Eucharistie et Evangélisation
XLVe Congrès eucharistique international
- Séville
Adoremus in aeternum Sanctissimum Sacramentum!
Unis aux anges et aux saints de l'Eglise céleste, nous
adorons le Très Saint-Sacrement de l'Eucharistie. À genoux, nous adorons
un si grand mystère, qui contient l'Alliance nouvelle et définitive
de Dieu avec les hommes dans le Christ.
1. Chers évêques, prêtres, religieux et religieuses,
Très chers frères et soeurs,
C'est pour moi une joie particulière que de m'agenouiller avec vous devant
Jésus-Sacrement, dans un acte d'humble et fervente adoration, de louange
envers Dieu miséricordieux, d'action de grâces au Dispensateur
de tout bien, de supplique à celui qui est « toujours vivant pour
intercéder pour nous » (cfr. He 7, 25).
« Demeurez en moi comme moi en vous » (Jn 15, 4), venons-nous d'entendre
dans la lecture de l'Évangile sur la parabole du cep et des sarments:
que cette page sur le mystère de la présence vivante et vivifiante
du Christ dans l'Eucharistie est claire!
Le Christ est le cep, planté dans la vigne élue, qui est le peuple
de Dieu, l'Eglise, Par le mystère du Pain, le Seigneur peut dire à
chacun de nous: « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et
moi en lui » (Jn 6, 56). Sa vie passe à nous comme la sève
vivifiante du cep passe aux sarments pour qu'ils vivent et produisent des fruits.
Sans une véritable union avec le Christ - en qui nous croyons et dont
nous nous, nourrissons - il ne peut y avoir en nous ni vie surnaturelle ni fruits
féconds.
2. L'adoration perpétuelle de Jésus-Sacrement a été
comme un fil conducteur de ce Congrès eucharistique international. C'est
pourquoi j'exprime mes félicitations et mes remerciements à tous
ceux qui, avec tant de sollicitude pastorale et d'engagement apostolique, ont
assumé la responsabilité du Congrès. En effet, l'Adoration
perpétuelle - qui a lieu dans un très grand nombre d'églises
de la ville, et, dans beaucoup d'entre elles, la nuit aussi - a été
un trait enrichissant et caractéristique de ce Congrès. Puisse
cette forme d'adoration, qui se conclura par une solennelle veillée eucharistique
cette nuit, se poursuivre aussi à l'avenir, afin que, dans toutes les
paroisses et communautés chrétiennes, s'instaure de manière
régulière une forme d'adoration de la Très Sainte Eucharistie.
Ici, à Séville, il faut rappeler celui qui fut prêtre de
cet archidiocèse, archiprêtre de Huelva, et plus tard Évêque,
successivement, de Maliga et de Palencia: dom Manuel Gonzalez, l'Évèque
des tabernacles abandonnés. Il s'efforça de rappeler à
tous la présence de Jésus dans les tabernacles, à laquelle
souvent nous répondons de façon insuffisante. Par ses paroles
et son exemple, il ne cessait de répéter que dans le tabernacle
de chaque Église, nous pouvons voir un phare de lumière, au contact
duquel nos vies peuvent s'illuminer et se transformer.
3. Oui, très chers frères et soeurs, il est important que
nous vivions et enseignions à vivre le mystère total de l'Eucharistie:
Sacrement du Sacrifice, du Banquet et de la Présence perpétuelle
de Jésus-Christ Sauveur. Et vous savez bien que les différentes
formes de culte de la Très Sainte Eucharistie sont prolongation et à
leur tour, préparation du Sacrifice et de la Communion. Sera-t-il nécessaire
d'insister à nouveau sur les profondes raisons théologiques et
spirituelles du culte du Très Saint-Sacrement en-dehors de la Messe?
