Brève Histoire de la Piété Eucharistique

La Sainte Réserve
La Fête-Dieu
Les saluts au Saint-Sacrement
Les Quarante Heures
Le Sacré Coeur de Jésus
L'Adoration Perpétuelle
Les Congrès Eucharistiques
Les Prodiges Eucharistiques

Saint Tarcisius: L'histoire du martyre de Saint Tarcisius, qui connaîtra un grand succès, repose uniquement sur une épitaphe en vers composée par le pape Damase pour la sépulture de Tarcisius dans les catacombes de Saint Calliste : "Tarcisius portait les sacrements du Christ. C'est alors qu'une troupe d'excités le pressa de les montrer aux impies. Il préféra donner sa vie plutôt que de montrer à ces chiens enragés les célestes membres". Saint Tarcisius sera donné en exemple à la jeunesse catholique jusqu'au milieu du XXème siècle. L'Eglise le nommera "patron des enfants de choeur". (cf Eucharistie et jeunes)


La procession eucharistique et l'exposition solennelle de l'Hostie consacrée nous manifestent autrement ce que nous vivons dans chaque Eucharistie : la présence du Christ au milieu de son peuple. Et notre adoration personnelle ou communautaire est une manière parmi d'autres :

  1. de dire au Seigneur notre amour,
  2. de le remercier pour le don qu'il nous a fait de lui-même,
  3. de rendre à sa personne divine le même culte que ses contemporains lui rendait...
  4. C'est aussi un moyen pour les communautés chrétiennes qui ne peuvent pas célébrer fréquemment l'Eucharistie par manque de prêtres de célébrer la présence du Seigneur et de lui rendre grâce pour le don de son amour.
  5. Il en est de même pour les chrétiens qui ne peuvent pas communier à cause de leur situation personnelle (l'adoration eucharistique est une véritable communion spirituelle.)

La Sainte Réserve

Dès les premiers siècles, le pain consacré lors de la célébration eucharistique fut conservé pour permettre de communier les mourants et les malades mais aussi d'autres fidèles qui n'avaient pu communier pendant la messe. Il était gardé dignement dans la Sainte Réserve (un placard) en dehors de la messe. Le pain consacré pouvait aussi être emporté sur soi pour implorer la protection en voyage. Le pain consacré était aussi un signe de l'unité entre évêques : après avoir communié, un évêque envoyait l'autre partie du pain consacré à un autre évêque. Lorsque ce dernier communiait, il exprimait sa communion avec le premier évêque...

Dans les catacombes, "une lampe avec de l'huile véritable et pure" brillait en permanence devant le tabernacle comme dans le Temple du Seigneur dans la première alliance. (Lv 24, 2-4) Symbole d'adoration pour le Christ lumière des hommes. Tente du Rendez-vous...Ex 33, 7-11, Ex 34, 33-35

Par l'approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l'Eglise a pris conscience du sens de l'adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques." (CEC 1379)

Les paragraphes présenté dans ce cadre rouge sont tirés du chapitre 9 du Traité théologique sur Notre Dame du Saint-Sacrement (Saint Pierre-Julien Eymard, XIXème siècle)

La piété des premiers fidèles leur avait inspiré d'orner magnifiquement et d'enrichir de décorations splendides les lieux qu'ils avaient consacrés au culte de l'Eucharistie : ces ornements étaient tous à l'intérieur, l'Eglise ne jouissant pas encore de la liberté de construire des édifices religieux en public. Le païen Lucien, au Ier siècle, se moquait de leur générosité : « J'ai traversé, disait-il, des portes de fer et des parvis d'airain; après avoir gravi plusieurs escaliers, je suis arrivé dans une salle dont le plafond est d'or, tel que fut le palais de Ménélas, au dire d'Homère; j'admirais, stupéfait, toutes ces merveilles, et en même temps je voyais des hommes prier le front prosterné dans la poussière. » (In Philopatre, cité par Bona)

