Le mois de Notre-Dame du Très Saint-Sacrement
MÉDITATION PRÉPARATOIRE


Le mois de Marie est le mois des bénédictions et des grâces: car toutes les grâces nous viennent par Marie, ainsi que l'assure saint Bernard, et avec lui tous les Saints. C'est une fête de trente jours à la gloire de la Mère de Dieu, qui nous préparera bien au beau mois du Saint-Sacrement qui suivra. Il ne faut pas que, parce que nous faisons profession spéciale d'honorer l'Eucharistie, nous ayons moins de dévotion envers la sainte Vierge. Loin de là ! Il commettrait un blasphème, celui qui dirait: Pour moi le Très Saint-Sacrement me suffit, je n'ai pas besoin de Marie. Mais où trouve-t-on Jésus sur la terre sinon dans les bras de Marie ? N'est-ce pas elle qui nous a donné l'Eucharistie! C'est son acquiescement à l'Incarnation du Verbe dans son sein, qui a commencé le grand mystère de réparation envers Dieu et d'union avec nous que Jésus accomplit pendant sa vie mortelle et qu'il continue au Sacrement. Sans Marie, nous n'irions point à Jésus. Car elle le possède en son coeur : il y fait ses délices, et ceux qui veulent connaître ses vertus intimes, son amour secret et privilégié, doivent les chercher dans le coeur de Marie: ceux qui aiment cette bonne Mère trouvent Jésus en son coeur si pur. Il ne faut jamais séparer Marie de Jésus: on ne saurait aller à Lui sans passer par Elle. Je dis même que plus nous aimons l'Eucharistie, plus nous devons aimer Marie: on aime tout ce qu'aime un ami; or est-il une créature plus aimée de Dieu, une mère plus tendrement affectionnée par son fils, que ne le fut Marie par Jésus.


Oh! oui, Notre-Seigneur serait bien peiné que nous, les serviteurs de son Eucharistie, nous n'honorassions pas beaucoup Marie, parce qu'elle est sa mère; Notre-Seigneur lui doit tout dans l'ordre de son Incarnation, de sa nature humaine; c'est par la chair qu'elle lui a donnée, qu'il a tant glorifié son Père, qu'il nous a sauvés et qu'il continue de nourrir et de sauver le monde au Saint-Sacrement. Notre-Seigneur veut qu'on l'honore d'autant plus maintenant, que durant sa vie mortelle il semble avoir plus négligé de le faire. Notre-Seigneur sans doute a bien honoré sa mère dans la vie privée; mais en public, il l'a laissée dans l'ombre; il avait avant tout à affirmer et à soutenir sa dignité de Fils de Dieu. Mais aujourd'hui Notre-Seigneur veut en quelque sorte que nous dédommagions la très sainte Vierge de tout ce qu'il n'a pas pu faire extérieurement pour elle: et nous sommes obligés, il y va de notre salut, de l'honorer comme la Mère de Dieu et comme notre propre Mère.

Mais puisque nous nous sommes voués plus spécialement au service de l'Eucharistie, que nous sommes adorateurs, c'est en cette qualité que nous devons un culte particulier à Marie. Religieux du Très Saint-Sacrement, servantes du Saint-Sacrement, agrégés du Saint-Sacrement, nous sommes par notre état des adorateurs de l'Eucharistie: c'est notre beau-titre, béni par Pie IX. Adorateurs, qu'est-ce à dire ? C'est-à-dire que nous sommes attachés à la personne adorable de Notre-Seigneur vivant en l'Eucharistie.

Mais si nous sommes au Fils, nous sommes à la Mère; si nous adorons le Fils, nous devons honorer la Mère, et nous sommes obligés, pour demeurer dans la grâce de notre vocation, et pour y entrer pleinement, de rendre à la sainte Vierge un culte tout spécial, comme à NOTRE-DAME DU TRÈS Saint-Sacrement. Cette dévotion n'est pas répandue et ce culte ne lui est pas encore rendu explicitement dans l'Eglise. C'est que le culte de Marie suit le culte de Jésus; il en suit les phases et les développements. Quand on honore Notre-Seigneur sur la croix, on prie Notre-Dame des Sept-Douleurs ; quand on honore sa vie soumise et retirée à Nazareth, c'est Notre-Dame de la Vie cachée que l'on prend pour modèle; la sainte Vierge suit tous les états de son Fils. On ne l'avait encore jamais saluée de ce beau nom de Notre-Dame du Très Saint-Sacrement. Mais voici que le culte de l'Eucharistie se répand; jamais il ne fut plus grand, plus universel que de notre temps; il se répand partout. C'est la grâce qu'apporte au monde l'Immaculée Conception.

La dévotion au Saint-Sacrement n'est pas nouvelle sans doute; mais il se fait une manifestation nouvelle de l'Eucharistie : le Dieu caché sort de son tabernacle, on l'expose partout, et la nuit et le jour: l'Eucharistie va devenir une source de salut pour ce siècle: le culte de l'Eucharistie sera la gloire de ce siècle; il fera sa grandeur. Eh bien! la dévotion à Notre-Dame du Très Saint-Sacrement grandira avec le culte de l'Eucharistie. Je n'ai trouvé cette dévotion exposée dans aucun livre; je n'en ai jamais entendu parler, si ce n'est dans les révélations de la Mère Marie de Jésus, où j'ai lu quelque chose de la communion de Marie, et dans les Actes des Apôtres, où nous voyons Marie au Cénacle.