Il est vrai que le Sacrement fut conservé, depuis l'origine, pour pouvoir
apporter la communion aux malades et à ceux qui n'assistaient pas à
la célébration. Mais, comme il est écrit dans le Catéchisme
de l'Église catholique, « Par l'approfondissement de la foi en
la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l'Eglise a
pris conscience du sens de l'adoration silencieuse du Seigneur présent
sous les espèces eucharistiques » (n. 1379).
4. « Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du
monde » (Mt 28, 20). Ce sont des paroles du Christ Ressuscité avant
de monter aux cieux au jour de son Ascension. Jésus-Christ est véritablement
l'Emmanuel, Dieu-avec nous, depuis son Incarnation jusqu'à la fin des
temps. Et il l'est de façon particulièrement intense et proche
dans le mystère de sa présence perpétuelle dans l'Eucharistie.
Quelle force, quelle consolation, quelle solide espérance produit la
contemplation du mystère eucharistique! C'est Dieu avec nous qui fait
de nous des participants de sa vie et nous envoie dans le monde pour l'évangéliser,
pour le sanctifier!
Eucharistie et évangélisation a été le thème
du XLVe Congrès eucharistique international de Séville. Vous y
avez réfléchi intensément pendant ces journées et
au cours de sa longue préparation. L'Eucharistie
est véritablement « la source et le sommet de toute l'évangélisation
» (Presbyterorum ordinis, n. 5) elle est l'horizon et le but de toute
la proclamation de l'Évangile du Christ. Nous nous acheminons
toujours vers elle grâce à la parole de la Vérité,
grâce à la proclamation du message de salut. Par conséquent,
toute célébration liturgique de l'Eucharistie, vécue selon
l'esprit et les règles de l'Eglise, possède une grande force évangélisatrice.
En effet, la célébration eucharistique accomplit une pédagogie
essentielle et efficace du mystère chrétien: la communauté
des croyants est appelée et réunie comme famille et peuple de
Dieu, Corps du Christ; elle se nourrit à la double table de la Parole
et du Banquet sacrificiel eucharistique; elle est envoyée dans le monde
comme instrument de salut. Pour tout cela, il faut louer et rendre grâce
au Père.
Demandez avec moi à Jésus-Christ, le Seigneur, mort pour nos
péchés et ressuscité pour notre salut que toute l'Église
sorte de ce Congrès eucharistique renforcée
en vue de la nouvelle évangélisation dont a besoin le monde
entier : nouvelle aussi par la référence explicite et profonde
à l'Eucharistie comme centre et racine de la vie chrétienne,
comme semence et exigence de fraternité, de justice, de service à
tous les hommes, en commençant par ceux qui ont le plus de besoins
dans leur corps et dans leur esprit. Evangélisation pour l'Eucharistie
dans l'Eucharistie et à partir de l'Eucharistie: ce sont trois aspects
inséparables de la manière dont l'Église vit le mystère
du Christ et accomplit sa mission de le communiquer à tous les hommes.
5. Veuille Dieu que de l'intimité avec le Christ Eucharistie surgissent
beaucoup de vocations d'apôtres, de missionnaires, pour porter cet Evangile
de salut jusqu'aux confins du monde. Puisque les commémorations du V'
centenaire de l'évangélisation de l'Amérique sont encore
récentes, je demande aux prêtres et aux religieux espagnols d'être
prêts - en fonction des nécessités et des circonstances
du moment actuel -, comme en d'autres temps, à servir fraternellement
les Eglises-soeurs d'Amérique latine dans cet engagement pressant d'évangélisation,
selon l'esprit et les réflexions de la IV' Conférence générale
de l'épiscopat latino-américain, célébrée
en octobre dernier à Saint-Domingue. Aujourd'hui toute l'Église
est appelée à un nouvel élan missionnaire, un vibrant esprit
d'évangélisation « nouveau dans son ardeur, dans ses moyens
et dans ses expressions ».