Mais pourquoi cette pompe, sinon parce que le Seigneur Dieu habitait en personne ces temples consacrés en son honneur ! « Nous appelons nos églises Dominicum, c'est-à-dire le palais du Seigneur, disait saint Cyprien, parce que le Seigneur, dans la Majesté voilée du Sacrement, y demeure sans cesse présent. » « Si, dit Bona, il était permis aux chrétiens des premiers jours d'emporter et de conserver l'Eucharistie chez eux, de l’avoir avec eux en voyage, il est bien plus à croire qu'elle demeurait perpétuellement dans les églises, afin, au moins, qu'on pût la trouver pour la donner aux moribonds. »

Suarez précise : « Cette vérité se prouve ensuite par la croyance et la pratique constante de l'Eglise; car c’était, dans l'Eglise, une coutume perpétuelle de garder dans les temples une hostie consacrée pour la consolation des fidèles, et pour leur donner le moyen d'honorer et d'adorer Dieu qui y est présent; ensuite, pour secourir les malades, afin qu'ils ne mourussent pas privés du saint Viatique ! » Ce théologien appuie son sentiment de plusieurs autorités, entre autres de ce canon des Constitutions apostoliques, lesquelles furent recueillies par saint Clément, disciple de saint Pierre: « C'est l'un des principaux offices des clercs de recueillir, après que tous ont communié, les particules du corps du Seigneur, qui restent, et de les garder religieusement. » Au livre VIIè, ch XX, du même recueil, on lit cet autre décret: «  Après que tous ont communié, les diacres prennent les saintes particules qui restent encore et les portent dans le pastophore. »

Qu'est-ce que ce pastophore? « C'était, répond Bona, comme une armoire sacrée ou une sacristie dans laquelle on conservait perpétuellement l'Eucharistie et les vases du sacrifice. Saint Clément avait ordonné que l'on construisit un pastophore à l'orient, à côté de chaque église. » (Const Ap, 1, II, ch LVII)

L'Ecriture sainte a employé ce mot de pastophorium. Il est écrit au livre 1er d'Esdras, X, 6, que le grand prêtre ayant quitté le parvis du temple, se retira dans le pastophore de Jonas, fils d'Eliasib : « Il entra dans la chambre de Jonas, fils d’Eliasib ».

C'était la chambre qu'habitait le préposé à la garde du temple, dit Bellarmin, et il applique ce mot au saint ciboire: « Les Apôtres nommèrent pastophore le vase consacré à garder perpétuellement l'Eucharistie, parce que le vrai préposé au temple, Jésus-Christ, y habite réellement sous les espèces du Sacrement. » (Controv, 1, IV, ch IV)

Suarez dit aussi: « Pastophore signifie chambre de l'époux, thalamus sponsi; ce nom convenait bien à nos Tabernacles, où Jésus-Christ a toujours voulu habiter avec l'Eglise, son Epouse, non pas seulement en figure, comme dans la Synagogue, ni dévoilé, comme au ciel, mais d'une manière cachée, quoique très réelle, au Saint-Sacrement; dans ces premiers temps surtout, où la persécution sévissait, il convenait que Jésus demeurât, sans interruption, pour consoler et défendre sa chère épouse si cruellement affligée. » (De Euch, d XLVI, sect 8)

Ces églises étaient non seulement le rendez-vous des fidèles pour la prière commune et publique, mais tous ceux qui avaient besoin de consolation et de force y allaient prier, quand ils le voulaient, dans le recueillement et la solitude. « Les églises, dit avec beaucoup de raison Bellarmin, sont instituées autant pour la prière privée que pour la prière solennelle; d'abord, il en fut ainsi dans l'ancienne loi: « Ma maison est une maison de prière »; et les Actes des Apôtres nous montrent saint Pierre et saint Jean montant au temple, pour prier, dans le milieu du jour; ensuite, la prière faite dans un temple a plus de prix, devant Dieu, que celle que l'on fait chez soi. »

Les Anoméens disaient: « Nous pouvons bien prier chez nous; nous n'avons que faire d'aller au temple. » Saint Jean Chrysostome leur répondit: « Vous êtes dans une grande erreur; car, bien que vous puissiez, il est vrai, prier dans votre demeure, cependant vous ne le ferez pas aussi bien que dans l'église » (Hom XXX) « La raison en est, ajoute Bellarmin, que dans nos temples, outre la présence de Dieu, commune à tous les lieux, il y a de plus, pour l'ordinaire, la présence corporelle du médiateur Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, laquelle est bien faite pour augmenter la foi et la confiance de celui qui prie, et redoubler son respect et sa crainte salutaire. » (Bellarmin, 1. IV, c IV, p 521)

