Accueil > Magistère >

CONGRES EUCHARISTIQUE
Statio Orbis en conclusion du 47 Congrès eucharistique international

OUVERTURE DU CONGRES EUCHARISTIQUE INTERNATIONAL 
HOMELIE DU SAINT PERE Jean-Paul II
Dimanche 18 juin 2000

Le Sacrement de l'Eucharistie, source de l'engagement missionnaire de l'Eglise
Allocution du Saint-Père au cours de l'Audience générale du 21 juin 2000

L'Eucharistie, don infini d'amour (adresse aux jeunes)

 ANGELUS De la place Saint-Pierre, le 25 juin 2000
Rome, ville de l'Eucharistie

  FETE DIEU
Homélie du Saint-Père en la solennité du Corpus Domini
Le triptyque de la liturgie du Corpus Domini
L'institution de l'Eucharistie, le sacrifice de Melchisédech et la multiplication des pains

Le Sacrement de l'Eucharistie, source de l'engagement missionnaire de l'Eglise
Allocution du Saint-Père au cours de l'Audience générale du 21 juin 2000


OUVERTURE DU CONGRES EUCHARISTIQUE INTERNATIONAL 
HOMELIE DU SAINT PERE Jean-Paul II
Dimanche 18 juin 2000

1. "Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu" (Ep 4, 4).

Un seul corps! C'est sur ces paroles de l'Apôtre Paul que se concentre ce soir de façon particulière notre attention au cours de ces Vêpres solennelles, avec lesquelles nous inaugurons le Congrès eucharistique international. Un seul corps:  la pensée se tourne tout d'abord vers le Corps du Christ, Pain de la vie!
Jésus, né de la Vierge Marie il y a deux mille ans, voulut nous laisser lors de la Dernière Cène son corps et son sang, immolé pour l'humanité tout entière. Autour de l'Eucharistie, sacrement de son amour pour nous, se réunit l'Eglise, son Corps mystique. Voilà:  le Christ et l'Eglise, un seul corps, un unique grand mystère. Mysterium fidei!

2. Ave, verum corpus, natum de Maria Virgine! - Ave, vrai Corps du Christ, né de la Vierge Marie! Né dans la plénitude du temps, né d'une femme, né sujet de la loi (cf. Ga 4, 4).
Au coeur du grand Jubilé et au début de cette semaine dédiée au Congrès eucharistique, nous revenons sur cet événement historique qui a marqué le plein accomplissement de notre salut. Agenouillons-nous comme les pasteurs devant le berceau de Bethléem; comme les Rois mages venus de l'Orient, adorons le Christ, Sauveur du monde. Comme le vieux Syméon, nous le serrons dans nos bras en bénissant Dieu, car nos yeux ont vu le salut qu'il a préparé devant tous les peuples:  Lumière pour illuminer les nations et gloire du peuple d'Israël (cf. Lc 2, 30-32).

Nous re-parcourons les étapes de son existence terrestre jusqu'au Calvaire, jusqu'à la gloire de la résurrection. Au cours des prochains jours, ce sera surtout au Cénacle que nous nous arrêterons en repensant à ce que le Christ Jésus a fait et souffert pour nous.

3. "In supremae nocte cenae... se dat suis manibus". Au cours de la Dernière Cène, en célébrant la Pâque avec ses disciples, le Christ s'est offert lui-même pour nous. Oui, convoquée pour le Congrès eucharistique international, l'Eglise revient au Cénacle au cours de ces journées et elle y reste en adoration pensive. Elle revit le grand mystère de l'Incarnation, en concentrant son regard sur le Sacrement à travers lequel le Christ nous a remis le mémorial de sa Passion:  "Ceci est mon corps, donné pour vous [...] Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous" (Lc 22, 19-20).
Ave, verum corpus [...] vere passum, immolatum!

Nous t'adorons, vrai Corps du Christ, présent dans le Sacrement de la nouvelle et éternelle Alliance, mémorial vivant du sacrifice rédempteur. Toi, Seigneur, tu es le Pain vivant descendu du ciel, qui donne la vie à l'homme! Sur la Croix tu as donné ta chair pour la vie du monde (cf. Jn 6, 51): in cruce pro homine!
Face à un mystère aussi sublime, l'esprit humain s'égare. Mais, réconforté par la grâce divine, il ose répéter avec foi: 

Adoro te devote, latens Deitas,
quae sub his figuris vere latitas.
Je t'adore, ô Dieu caché,
qui sous les espèces saintes
te caches réellement.

