PREMIER JOUR
Marie, Mère des adorateurs de l'Eucharistie.


Si notre vie n'était mise sous la protection de Marie, on pourrait douter de notre persévérance et de notre salut. Notre vocation, qui nous lie d'une manière spéciale au service du divin Roi des rois, nous fait un devoir plus pressant de nous adresser à Marie. Dans l'Eucharistie, Jésus est roi, et il veut à son service des serviteurs exercés et qui aient fait leur apprentissage: on apprend à servir avant de se présenter au roi. Eh bien! Jésus nous a laissé sa divine Mère pour être la mère et le modèle des adorateurs. Il l'a laissée, selon le sentiment le plus commun, vingt-cinq ans sur la terre afin qu'elle nous apprît à l'adorer parfaitement. Quelle belle vie que ces vingt-cinq ans passés en adoration! Quand on examine l'amour de Notre-Seigneur pour sa Mère, on est tout étonné qu'il consente à se séparer d'elle. Est-ce que la sainte Vierge n'était pas assez sainte ? Est-ce qu'elle n'avait pas assez souffert, elle qui avait souffert sur le Calvaire plus que toutes les créatures ? Oui, sans doute. Mais les intérêts de l'Eucharistie réclamaient la présence de Marie ; Jésus ne voulait pas rester seul au Sacrement sans sa Mère; il ne voulait pas que la première heure de l'adoration eucharistique fut confiée à de pauvres adorateurs qui ne sauraient pas l'adorer d'une manière digne de lui.

Les apôtres, obligés de voler au salut des âmes, ne pouvaient consacrer assez de temps à l'adoration eucharistique; malgré leur amour qui les eut attachés au pied du Tabernacle, leur mission d'apôtres les appelait ailleurs; pour les chrétiens, semblables à des enfants qui sont encore au berceau, il leur fallait une mère qui fit leur éducation, un modèle qu'ils puissent copier, et c'est sa très sainte Mère que Jésus-Christ leur laisse.

Toute la vie de Marie, à la bien prendre, se résume en ce mot: adoration; car l'adoration c'est le service parfait de Dieu, et elle embrasse tous les devoirs d'une créature envers son Créateur. C'est Marie qui la première a adoré le Verbe incarné; il était dans son sein et personne ne le savait sur terre. Oh! que Notre-Seigneur dans le sein de Marie fut bien servi! Jamais il n'a trouvé un ciboire, un vase d'or plus précieux et plus pur que le sein de Marie! Cette adoration de Marie le réjouissait plus que celle de tous les anges. « Le Seigneur a placé son tabernacle dans le soleil », dit le Psalmiste; ce soleil, c'est le coeur de Marie. A Bethléem, Marie adore la première son divin Fils couché dans la crèche. Elle l'adore avec un amour parfait de Vierge Mère, un amour de dilection, selon le mot de l'Esprit-Saint; après elle, viennent adorer saint Joseph, les bergers, les Mages: c'est Marie qui a ouvert ce sillon de feu qui couvrira le monde.

Comme Marie devait dire de belles choses, des choses divines, puisqu'elle était dans un état d'amour que nous ne pouvons mesurer ni sonder! Elle continue d'adorer Notre-Seigneur dans sa vie cachée à Nazareth, puis dans sa vie apostolique et sur le Calvaire, où son adoration fut la souffrance. Remarquez la nature de l'adoration de Marie. Elle adore Notre-Seigneur selon ses divers états: elle adapte son adoration à l'état de Jésus; l'état de Jésus fait le caractère de son adoration: elle n'est pas restée dans une adoration immobile; elle a eu l'adoration du Dieu anéanti dans son sein, puis pauvre à Bethléem, travaillant à Nazareth, et plus tard évangélisant et convertissant les pécheurs; elle l'a adoré dans ses souffrances sur le Calvaire en souffrant avec lui; son adoration suit tous les sentiments de son divin Fils, qui lui étaient connus et dévoilés; son amour la faisait entrer en une parfaite conformité de pensées et de vie avec lui.

A vous adorateurs, on vous dit aussi: Adorez toujours Jésus-Eucharistie, mais variez vos adorations comme la sainte Vierge variait les siennes. Faites venir et revivre tous les mystères dans l'Eucharistie. Sans cela vous tomberez dans la routine; si l'esprit de votre amour n'était pas alimenté par une forme, une pensée nouvelle, vous deviendriez imbéciles dans la prière. Il faut donc célébrer tous les mystères dans l'Eucharistie. C'est ainsi que faisait Marie au Cénacle.

Quand revenaient les anniversaires des grands mystères accomplis sous ses yeux, croyez-vous qu'elle n'en renouvelait pas en elle les circonstances, les paroles et les grâces ! Quand Noël revenait, par exemple, croyez-vous que Marie ne redisait pas à son Fils, alors caché sous les voiles eucharistiques, et l'amour de sa naissance, et son sourire et ses adorations ainsi que celles de saint Joseph, des bergers et des Mages ! Elle voulait par là réjouir le coeur de Jésus en lui rappelant son amour. Il en était de même pour tous les mystères. Eh que fait-on avec un ami! Lui parle-t-on toujours du présent! Non, certes: on rappelle tous les souvenirs du passé, on les ravive. Quand on veut faire un compliment à un père et à une mère, on rappelle l'amour si grand, le dévouement si constant, si généreux qu'ils nous ont témoigné dans notre enfance. Eh bien! Marie redisait à Jésus, dans ses adorations du Cénacle, tout ce qu'il avait fait pour la gloire de son Père; elle lui rappelait ses grands sacrifices, et par là elle se mettait dans la grâce de l'Eucharistie. L'Eucharistie est le mémorial de tous les mystères, elle en renouvelle l'amour et la grâce. Il vous faut, comme Marie, correspondre à cette grâce en ravivant toutes les actions de Notre-Seigneur, en adorant tous ses états, et en vous y unissant.

La sainte Vierge avait un attrait si puissant à l'Eucharistie, qu'elle ne pouvait s'en séparer; elle vivait dans le Saint-Sacrement, elle vivait de lui. Elle passait les jours et les nuits aux pieds de son divin Fils; sans doute elle se prêtait à la piété des apôtres et des fidèles qui voulaient la voir et l'entretenir; mais son amour pour son Dieu caché transpirait sur son visage et communiquait ses ardeurs à tous ceux qui l'entouraient. O Marie, enseignez-nous la vie d'adoration ! Apprenez-nous à trouver comme vous tous les mystères et toutes les grâces en l'Eucharistie; à faire revivre l'Evangile, à le lire dans la vie eucharistique de Jésus. Rappelez-vous, ô Notre-Dame du Très Saint-Sacrement, que vous êtes la mère des adorateurs de l'Eucharistie !

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