Discours adressé par le pape
Benoît XVI
le jeudi 22 décembre à la curie romaine,
à l’occasion de la présentation des vœux de Noël.
Seul ce qui concerne l’Eucharistie est présenté ci-dessous.
Je voudrais à présent mentionner, bien que brièvement, deux autres événements, eux aussi lancés par le pape Jean-Paul II : il s’agit de la Journée mondiale de la Jeunesse célébrée à Cologne et du Synode des Evêques sur l’Eucharistie qui a également conclu l’année de l’Eucharistie, inaugurée par le pape Jean-Paul II… (La première image décrivait la grâce du pèlerinage des jeunes à l’exemple des mages…) L’autre image contenue dans le thème de la Journée mondiale de la Jeunesse était l’homme en adoration : « Nous sommes venus l’adorer ». Avant toute activité et toute transformation du monde, il doit y avoir l’adoration. Elle seule nous rend véritablement libres ; elle seule nous donne les critères pour notre action. Précisément dans un monde où les critères d’orientation viennent progressivement à manquer et où existe la menace que chacun fasse de soi-même son propre critère, il est fondamental de souligner l’adoration…
La parole « adoration » nous conduit au deuxième grand événement dont je voudrais parler : le Synode des Evêques et l’Année de l’Eucharistie. Le pape Jean-Paul, avec l’encyclique Ecclesia de Eucharistia et avec la Lettre apostolique Mane nobiscum Domine, nous avait déjà donné les indications essentielles et, dans le même temps, avec son expérience personnelle de la foi eucharistique, il avait concrétisé l’enseignement de l’Eglise. En outre, la Congrégation pour le Culte divin, en lien étroit avec l’encyclique, avait publié l’instruction Redemptionis Sacramentum comme support pratique pour la juste application de la Constitution conciliaire sur la liturgie et de la réforme liturgique. En plus de tout cela, était-il vraiment possible de dire encore quelque chose de nouveau, de développer ultérieurement l’ensemble de la doctrine ? Ce fut précisément la grande expérience du Synode quand, dans les interventions des Pères, on a vu se refléter la richesse de la vie eucharistique de l’Eglise aujourd’hui et que s’est manifesté le caractère intarissable de sa foi eucharistique. Ce que les Pères ont pensé et exprimé devra être présenté, en étroite liaison avec les Propositiones du Synode, dans un document post-synodal. Je voudrais seulement souligner ici encore une fois ce point, que nous venons de noter dans le contexte de la Journée mondiale de la Jeunesse : l’adoration du Seigneur ressuscité, présent dans l’Eucharistie en chair et en sang, corps et âme, avec sa divinité et son humanité. Il est émouvant pour moi de voir comment, partout dans l’Eglise, la joie de l’adoration eucharistique est en train de se réveiller, et que ses fruits se manifestent. Au cours de la période de la réforme liturgique, la Messe et l’adoration en dehors de la Messe étaient souvent considérées comme en opposition : le Pain eucharistique ne nous aurait pas été donné pour être contemplé, mais pour être mangé, selon une objection alors courante. Dans l’expérience de prière de l’Eglise s’est désormais manifestée le manque de sens d’une telle opposition. Augustin avait déjà dit : « ...nemo autem illam carnem manducat, nisi prius adoraverit ;... peccemus non adorando - Que personne ne mange cette chair sans auparavant l’adorer ;... nous pécherions si nous ne l’adorions pas » (cf. Enarr ; in Ps 98, 9 CCL XXXOX 1385). De fait, dans l’Eucharistie nous ne recevons pas simplement quelque chose. Celle-ci est la rencontre et l’unification de personnes ; cependant, la personne qui vient à notre rencontre et qui désire s’unir à nous est le Fils de Dieu. Une telle unification ne peut se réaliser que selon la modalité de l’adoration. Recevoir l’Eucharistie signifie adorer Celui que nous recevons. Ce n’est qu’ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons une seule chose avec Lui. C’est pourquoi le développement de l’adoration eucharistique, telle qu’elle a pris forme au cours du Moyen-âge, était la conséquence la plus cohérente du mystère eucharistique lui-même : un accueil profond et véritable ne peut mûrir que dans l’adoration. C’est précisément dans cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite également la mission sociale qui est contenue dans l’Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais également et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres. Retour à la page précédente