4. "Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu" (Ep 4, 4). Dans ces paroles, que nous venons d'entendre, l'Apôtre Paul parle de l'Eglise, communauté de croyants regroupés ensemble dans l'unité d'un seul corps, animés par le même esprit et soutenus par le partage de la même espérance. Paul pense à la réalité du Corps mystique du Christ, qui dans le Corps eucharistique de Celui-ci trouve son propre centre vital, d'où s'écoule l'énergie de la grâce dans chacun de ses membres.
L'Apôtre affirme:  "Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au Corps du Christ? Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps" (1 Co 10, 16-17). Ainsi nous tous, baptisés, nous devenons membres de ce corps et donc membres les uns des autres (cf. 1 Co 12, 27; Rm 12, 5). Avec une intime reconnaissance nous rendons grâce à Dieu, qui a fait de l'Eucharistie le Sacrement de notre pleine communion avec Lui et avec nos frères.

5. Ce soir, avec les Vêpres solennelles de la Très Sainte Trinité, nous commençons une semaine singulièrement riche, qui verra rassemblés autour de l'Eucharistie des Evêques et des prêtres, des religieux et des laïcs de toutes les parties du monde. Ce sera une expérience de foi extraordinaire et un témoignage éloquent de communion ecclésiale. Je vous salue, chers frères et soeurs, qui prenez part à cet événement jubilaire, dans lequel on peut saisir le coeur de toute l'Année Sainte. Mon salut s'adresse en particulier aux fidèles du diocèse de Rome, notre diocèse, qui, sous la direction du Cardinal-Vicaire et des Evêques auxiliaires, et avec la collaboration du clergé, des religieux et des religieuses, ainsi que de nombreux laïcs généreux, a préparé le Congrès eucharistique sous ses divers aspects. Le diocèse se dispose à en assurer le déroulement ordonné au cours des jours suivants, conscient de l'honneur que constitue le fait d'accueillir cet événement central du grand Jubilé.

Je désire également adresser un salut particulier aux nombreuses Confréries réunies à Rome pour un significatif "Chemin de fraternité". Leur présence, rendue plus suggestive par les Croix artistiques et par les précieuses représentations sacrées transportées ici sur de majestueuses "machines", constitue le digne cadre de la célébration eucharistique qui nous a rassemblés ici.

Vers cette place convergent les esprits et les coeurs de nombreux fidèles présents dans le monde. J'invite chacun, personnes croyantes et communautés ecclésiales de tous les lieux de la terre, à partager avec nous ces moments de haute spiritualité eucharistique. Je demande en particulier aux enfants et aux malades, ainsi qu'aux communautés contemplatives, d'offrir leur prière pour une réussite heureuse et fructueuse de cette rencontre eucharistique mondiale.

6. Du Congrès eucharistique nous parvient l'invitation à renouveler notre foi dans la présence réelle du Christ dans le sacrement de l'Autel:  Ave, verum corpus!
Dans le même temps nous parvient l'appel urgent à la réconciliation et à l'unité de tous les croyants:  "Un seul corps... une seule foi, un seul baptême"! Des divisions et des contrastes déchirent encore, malheureusement, le corps du Christ et empêchent les chrétiens de diverses confessions de partager l'unique Pain eucharistique. C'est pourquoi, tous unis, nous invoquons la force restauratrice de la miséricorde divine, surabondante en cette Année jubilaire.
Et Toi, ô Christ, unique Chef et Sauveur, attire à Toi tous tes membres. Unis-les et transforme-les dans ton amour, car l'Eglise resplendit de cette beauté surnaturelle qui resplendit chez les saints de chaque époque et nation, chez les martyrs et les confesseurs, chez les vierges et les innombrables témoins de l'Evangile!
O Iesu dulcis, o Iesu pie,
O Iesu, fili Mariae!
Amen.