Et maintenant, ne pouvons-nous pas poser cette conclusion: Dès les premiers jours du christianisme, et du vivant de Marie, il y avait des églises établies, pour la plupart, dans des maisons privées, surtout dans celles des nouveaux convertis, qui, comme Pudens à Rome, ou Laeta à Ephèse, recevaient chez eux les Apôtres et leur offraient une généreuse hospitalité : dans ces oratoires, on gardait perpétuellement l'Eucharistie pour la consolation des fidèles et le soulagement des malades ! Donc, Marie, qui accompagna toujours saint Jean, qui habita la même maison que cet apôtre, a eu à sa disposition un oratoire enrichi de la présence de son très cher Fils, et, comme nous, elle a pu le visiter, l'adorer; elle est notre modèle et notre Mère en ce service d'amour de l'adoration eucharistique. (cf Reflexions de St Eymard sur Notre Dame du Saint-Sacrement)

Constitutions apostoliques (vers 370): "Les diacres prendront les restes des Saintes Espèces et les mettront dans le tabernacle."

On prie l’habitude de s’agenouiller en signe d’adoration devant le Tabernacle. Cette coutume de s’agenouiller vient du temps des Empereurs et des Rois devant lesquels on s’agenouillait en signe de respect : il convient à plus forte raison de s’agenouiller devant Dieu qui est plus grand que tout.

Au IIIème siècle, tabernacles en forme de colombe surélevée avec un jeu de poulie, puis mobiles et posés surl'autel au XIIIème et fixes au XVème siècle.

Au IVème siècle, le synode de Verdun prescrit "Que l'endroit où l'on garde le précieux dépôt de l'Eucharistie soit un lieu éminemment digne."

Au Vème siècle, on note une évolution du mystère: le prêtre baisse la voix pendant la consécration pour donner plus de sens au mystère. Dans les églises orientales apparait l'iconostase, cloison à trois portes décorée d'icônes fermant le chœur où officie le prêtre à la consécration...

Dès le VIIème siècle, dans quelques églises, il existait des processions dans lesquelles on transportait le Saint-Sacrement enfermé dans un tabernacle. Ce n'était pas le Saint-Sacrement que l'on voulait spécialement honorer, mais Notre-Seigneur considéré dans quelqu'une des circonstances de sa vie terrestre. On portait le Saint-Sacrement à la procession destinée à honorer l'entrée triomphale de Notre-Seigneur à Jérusalem, le jour des Rameaux.

Au moyen âge, le relâchement du pouvoir central de l’Église aux Xème et XIème siècle permit de sérieuses attaques contre la Présence réelle comme Béranger de Tours qui réduisit l'Eucharistie à un signe... Il sera condamné par trois conciles ! Les grands théologiens St Bonaventure, St Thomas d'Aquin réagissent et développent la théologie de la transubstantiation.

Aux XIII et XIVème siècles, en réponse aux hérésies contre la présence réelle, au climat de tiédeur et à la rareté de la communion eucharistique, les fidèles demandèrent à voir le Corps du Christ : Fixer les yeux sur l'Hostie en guise de profession de foi bien concrète. Les paroissiens ont demandé que l'on élève l'Hostie. C'est à Paris, à Notre Dame, que l'Hostie est élevée pour la première fois. Les évêques encouragèrent les célébrants à lever l'Hostie après la Consécration. Plus tard les fidèles diront "Mon Seigneur et mon Dieu" pendant l'élévation.

Saint François d'Assise (1182-1226) passait des nuits entières devant le tabernacle en prière. La nuit il priait, le jour il reconstruisait ces chapelles en l'honneur du divin hôte. Contemplant la grandeur de cet amour caché dans l'Eucharistie, il disait : "L'amour n'est pas aimé"... "Admirable grandeur et stupéfiante bonté ! Ô humilité sublime ! Le maître de toutes choses, Dieu, Fils de Dieu, s’humilie à ce point que, pour notre salut, sous une modique parcelle de pain, il se cache."