Qu'a fait la sainte Vierge au Cénacle?

Elle a adoré, elle a été la reine et la mère des adorateurs; elle a été, en un mot, Notre-Dame du Très Saint-Sacrement. Votre occupation pendant ce mois sera de l'honorer sous ce beau titre, de méditer ce qu'elle faisait, de rechercher comment Notre-Seigneur recevait ses adorations; vous découvrirez l'union si parfaite de ces deux coeurs, celui de Jésus et celui de Marie, perdus en un seul amour et une seule vie. Il faut que votre piété soulève le voile mystérieux qui cache la vie adoratrice de Marie. On est étonné que les Actes des Apôtres n'en disent rien, et se contentent de laisser Marie au Cénacle. Ah ! c'est que toute la vie de Marie au Cénacle ne fut qu'une vie d'amour et d'adoration. Comment redire l'amour et l'adoration ! Comment exprimer ce règne de Dieu en l'âme et cette vie de l'âme en Dieu ? On n'explique pas, la langue n'a pas de termes pour expliquer les délices du ciel: il en est de même de la vie de Marie au Cénacle.

Saint Luc nous dit seulement qu'elle vivait et priait au Cénacle. A la prière, à l'amour d'étudier l'intérieur de cette vie. Nous pouvons supposer tout ce qu'il y a de puissance dans l'amour, tout ce qu'il y a de sainteté et de perfection dans les vertus et l'attribuer à Marie; mais parce que Marie a vécu là d'union au Saint-Sacrement pendant plus de vingt ans, toutes ses vertus ont pris le caractère eucharistique: elles étaient nourries de la communion, de l'adoration, de l'union constante à Jésus-Eucharistie.

Les vertus de Marie ont acquis au Cénacle leur dernière perfection, une perfection presque sans limites et qui n'est dépassée que par la perfection des vertus de Jésus-Christ. Demandez à Notre-Seigneur de vous révéler ce qui se passait au Cénacle entre lui et sa Mère; il vous dira quelques-unes de ces merveilles: pas toutes, vous ne sauriez les porter; mais un peu, et cela fera votre bonheur. Oh ! je serais bien heureux si je pouvais faire un mois de Marie adoratrice; il faut pour cela méditer, prier beaucoup, il faut comprendre l'action de grâces de l'amour de Marie; je le désire bien; mais il faut pour cela une plus longue préparation.

Du reste tous les mystères de la vie de Marie revivent au Cénacle. Si vous méditez sur la naissance de son Fils à Bethléem, complétez l'Evangile et voyez la naissance eucharistique de ce même Fils sur l'autel. La fuite en Egypte? Ne voyez-vous pas que Notre-Seigneur est encore au milieu des barbares et des étrangers, dans ces villes et dans ces campagnes où l'on ferme les églises et où personne ne va le voir? Et sa vie cachée de Nazareth ! Ne le voyez-vous pas encore plus caché ici ? Complétez par l'Eucharistie tous les mystères et méditez la part qu'y prend Marie. L'essentiel est de chercher à pratiquer une des vertus de la sainte Vierge; prenez tout de suite parmi les plus basses, les plus petites; vous les connaissez, vous monterez ensuite et peu à peu jusqu'à ses vertus intérieures, jusqu'à son amour. Puis chaque jour offrez un sacrifice; prévoyez ce qui vous coûtera; il y a des sacrifices que l'on sait d'avance: telle personne à voir, telle chose à faire. Offrez ce sacrifice; la sainte Vierge en sera contente; ce sera une fleur de plus à la couronne qu'elle veut offrir en votre nom à son Fils au jour de sa fête, à la belle Fête-Dieu.

Si vous ne prévoyez pas de sacrifices particuliers, tenez-vous dans une volonté généreuse d'accepter tous ceux que le bon Dieu vous enverra; soyez attentifs à prendre à la volée cet oiseau du ciel; il y a des messagers de Dieu qui nous apportent une grâce et une couronne d'épines. Il faut leur faire bon accueil. Un sacrifice prévu fait raisonner; le raisonnement en diminue la valeur; les sacrifices qu'on fait tout d'un coup, généreusement, sans regarder, valent mieux; le bon Dieu veut nous surprendre, il nous dit seulement: Tenez-vous prêts ! et l'âme fidèle est disposée à tout ce que voudra le bon Dieu. L'amour aime à surprendre. Ne perdez jamais ces sacrifices-là.

Il suffit pour cela d'être généreux. Une âme généreuse, ah ! que c'est beau! Dieu en est glorifié, et il dit d'elle comme de Job, avec un sentiment de bonheur et d'admiration: As-tu vu mon serviteur Job !... L'âme qui aime ne laisse passer aucun de ces sacrifices: elle a, pour ainsi dire, l'oeil au vent; elle sent qu'une croix vient et elle se dispose à la bien recevoir. Allons, honorez la sainte Vierge par un sacrifice chaque jour; allez par elle à Notre-Seigneur; abritez-vous derrière elle; mettez-vous sous son manteau; revêtez-vous de ses vertus: ne soyez qu'une ombre de Marie; offrez toutes ses actions, tous ses mérites, toutes ses vertus à Notre-Seigneur: vous n'avez qu'à puiser en Marie et à dire à Jésus: Je vous offre les richesses que m'a acquises ma bonne Mère. Et Notre-Seigneur sera très content de vous !

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