L'Eucharistie, don infini d'amour

Le Pape invite les jeunes du monde à se préparer avec soin au rendez-vous international de la jeunesse au mois d'août

Dans la soirée du dimanche 25 juin 2000, le Pape Jean-Paul II a présidé la "Statio Orbis" sur la place Saint-Pierre, en conclusion du 47 Congrès eucharistique international. Au cours de la célébration, le Saint-Père a prononcé l'homélie suivante: 

1. "Prenez, ceci est mon corps [...] Ceci est mon sang" (Mc 14, 22-23).
Les paroles prononcées par Jésus au cours de la Dernière Cène retentissent aujourd'hui dans notre assemblée, alors que nous nous apprêtons à conclure le Congrès eucharistique international.  Elles  retentissent  avec  une intensité singulière, comme une consigne renouvelée:  "Prenez"!

Le Christ nous confie son Corps donné et son Sang versé. Il nous les confie comme il le fit avec les Apôtres au Cénacle, avant le sacrifice suprême du Golgotha. Ce sont des paroles que Pierre et les autres convives accueillirent avec émerveillement et une profonde émotion. Mais pouvaient-ils alors comprendre jusqu'où elles les auraient conduits?

À cet instant s'accomplissait la promesse que Jésus avait faite dans la synagogue de Capharnaüm:  "Je suis le pain de vie [...] le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6, 48.51). La promesse s'accomplissait en la veille immédiate de la Passion, lors de laquelle le Christ devait s'offrir lui-même pour le salut de l'humanité.

2. "Ceci est mon sang, le sang de l'alliance qui va être répandu pour une multitude" (Mc 14, 24).
Dans le Cénacle, Jésus parle d'alliance. Il s'agit d'un terme que les Apôtres n'ont pas de difficultés à comprendre, car ils appartiennent au peuple avec lequel Yahvé, comme nous le rapporte la première Lecture, avait scellé l'antique pacte, au cours de l'exode d'Egypte (cf. Ex 19-24). Dans leur mémoire sont bien présents le mont Sinaï et Moïse, qui était descendu de cette montagne en apportant la Loi divine gravée sur deux tables de pierre.

Ils n'ont pas oublié que Moïse, ayant pris le "livre de l'alliance", l'avait lu à haute voix et que le peuple avait acquiescé  en  déclarant:   "Tout  ce  que Yahvé a dit, nous le ferons et nous y obéirons" (ibid., 24, 7). C'est ainsi qu'avait été conclu un pacte entre Dieu et son peuple, scellé dans le sang d'animaux immolés en sacrifice. C'est pourquoi Moïse avait aspergé son peuple en disant:  "Ceci est le sang de l'Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses" (ibid., 24, 8).

Les Apôtres ont donc compris la référence à l'Ancienne Alliance. Mais qu'ont-ils compris de la nouvelle? Certainement bien peu. L'Esprit Saint devra descendre et ouvrir leurs esprits:  alors ils comprendront pleinement le sens des paroles de Jésus. Ils comprendront et ils se réjouiront.
Nous avons ressenti un clair écho de cette joie dans les paroles de l'Epître aux Hébreux qui viennent d'être proclamées:  "Si en effet du sang de boucs et de taureaux et de la cendre de génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en leur procurant la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ" (9, 13-14). Et l'auteur de l'Epître conclut:  "Voilà pourquoi il (le Christ) est médiateur d'une nouvelle alliance, afin que [...] ceux qui sont appelés reçoivent l'héritage éternel promis" (9, 15).

3. "Ceci est la coupe de mon sang". Le soir du Jeudi Saint, les Apôtres parvinrent jusqu'au seuil du grand mystère. Lorsque, la cène étant terminée, ils sortirent avec lui pour se rendre dans le Jardin des Oliviers, ils ne pouvaient pas encore savoir que les paroles qu'il avait prononcées sur le pain et sur la coupe se seraient dramatiquement réalisées le jour suivant, à l'heure de la Croix. Peut-être ne se rendirent-ils même pas compte, le jour terrible et glorieux que l'Eglise appelle feria sexta in parasceve - le Vendredi Saint -, que ce que Jésus leur avait transmis sous les espèces du pain et du vin contenait la réalité pascale.

