Bienheureux Damien de Molokai
(Apôtre des lépreux)
1840-1889
"Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et Moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. " (Mt 11, 28-30)
Le Père Damien passait des heures devant le Saint-Sacrement. « Je trouve ma consolation dans mon unique compagnon qui ne me quitte plus, c’est-à-dire notre divin Sauveur dans la Sainte Eucharistie. »
« C’est au pied de l’autel que nous trouvons la force nécessaire dans notre isolement. Sans le Saint-Sacrement, une position comme la mienne ne serait pas soutenable. Mais ayant notre Seigneur à mes côtés, eh bien ! je continue d’être toujours heureux et content. Avec cette gaieté de cœur et le rire sur les lèvres, je travaille avec zèle au bien des pauvres malheureux lépreux et petit à petit, sans trop d’éclat, le bien se fait… [Jésus au Saint-Sacrement] est le plus tendre des amis avec les âmes qui cherchent à Lui plaire. Sa bonté sait se proportionner à la plus petite de ses créatures comme à la plus grande. Ne craignez donc pas dans des conversations solitaires, de L’entretenir de vos misères, de vos craintes, de vos ennuis, de ceux qui vous sont chers, de vos projets, de vos espérances, faites-le avec confiance et à cœur ouvert. » Retour à la page précédente
Chronologie
1840 : 3 janvier, Naissance de Joseph de Veuster, au village de Tremelo,
en Belgique.
1858 : Joseph entre à l’école moyenne de Braine-le-Comte
(Belgique) pour y apprendre le francais.
1859 : 2 février, Joseph de Veuster prend l’habit religieux
chez les Pères des Sacrés-Cœurs de Picpus à Louvain,
en Belgique. Il prend le nom de Damien et rejoint ainsi son frère
Pamphile dans le même Institut.
1863 : Départ pour les îles Hawaï, le 30 octobre
1864 : 4 mai, Ordination sacerdotale en la cathédrale
d’Honolulu, à Hawaï.
1873 : Le Père Damien de Veuster est missionnaire
dans les diverses îles de l’Archipel des Hawaii dans le Pacifique.
Ouverture de la léproserie de Molokaï en 1866.
1873 : 10 mai, entrée du Père Damien à la léproserie
de Molokaï.
1884 : En fin de cette année, le Père Damien se découvre
lépreux. Alertée par la presse, l’opinion internationale
s’émeut du sort des lépreux.
1889 : Le 1er avril, le Père Damien meurt lépreux.
1995 : Damien est béatifié.
Voici des extraits de ces lettres
Kalawao, Molokai, le 26 novembre 1885
…J'ai été très peiné par l'autorisation
que N.T.R.P. a envoyée à mon confrère, P. Albert,
de s'en retourner à Tahiti. Depuis ce temps, je suis toujours seul.
Le bon P. Columban vient de deux à trois mois pour me confesser
et s'en retourne de suite. Je viens même d'être empêché par
notre supérieur, le P. Léonor, de me rendre à Honolulu
quand dans l'intervalle je voudrais voir un confrère. Je ne sais
trop où cela va aboutir. Je me résigne cependant à la
divine Providence et trouve ma consolation dans mon unique compagnon qui
ne me quitte pas, c'est-à-dire notre divin Sauveur dans la sainte
Eucharistie. C'est au pied de l'autel que je me confesse souvent et que
je cherche le soulagement aux peines intérieures. C'est devant Lui,
ainsi que devant la statue de notre sainte Mère, que je murmure
quelquefois, en demandant la conservation de la santé. Je continue
de m'occuper de mon double orphelinat d'enfants lépreux dont le
nombre monte au-delà de 40. La moitié d'entre eux, très
avancés dans la maladie, n'attendront pas pour aller au Ciel. Je
voyage ordinairement en voiture pour aller de l'une de mes églises à l'autre.