6. « Mais l'heure vient - et nous y sommes - où les vrais adorateurs
adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,
23), dit Jésus à la Samaritaine à côté du
puits de Sychar. L'adoration de l'Eucharistie «
est la contemplation et la reconnaissance de la présence réelle
du Christ, dans les espèces consacrées, hors de la Célébration
de la Messe (...) C'est une véritable rencontre de dialogue par lequel
nous nous ouvrons à l'expérience de Dieu (...) C'est également
un geste de solidarité avec les nécessités et les nécessiteux
du monde entier » (Document de base du Congrès, no 25). Et cette
adoration eucharistique, de par sa propre dynamique spirituelle, doit porter
au service d'amour et de justice pour les frères.
Devant la présence réelle et mystérieuse du Christ dans
l'Eucharistie présence « voilée », puisqu'elle ne
se voit que par les yeux de la foi - nous comprenons avec une lumière
nouvelle la parole de l'Apôtre Jean, qui connaissait si bien l'amour du
Christ: « Celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait
aimer le Dieu qu'il ne voit pas » (1 Jn 4, 20). C'est pourquoi on a voulu
que ce Congrès ait un rayonnement évangélisateur et de
témoignage évident, qui se manifestera dans tous les domaines
de la vie et de la société. J'ai bon espoir que la tension évangélisatrice
provoquera chez les chrétiens une cohérence sincère entre
foi et vie, et apportera un engagement plus grand de justice et de paix, la
promotion de relations plus équitables entre les hommes et entre les
peuples. De ce Congrès devra naître - particulièrement pour
l'Eglise qui est en Espagne - un renforcement de la vie chrétienne, sur
la base d'une éducation renouvelée dans la foi. Combien est-il
important, dans le domaine social actuel qui se sécularise progressivement,
de promouvoir la rénovation de la célébration eucharistique
dominicale et de l'expérience chrétienne du dimanche! La commémoration
de la Résurrection du Seigneur et la célébration de l'Eucharistie
doivent remplir le dimanche de contenus religieux, véritablement humanisants.
Le repos dominical du travail, le soin de la famille, la culture des valeurs
spirituelles, la participation à la vie de la communauté chrétienne,
contribueront à créer un monde meilleur, plus riche en valeurs
morales, plus solidaire et moins attiré par la consommation.
7. Veuille le Seigneur, Lumière des peuples - qui ensemence ces jours-ci
à pleines mains tant de coeurs avec le germe de la Vérité
- multiplier par sa fécondité divine les fruits de ce Congrès.
Et l'un d'eux, peut-être le plus important, sera la renaissance des vocations.
Demandons au Maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers vers sa moisson
(cfr Mt 9, 38): il y a un grand besoin de vocations sacerdotales et religieuses.
Et chacun de nous, par sa parole et son exemple de don généreux,
doit se convertir en un « apôtre des apôtres » en un
promoteur de vocations. Par l'Eucharistie, le Christ appelle aujourd'hui avec
insistance de nombreux jeunes: « Venez à ma suite, et je vous ferai
pêcheurs d'hommes » (Mt 4, 19): vous êtes, vous hommes et
femmes, prêtres, religieux et religieuses, les porte-parole, joyeux et
convaincants, de cet appel du Seigneur.
Que la Vierge Marie, qui est honorée à Séville et dans
cette sainte Église cathédrale, sous le titre de Notre-Dame des
Rois, nous pousse et nous mène à la rencontre de son Fils dans
le mystère eucharistique. Elle qui fut la véritable Arche de la
Nouvelle Alliance, puisse-t-elle nous enseigner à fréquenter Jésus-Christ
son Fils, qui est présent dans le Tabernacle, avec pureté, humilité
et dévotion fervente, Elle qui est l'« Étoile de l'évangélisation
», puisse-t-elle nous soutenir dans notre pèlerinage de foi pour
apporter la Lumière du Christ à tous les hommes, à tous
les peuples.
Ainsi soit-il.
(Osservatore Romano ed. hebd. en langue française, 2/6/1993)