Dans l'Evangile de Luc se trouve un passage lumineux. En parlant des deux disciples d'Emmaüs, l'évangéliste note leur déception:  "Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël" (Lc 24, 21). Cela a sans doute été également le sentiment des autres disciples, avant la rencontre avec le Christ ressuscité. Ce n'est qu'après la résurrection qu'ils commencèrent à comprendre que dans la Pâque du Christ s'était accomplie la rédemption de l'homme. L'Esprit Saint les aurait ensuite conduit à la pleine vérité, en leur révélant que le Crucifié avait donné son corps et avait versé son sang en sacrifice d'expiation pour les péchés des hommes, pour les péchés du monde entier (cf. 1 Jn 2, 2).

C'est encore l'auteur de l'Epître aux Hébreux qui nous offre une claire synthèse du mystère:  "Le Christ [...] entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle" (He 9, 11-12).

4. Aujourd'hui, nous réaffirmons cette vérité dans la Statio Orbis de ce Congrès eucharistique international, alors que, obéissants au commandement du Christ, nous re-faisons "en sa mémoire" ce qu'Il accomplit au Cénacle à la veille de sa Passion.
"Prenez, ceci est mon corps [...] Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude" (Mc 14, 22.24). De cette place, nous voulons répéter aux hommes et aux femmes du troisième millénaire l'annonce extraordinaire:  le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous et s'est offert en sacrifice pour notre salut. Il nous donne son corps et son sang comme aliment d'une vie nouvelle, d'une vie divine qui n'est plus sujette à la mort.

Nous recevons à nouveau avec émotion ce don des mains du Christ afin que, par notre intermédiaire, il parvienne dans chaque famille et dans chaque ville, dans les lieux de la douleur et dans les laboratoires de l'espérance de notre temps. L'Eucharistie est un don infini d'amour:  sous les signes du pain et du vin, nous reconnaissons et nous adorons l'unique et parfait sacrifice du Christ, offert pour notre salut et pour celui de toute l'humanité. L'Eucharistie est réellement "le mystère qui résume toutes les merveilles accomplies par Dieu pour notre salut" (cf. Saint Thomas  d'Aquin,  De  sacr.  Euch., chap. I).

Dans le Cénacle est née et renaît sans cesse la foi eucharistique de l'Eglise. Alors que le Congrès eucharistique approche désormais de sa conclusion, nous voulons retourner en esprit à ces origines, à l'heure du Cénacle et du Golgotha, pour rendre grâce du don de l'Eucharistie, un don inestimable que le Christ nous a laissé, un don dont l'Eglise vit.

5. D'ici peu prendra fin notre assemblée liturgique, enrichie par la présence de fidèles provenant de toutes les parties du monde et rendue encore plus suggestive par cette extraordinaire décoration florale. Je salue tout le monde avec affection, je remercie chacun de tout coeur!

Nous repartons de cette rencontre raffermis dans notre engagement apostolique et missionnaire. À vous, malades, que la participation à l'Eucharistie vous rende patients dans l'épreuve; à vous époux, fidèles dans l'amour; à vous, personnes consacrées, persévérantes dans vos saints propos; à vous, chers enfants de la première Communion, forts et généreux, et surtout à vous, chers jeunes, qui vous apprêtez à assumer  en  première personne la responsabilité de l'avenir. De cette Statio Orbis, ma pensée réjoint déjà la solennelle célébration eucharistique, qui conclura la Journée mondiale de la Jeunesse. À vous, jeunes de Rome, d'Italie et du monde, je dis:  préparez-vous avec soin à ce rendez-vous international de la jeunesse, au cours duquel vous serez appelés à faire face aux défis du nouveau millénaire.

6. Et Toi, Christ notre Seigneur, qui "dans  ce  grand  mystère  nourrit  et sanctifie tes fidèles, pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis  par  la  même  charité" (Préface de la Très Sainte Eucharistie, II), rends toujours plus solide et unie ton Eglise, qui célèbre le mystère de ta présence de salut.