Des confréries du Saint-Sacrement s'organisent pour adorer le Saint-Sacrement tout en continuant leurs oeuvres de miséricorde habituelles. La première confrérie est établie en Avignon en 1226. Celle-ci sera gratifiée d'un prodige eucharistique en 1433 . Des femmes "recluses" s'installent, à la demande de communautés paroissiales, dans des maisons tout contre les églises. On perce une ouverture dans le mur de l'église commun avec leur maison de sorte qu'elles puissent voir en permanence le Saint-Sacrement de chez elle à l'intérieur de l'église...

Voir les témoignages de sainte Claire d'Assise et de saint Antoine de Padoue (mule)...


La Fête-Dieu (Corpus Christi)

Julienne du mont Cornillon (1256), qui était en adoration devant le tabernacle, vit devant ses yeux, le globe de la lune se déplacer. La lune rayonnait d’une douce lumière mais une ligne noire et obscure déchirait l’astre de la nuit. Ce n’est que deux ans plus tard qu’elle eut la réponse à cette mystérieuse vision, alors qu’elle était en adoration devant le Saint Sacrement : « Le globe de la lune représente l’Eglise militante et le cycle mystique de l’année chrétienne. La tache qui en défigure la beauté représente l’absence d’une fête principale que Dieu veut voir établir pour honorer le très saint Corps de Jésus-Christ, c’est à dire le Très Saint Sacrement de l’autel. Déjà, il est vrai, le Jeudi de la semaine sainte est consacré à la mémoire de l’institution de l’adorable sacrement ; mais en ce temps, d’autres mystères pleins de douleurs empêchent l’Eglise de fêter comme il convient ce Mystère de joie et d’amour. Il faut donc choisir une autre jour où, par une fête solennelle, l’univers entier célèbre dans le triomphe et les chants d’allégresse le Corps sacré de Jésus-Christ. Et voici les raisons de ce culte nouveau : il affermira la foi au Mystère eucharistique, qui devient chaque jour plus languissante et va encore diminuer dans les siècles suivants ; il fera connaître aux chrétiens fidèles la source de vie où ils doivent puiser des forces nouvelles pour faire de plus grands progrès dans la vertu ; enfin le but de cette fête est de réparer par des adorations profondes et des honneurs magnifiques les irrévérences et les injures qui attaquent sans cesse la Majesté divine dans le Sacrement. »

Le Seigneur dit à soeur Julienne ci-dessus qu'il manquait à l'Église une fête annuelle en l'honneur du Saint-Sacrement de l'autel. Malgré une vive persécution contre soeur Julienne et ceux qui souhaitaient que cette fête se répande, le diocèse de Liège l'institua; puis l'Église universelle ajouta cette fête au calendrier liturgique par le pape Urbain IV (ami de Julienne) qui la rendit obligatoire pour l'Église entière en 1264. La décision du pape était confirmé par un prodige eucharistique à Orvietto en 1264. La fête du très Saint-Sacrement, appelée dans le langage liturgique, la fête du Corps du Christ, et dans le langage populaire, la Fête-Dieu, est une fête dans laquelle l'Église rend les honneurs publics et solennels à Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. (Pour en savoir plus sur sainte Julienne et l'institution de la Fête-Dieu...) Extrait de la Bulle du pape Urbain IV pour l'institution de cette fête.

Jean XXII, en 1318 ordonna de compléter la fête par une procession solennelle où le très Saint-Sacrement serait porté en triomphe. On fait une procession solennelle le jour de la Fête-Dieu pour sanctifier et bénir, par la présence de Jésus-Christ, les rues et les maisons de nos villes et de nos villages.

Saint Thomas d'Aquin prépara la liturgie de cette fête (Lauda Sion Salvatorem et Pange Lingua Gloriosi qui permirent aux fidèles une catéchèse simple et belle sur la Présence Réelle). Cet office contient "oculi omnium" "aux yeux de tous", faisant penser à une ostension de l'Hostie où il est question des "yeux des fidèles" espérant recevoir de Dieu la nourriture de leurs âmes. Au moins trois monstrances eucharistiques datent du XIIIème siècle, mais elles auraient servi à l'exposition d'Hosties miraculeuses. Les fidèles étaient fort curieux de contempler à loisir les hosties privilégiées... Cette forme d'exposition fut en usage avant d'être rattaché à la Fête-Dieu. L'influence de sainte Gertrude d'Hefta, grande mystique allemande, contribue à l'exposition du Saint-Sacrement dans de nombreuses églises. On utilise des monstrances ou reliquaires, desquelles on enlève les reliques du saint et que l'on remplace par l'Hostie consacrée pour être contemplée et adorée...

