de Jésus-Hostie et le coeur de Marie adoratrice: c'étaient deux
flammes qui se perdaient en une seule; Dieu fut alors parfaitement adoré
par sa créature!
Qu'à l'exemple de Marie, l'adorateur se mette à
genoux avec le respect le plus profond; qu'il se recueille comme Marie, se mette
en esprit à côté d'elle pour adorer; qu'il vienne devant
Notre-Seigneur avec cette modestie, ce recueillement intérieur et extérieur
qui prépare merveilleusement l'âme à l'office angélique
de l'adoration. Qu'on adore Jésus sous les voiles eucharistiques qui
dérobent à ses yeux son humanité sainte, avec la foi de
Marie et de la sainte Eglise, ces deux mères que le Sauveur lui a données
dans son amour; qu'il adore son Dieu comme s'il le voyait, l'entendait; car
la foi vive voit, entend, touche avec plus de certitude que les sens eux-mêmes.