Communique ton Esprit à ceux qui s'approchent de la sainte Table et rends-les plus audacieux dans le témoignage du commandement de ton amour, afin que le monde croie en Toi, qui as dit un jour:  "Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais" (Jn 6, 51).
Toi, Seigneur Jésus-Christ, Fils de la Vierge Marie, tu es l'unique Sauveur de l'homme, "hier, aujourd'hui et à jamais". Nous croyons en Toi, sauve-nous!
Amen!
(©L'Osservatore Romano - 27 juin 2000)


 ANGELUS De la place Saint-Pierre, le 25 juin 2000
Rome, ville de l'Eucharistie

Très chers frères et soeurs!
1. Ce soir, avec la solennelle Statio Orbis sur la place Saint-Pierre, se conclura le Congrès eucharistique international, qui, tout au long de cette semaine, a fait de Rome la ville de l'Eucharistie.

Dans les basiliques et dans les paroisses, dans les monastères et dans tant d'autres lieux de culte se sont multipliés les célébrations liturgiques, mais également les moments d'adoration,  et  un  grand  nombre de personnes se sont arrêtées en prière en présence du Christ dans le Sacrement  de  l'autel.  Nous  pouvons  dire  que  toute  l'Eglise  s'est recueillie en esprit ici, à Rome, pour demeurer au Cénacle dans l'écoute et dans la contemplation de l'Eucharistie.

2. Le Christ est le Pain de salut pour l'homme voyageur et pèlerin sur terre. Voilà pourquoi, lors de la fête du Corpus Domini, l'Eucharistie est portée en procession le long des rues, parmi les maisons et les lieux de la vie quotidienne. Dans le mystère eucharistique, en effet, le Ressuscité a voulu continuer à habiter parmi nous, afin que chaque être humain puisse connaître son vrai nom, son vrai visage et ressentir sa miséricorde infinie.

Nous croyons fermement que le Christ est l'unique Sauveur du monde. Il est le Médiateur de l'Alliance nouvelle et éternelle (cf. He 9, 15), qui a porté à terme l'Alliance conclue sur le Sinaï entre Dieu et le peuple élu. Une Alliance ouverte à tous les peuples, dans la perspective du grand banquet eschatologique annoncé par les prophètes d'Israël. À la lumière de cette vérité, l'Eglise n'ignore pas ce que, dans les diverses expressions religieuses, l'homme accomplit pour se rapprocher de Dieu et recevoir sa purification, et plus encore, elle favorise le dialogue interreligieux. Dans le même temps, toutefois, elle ne peut manquer de proclamer que le Christ est l'unique Rédempteur, le Fils de Dieu qui s'est incarné, est mort et est ressuscité pour nous.

3. Dans le mystère de l'Eucharistie, le Christ a voulu rester avec nous, devenant notre nourriture et notre boisson  de  salut.  C'est  ce  que  souligne bien  le  thème  du  Congrès  eucharistique international:  Jésus-Christ, unique Sauveur du monde, pain pour la vie nouvelle.
Confions à la Très Sainte Vierge Marie les fruits qui ont mûris en ces jours de réflexion et de prière. Confions-lui également, dès à présent, le prochain Congrès eucharistique international qui, si Dieu le veut, sera célébré en 2004 à Guadalajara au Mexique. Que Marie, qui a vécu en communion intime et constante avec Jésus, Verbe fait chair, aide chaque chrétien à reconnaître dans l'Eucharistie la présence vivante de son Fils divin, à l'accueillir dans la foi, à l'invoquer avec amour. Renforcé par le pain eucharistique, chaque chrétien n'hésitera pas à se placer au service de ses frères pour édifier une nouvelle humanité plus juste et plus fraternelle.
(©L'Osservatore Romano - 27 juin 2000)


  FETE DIEU
Homélie du Saint-Père en la solennité du Corpus Domini
Le triptyque de la liturgie du Corpus Domini
L'institution de l'Eucharistie, le sacrifice de Melchisédech et la multiplication des pains

Dans la soirée du jeudi 22 juin 2000, solennité du Corpus Domini, le Pape Jean-Paul II a présidé une Messe sur l'esplanade de la basilique Saint-Jean-de-Latran. À l'issue de la célébration eucharistique, le Saint-Père a guidé la procession du Très Saint-Sacrement du Latran à la basilique Sainte-Marie-Majeure. Nous publions ci-dessous l'homélie prononcée par le Saint-Père à cette occasion: 

1. L'Institution de l'Eucharistie, le sacrifice de Melchisédech et la multiplication des pains:  tel est le triptyque suggestif que nous présente la liturgie de la Parole aujourd'hui, en la solennité du Corpus Domini.