Dès le XIVème siècle, on voit se mulitiplier les ostensoirs utilisés pour l'exposition et les processions... C'est assez progressivement que l'ostension de l'Hostie en dehors de la messe se développe hors du jour de la Fête-Dieu. En 1530 à Amiens, un document fournit la preuve que l'Exposition du Saint-Sacrement était régulièrement organisée dans une église...

L'exposition du Saint-Sacrement comme l'élévation furent vivement attaqués par les Réformateurs du XVIème siècle. Luther croit en la présence réelle, mais rejette la permanence de présence réelle après la messe. Jean Calvin renie catégoriquement la présence réelle et la réduit à une présence spirituelle. Il écrivait: "Quelle idolatrie y a-t-il au monde si ceste-la ne l'est d'adorer les dons au lieu du donateur." Les guerres de religion provoquent quantité de profanations d'Hosties consacrées. Malgré cela, l'exposition allait connaître un éclatant triomphe au XVIIème siècle.

Les processions du Saint-Sacrement s'inspirent de 1 Roi 8, lorsque Salomon fit transporter l'Arche au Temple. Dès 675, on fit une procession du Saint-Sacrement du Tabernacle. Ces processions du tabernacle étaient courantes et avaient lieu le dimanche ou pendant le Tridium au XIème siècle.

"Si quelqu’un dit que, dans le Saint-Sacrement de l’Eucharistie, le Christ, Fils de Dieu, ne doit pas être adoré d’un culte de latrie, même extérieur et que, en conséquence, il ne doit pas être vénéré par une célébration festive particulière, ni être porté solennellement en procession selon le rite et la coutume louables et universels de la Sainte Église, ni être proposé publiquement à l’adoration du peuple, ceux qui l’adorent étant des idolâtres : qu’il soit anathème..." (Concile de Trente, XIII session, 11 oct 1551)

Le culte eucharistique s'est développé de plus en plus depuis le XIVème siècle. À ce moment, l'Ostensoir apparaît en Allemagne et en France où l'hostie consacrée est exposée à l'adoration des fidèles. La pratique courante de l'exposition date de la période de l'instauration de la Fête Dieu.

Saint Dominique Savio


Les saluts au Saint-Sacrement

Dès le XVè siècle, on prit l'habitude de bénir la foule avec l'Ostensoir au moment des complies autour du chant à Marie: Salve Regina par le Salut (bénédiction) du Saint-Sacrement.

Mais les saluts du Saint-Sacrement n'apparaissent pas en France sous leur forme moderne avant le début du XVIIe siècle. Emblématiques du grand essor de la piété eucharistique qui fait suite au concile de Trente, ils rencontrent un succès et une diffusion considérable qui en font une des cérémonies les plus importantes de la vie religieuse des Français sous l'Ancien Régime. Desservis par le discrédit dont souffre la liturgie post-tridentine auprès des historiens, les saluts du Saint-Sacrement n'ont jamais fait l'objet d'études spécifiques. L'intérêt pour la cérémonie se borne à la question de ses origines médiévales, sujet abondamment traité à partir de la fin du XIXème siècle.

Parmi les oeuvres qui se répandirent largement, à cette époque, il faut noter l'oeuvre de l'Adoration nocturne. Elle commença en 1538 à Rome en l'église de la Minerve, à l'instigation de pères dominicains. Elle fut reconnue officiellement en 1592. Elle existe aujourd'hui encore dans plus de quarante pays. Le siège central est à Madrid. Paul VI encourageait l'oeuvre de l'adoration nocturne en insistant sur le fait que «l'adoration nocturne correspond aux besoins spirituels de notre temps».