Le dimanche, je célèbre ordinairement deux messes, je prêche
quatre fois et donne deux fois la bénédiction du Saint-Sacrement…
Kalawao, Molokai, mai 1886
…De plus, la terrible maladie dont vous connaissez le commencement fait
des progrès effrayants, et menace de me rendre irrégulier sinon
impotent pour célébrer la sainte messe, et n'ayant Pas d'autre
prêtre, je serai privé même de la sainte communion et du
Saint-Sacrement. C'est cette privation qui me coûtera le plus et me rendra
ma position insoutenable…
Kalawao, Molokai, 26 août 1886
…Immédiatement après la messe, sans laisser au curé le
temps de déjeuner, la procession se forme, la croix et un grand drapeau
bien lourd à paner ouvrent la marche, puis tambours et instruments de
musique en fer blanc suivis de deux associations avec leur drapeau hawaiien.
Après viennent les deux ligues de femmes chrétiennes, suivies
des hommes, puis les chantres toujours dirigés par mon bon Petero aveugle,
qu'un homme robuste guidait sous un parasol; enfin les thuriféraires,
les fleuristes, etc, puis le dais entoure de quatre lanternes champêtres
ornées de fleurs des champs. Un reposoir portatif bien orné augmentait
l'ornementation de la procession; en arrivant à la résidence
du superintendant, il fut déposé sous la véranda, où j'exposai
le Saint-Sacrement. Grâce à la prolongation du chant nous pûmes
reposer sur le beau gazon nos pieds et jambes malades et fatigués de
la longue marche pendant que nous y fîmes dévotement l'adoration.
Après la bénédiction, la procession retourna par le même
chemin et le même ordre à l'église…
Kalawao, Molokai, iles Sandwich, le 26 août
1886
Révérend monsieur, J'ai bien reçu votre lettre si
hautement estimée du 4 juin. Je remercie notre divin Sauveur d'avoir,
par l'exemple d'un pauvre prêtre qui accomplit en toute simplicité les
devoirs de sa vocation, allume dans votre creur ce noble esprit de la douce
vie du sacrifice de soi-même. Comme vous le dites dans votre lettre,
le Saint-Sacrement est vraiment le stimulant pour
nous tous, pour moi comme pour vous, qui pousse à renoncer à toutes les ambitions du
monde. Sans la présence continuelle de notre divin Maître à l'autel
de mes pauvres chapelles, je n'aurais jamais pu persévérer à jeter
mon sort avec les lépreux de Molokai. Les conséquences en étaient
prévues, mais maintenant elles commencent à se manifester
sur la surface de mon corps et se font sentir dans tout mon système.
Comme la sainte communion est le pain de tous les jours pour le prêtre,
je me sens heureux, bien content et résigne dans le milieu quelque
peu exceptionnel où il a plu à la divine Providence de me
placer…
Kalawao, Molokai, 5 octobre 1886
…Je suis réputé attaqué moi-même de la terrible
maladie. Les microbes de la lèpre se sont finalement nichés dans
ma jambe gauche et dans mon oreille. Ma paupière commence à tomber.
Il m’est impossible de me rendre encore à Honolulu parce que la
lèpre devient visible. Bientôt ma figure sera endommagée,
je suppose. Étant sûr que la maladie est réelle, je reste
calme et résigné et je suis même plus heureux parmi mon
monde. Le bon Dieu sait ce qui est mieux pour ma sanctification et dans cette
conviction je dis tous les jours un bon fiat voluntas tuas…
Kalawao, Molokai, îles Sandwich, le 9 novembre
1887
…Bien que la lèpre ait fortement empoigné mon corps et
m'ait défiguré un peu, je continue d'être fort et robuste
et les terribles souffrances de mes pieds ont disparu. Jusqu'ici la maladie
n'a pas encore déformé mes mains et je continue à dire
tous les jours la sainte messe. Ce privilège est ma plus grande consolation,
pour moi aussi bien que pour le bonheur de mes nombreux compagnons de misère,
qui tous les dimanches remplissent assez bien mes deux églises où je
réserve continuellement le Saint-Sacrement. 50 orphelins vivent ici
avec moi et ils prennent presque tout mon temps libre. La mort a diminué le
nombre de mes malades de manière qu'il m'en reste encore environ 500…
Kalawao, le Vendredi saint 1 1888, 4 heures du matin
Mon révérend père,
C'est la quinzième année que nous observons l'adoration nocturne,
tout lépreux que nous sommes. J'ai reçu votre petit mot pour
l'envoi des caisses américaines. Les matelots du Mokolii me dirent
hier soir que lundi le Kilauea doit encore une fois venir pour notre port.
Veuillez en profiter pour nous les expédier…