Au centre, l'Institution de l'Eucharistie. Dans la première Epître aux Corinthiens que nous avons écoutée il y a peu, saint Paul a évoqué avec des paroles précises l'événement, en ajoutant:  "Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26). "Chaque fois", et donc également ce soir, au coeur du Congrès eucharistique international, en célébrant l'Eucharistie, nous annonçons la mort rédemptrice du Christ et nous ravivons dans notre coeur l'espérance de la rencontre définitive avec Lui. Conscients de cela, et presque en réponse à l'appel de l'Apôtre, nous proclamons:  "Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue".

2. Le regard s'étend aux autres éléments du triptyque biblique soumis aujourd'hui à notre méditation:  le sacrifice de Melchisédech et la multiplication des pains. Le premier récit, très bref mais très important, est tiré du Livre de la Genèse et a été proclamé dans la première Lecture. Il nous raconte que Melchisédech, "roi de Shalem" et "prêtre du Dieu très haut" bénit Abraham et "apporta du pain et du vin" (Gn 14, 18). Le Psaume 109 fait référence à ce passage en attribuant au Roi-Messie un caractère sacerdotal particulier en vertu de l'investiture directe de Dieu:  "Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech" (Ps 110 [109] 4).

La veille de sa mort sur la croix, le Christ institua l'Eucharistie au Cénacle. Il offrit lui aussi le pain et le vin, qui "dans ses mains saintes et vénérables" (Canon romain) devinrent son Corps et son Sang, offerts en sacrifice. Il portait ainsi à terme la prophétie de l'Ancienne Alliance, liée à l'offrande sacrificielle de Melchisédek. C'est précisément pour cela - rappelle l'Epître aux hébreux - qu'"il [...] est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel, puisqu'il est salué par Dieu du titre de grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech" (5, 7-10).

Au Cénacle est anticipé le sacrifice du Golgotha:  la mort sur la croix du Verbe Incarné, Agneau immolé pour nous, Agneau qui enlève les péchés du monde. Dans la douleur du Christ est rachetée la douleur de tout homme; dans sa passion se trouve la souffrance humaine qui acquiert une valeur nouvelle; dans sa mort est vaincue pour toujours notre mort.

3. Tournons à présent notre regard vers le récit évangélique de la multiplication des pains qui complète le triptyque eucharistique, aujourd'hui soumis à notre attention. Dans le contexte liturgique du Corpus Domini, ce passage de l'évangéliste Luc nous aide à mieux comprendre le don et le mystère de l'Eucharistie.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et les donna aux apôtres afin qu'ils les distribuent au peuple (cf. Lc 9, 16). Tous - observe saint Luc - mangèrent et furent rassasiés et douze couffins de morceaux furent même recueillis (cf. ibid., 17).
Il s'agit d'un prodige surprenant, qui constitue comme le début d'un long processus historique:  la multiplication sans arrêt dans l'Eglise du Pain de vie nouvelle pour les hommes de toute race et de toute culture. Ce ministère sacramentel est confié aux Apôtres et à leurs successeurs. Et eux, fidèles à la consigne du divin Maître, ne cessent de rompre et de distribuer le Pain eucharistique de génération en génération.

Le Peuple de Dieu le reçoit avec une participation dévouée. De ce Pain de vie, médecine d'immortalité, se sont nourris d'innombrables saints et martyrs, en y puisant la force pour résister également aux dures et longues tribulations. Ils ont cru aux paroles que Jésus prononça un jour à Capharnaüm:  "Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mange ce pain vivra à jamais" (Jn 6, 51).

4. "Je suis le pain vivant, descendu du ciel!".
Après avoir contemplé l'extraordinaire triptyque eucharistique, constitué par les Lectures d'aujourd'hui, fixons à présent les yeux de l'esprit directement sur le mystère. Jésus se définit "le Pain de la vie", et ajoute:  "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6, 51).

Mystère de notre salut! Le Christ - unique Seigneur hier, aujourd'hui et à jamais - a voulu lier sa présence salvifique dans le monde et dans l'histoire au sacrement de l'Eucharistie. Il a voulu devenir pain rompu, afin que chaque homme puisse se nourrir de sa vie même, à travers la participation au Sacrement de son Corps et de son Sang.

Comme les disciples, qui écoutèrent stupéfaits son discours à Capharnaüm, nous aussi nous ressentons que ce langage n'est pas facile à comprendre (cf. Jn 6, 60). Nous pourrions parfois être tentés d'en donner une interprétation réductrice. Mais cela nous éloignerait du Christ, comme cela a lieu pour les disciples qui "dès lors [...] n'allaient plus avec lui" (Jn 6, 66).

Nous voulons rester avec le Christ, et pour cela nous Lui disons avec Pierre:  "Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jn 6, 68). Avec la même conviction que Pierre, nous nous agenouillons aujourd'hui devant le Sacrement de l'autel et nous renouvelons notre profession de foi dans la présence réelle du Christ.

Telle est la signification de la célébration d'aujourd'hui que le Congrès eucharistique international, en l'Année du grand Jubilé, met en évidence avec une force particulière. Tel est également le sens de la procession solennelle qui, comme chaque année, se déroulera d'ici peu de cette place jusqu'à la Basilique Sainte-Marie-Majeure.

Avec une humble fierté, nous escorterons le Sacrement eucharistique le long des rues de la ville, auprès des immeubles où les personnes vivent, se réjouissent et souffrent; parmi les magasins et les usines dans lesquels se déroule l'activité quotidienne. Nous le mettrons en contact avec notre vie menacée par mille dangers, opprimée par des préoccupations et des peines, et sujette à la lente mais inexorable usure du temps.

Nous l'escorterons en élevant vers Lui l'hommage de nos chants et de nos prières:  "Bone Pastor, panis vere... Bon Pasteur, véritable pain - lui dirons-nous avec confiance - ô Jésus, prends pitié de nous, / nourris-nous et défends-nous, / conduis-nous aux biens éternels.
Toi qui sais et peux tout, / qui nous nourris sur terre, / conduis tes frères / à la table du ciel / dans la joie de tes saints".

Amen!
(©L'Osservatore Romano - 27 juin 2000)


Le Sacrement de l'Eucharistie, source de l'engagement missionnaire de l'Eglise
Allocution du Saint-Père au cours de l'Audience générale du 21 juin 2000

Lecture:  1 Co 11, 23-26

1. "Jésus, unique Sauveur du monde, pain pour la vie nouvelle":  tel est le thème du 47 Congrès eucharistique international qui, ouvert dimanche dernier, se terminera dimanche prochain avec la Statio Orbis sur la place Saint- Pierre.

Le Congrès place l'Eucharistie au centre du grand Jubilé de l'Incarnation et en manifeste toute la profondeur spirituelle, ecclésiale et missionnaire. En effet, c'est de l'Eucharistie que l'Eglise et chaque croyant tirent la force indispensable pour annoncer et témoigner à tous de l'Evangile du salut. La célébration de l'Eucharistie, sacrement de la Pâque du Seigneur, constitue en elle-même un événement missionnaire, qui introduit dans le monde le germe fécond de la vie nouvelle.
Cette caractéristique missionnaire de l'Eucharistie est explicitement rappelée par saint Paul dans l'Epître aux Corinthiens:  "Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26).

2. L'Eglise reprend les paroles de saint Paul dans la doxologie après la consécration. L'Eucharistie est un sacrement "missionnaire", non seulement parce que de celle-ci naît la grâce de la mission, mais également parce qu'elle contient en elle-même le principe et la source éternelle du salut pour tous les hommes. La célébration du Sacrifice eucharistique est donc l'acte missionnaire le plus efficace que la Communauté ecclésiale puisse proposer dans l'histoire du monde.

Chaque Messe se conclut par le mandat missionnaire "allez", qui invite les fidèles à apporter l'annonce du Seigneur ressuscité dans les familles, dans les milieux de travail et de la société, dans le monde entier. C'est précisément pour cela que dans la Lettre Dies Domini j'ai invité les fidèles à imiter l'exemple des disciples d'Emmaüs qui, après avoir reconnu le Christ ressuscité "à la fraction du Pain" (cf. Lc 24, 30-32), ressentirent l'exigence d'aller immédiatement partager avec tous leurs frères la joie de la rencontre avec Lui (cf. n. 45). Le "pain rompu" ouvre la vie du chrétien et de toute la communauté au partage et au don de soi pour la vie du monde (cf. Jn 6, 51). C'est un caractère propre à l'Eucharistie de réaliser ce lien indissociable entre communion et mission, qui fait de l'Eglise le sacrement de l'unité de tout le genre humain (cf. Lumen gentium, n. 1)

3. Aujourd'hui, il est particulièrement nécessaire que, de la célébration de l'Eucharistie, chaque communauté chrétienne tire la conviction intérieure et la force spirituelle pour sortir d'elle-même et s'ouvrir à d'autres communautés plus pauvres et qui ont besoin de soutien dans le domaine de l'évangélisation et de la coopération missionnaire, favorisant l'échange fécond de dons réciproques qui enrichit toute l'Eglise.

Il est également très important de discerner, à partir de l'Eucharistie, les vocations et les ministères missionnaires. À l'exemple de la communauté primitive d'Antioche, réunie "dans la célébration du culte du Seigneur", chaque communauté chrétienne est appelée à écouter l'Esprit et à en accueillir les invitations, en réservant pour la mission universelle les meilleures forces de ses fils, envoyés avec joie dans le monde et accompagnés par la prière et par le soutien spirituel et matériel dont ils ont besoin (cf. Ac 13, 1-3).
En outre, l'Eucharistie est une école permanente de charité, de justice et de paix, pour renouveler dans le Christ le monde qui nous entoure. Les croyants tirent de la présence du Ressuscité le courage d'être des agents de solidarité et de renouveau, engagés dans le changement des structures de péché dont les individus, les communautés et, parfois, les peuples entiers, sont les esclaves (cf. Dies Domini, n. 73).

4. Enfin, dans cette réflexion sur la signification et sur le contenu missionnaire de l'Eucharistie ne peut manquer la référence à ces singuliers "missionnaires" et témoins de la foi et de l'amour du Christ que sont les martyrs. Les reliques des martyrs, qui dès l'antiquité sont placées sous l'autel, où l'on célèbre le mémorial de la "victime immolée pour notre réconciliation", constituent un signe clair de la vigueur qui émane du sacrifice du Christ. Cette énergie spirituelle conduit ceux qui se nourrissent du corps du Seigneur à offrir leur propre vie pour Lui et pour leurs frères, à travers le don total de soi, jusqu'à verser leur sang si cela est nécessaire.
Puisse le Congrès eucharistique international, par l'intercession de Marie, Mère du Christ immolé pour nous, raviver chez les croyants la conscience de l'engagement missionnaire qui naît de la participation à l'Eucharistie. Le "corps donné" et le "sang versé" (cf. Lc 22, 19-20) constituent le critère supérieur auxquels ils doivent et ils devront toujours se référer en se donnant pour le salut du monde.
Parmi les pèlerins qui assistaient à l'Audience générale du 21 juin 2000, se trouvaient les groupes suivants auxquels le Saint-Père s'est adressé en français: 
De France: 
Groupe du diocèse de Nantes; groupe de Nice.
Du Canada: 
Groupe de Varennes (Québec).


Salut en langue française

Chers frères et soeurs,
Le Congrès qui se déroule cette semaine à Rome place l'Eucharistie au centre du grand Jubilé de l'Incarnation. Le sacrement de la Pâque du Seigneur est en lui-même un événement missionnaire qui introduit dans le monde le germe fécond de la vie nouvelle.

Chaque communauté chrétienne doit trouver dans la célébration eucharistique la conviction intérieure et la force spirituelle pour sortir d'elle-même et pour s'ouvrir à des communautés plus pauvres, afin de les soutenir dans l'oeuvre missionnaire et de favoriser un échange des dons qui enrichit toute l'Eglise. L'Eucharistie est aussi une école permanente de charité, de justice et de paix, pour renouveler le monde dans le Christ.

* * *

Chers pèlerins de langue française, je vous invite à mettre l'Eucharistie au coeur de votre existence chrétienne, pour être, à la suite du Christ, des témoins généreux de l'amour du Père. Je vous bénis tous de grand coeur.
(©L'Osservatore Romano - 27 juin 2000)
 

Retour à la page précédente