Les controverses de la Réforme au sujet de la présence réelle conduisirent les catholiques à développer ces célébrations liturgiques pour affirmer leur foi. Des fidèles s'associèrent alors pour organiser des temps de prière autour du Saint-Sacrement, (pendant « quarante heures » en réparation des péchés commis pendant le carnaval, par exemple) ou pour assurer l'adoration perpétuelle en se relayant, comme le font certaines congrégations religieuses.

(histoire du salut du Saint-Sacrement)


Les Quarante-Heures

En 1527, à Milan Jean-Antoine Bellotti institua des Quarante Heures chaque trimestre. Mais c’est Saint Antoine Marie Zaccarie qui passent pour être les véritables fondateurs de cette chaîne interrompue de prière, suivant les mots de Clément VII dans la Constitution étendant cette pratique au monde entier."

Pourquoi 40 Heures ? le nombre 40 est presque cent fois cité dans la Bible. Le plus souvent, il symbolise une plénitude de vie ou une durée idéale mais alors que, pour nous, un nombre est le concept de base des mathématiques, pour les civilisations sémitiques (groupe à qui on attribue Sem, le fils de Noé, comme ancêtre), les nombres avaient surtout une valeur symbolique. Ainsi, dans la Bible, les nombres 10, 20, 40 symbolisent ce qui est complet. Le nombre 40 désigne les années d’une génération ainsi le déluge se déroule dans une quadruple série de 40 jours (Gn 7). Moïse demeure pendant 40 jours et 40 nuits sur la montagne en présence de Dieu. Le temps du désert pour Israël fut de 40 ans : temps de la présence prévenante de Dieu mais surtout temps de l’épreuve. Jésus jeûne 40 jours et 40 nuits. L’Ascension a lieu 40 jours après la Résurrection

Et que se passe-t-il pendant ces Quarante Heures ? Tout d’abord, ouverture de la cérémonie par une messe suivie d’une procession et de l’exposition du Saint-Sacrement pendant Quarante Heures, et son achèvement par une messe pour la paix.

Cette pratique se répand avec beaucoup de force et de fruits. Elle allait être à l’origine de l’adoration perpétuelle.

Pierre de Bérulle, après avoir élaboré une très haute vision de Dieu, vision uniquement spirituelle mais désincarnée, se convertit en rencontrant des soeurs carmélites espagnoles de Ste Thérèse d'Avila. Il deviendra un grand défenseur de l'incarnation et axe sa spiritualité sur l'incarnation et l'adoration de l'humanité du Christ. Il fonde l'Oratoire. Son influence est grande, en particulier sur M. Ollier qui fondera à son tour les sulpiciens, formant ainsi des générations de prêtres ainsi que sur M. Vincent, fondateur des Lazaristes...


Le Fête du Sacré-Coeur de Jésus

Révélations du Sacré Coeur à Sainte Marguerite Marie Alacoque (1648-1690). Jésus enseigne la pratique de l'Heure Sainte chaque semaine dans la nuit du jeudi au vendredi en réparation des ingratitudes contre sa présence au Saint-Sacrement. Jésus demande aussi une fête en l'honneur de son sacré Coeur dans l'octave du Saint-Sacrement:

"Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu'à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier Vendredi d’après l’octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui leur rendront cet honneur et qu’ils procureront qu’il lui soit rendu. .."

Pour le message spirituel de Jésus à Sainte Marguerite Marie à Paray-le-monial, consultez le chapitre 6 du livre d'Edouard Glotin, s.j., "Voici ce Coeur qui nous as tant aimés". Ce texte présente les sections suivantes:

Première vision: le coeur
Deuxième vision: consoler Jésus
Troisième vision: la Fête du Sacré-Coeur
1684: la consécration
1689: le message au roi.


L’adoration Perpétuelle (7j/7, 24h/24)

Une oeuvre du XVIIe siècle fit beaucoup de bruit: la « Compagnie du Saint-Sacrement ». Elle réunissait une élite de plus de 4 000 personnes. Molière s'y attaqua avec verve et sarcasme, appelant cette oeuvre la «cabale des dévots» et n'y voyant qu'une reconquête obscurantiste. La réalité était bien différente. Cette oeuvre est née d'une lumière particulière reçue par un laïc, le duc de Ventadour. Avec le Père Philippe d'Angoumois, le Père Suffren et le Père Condren, ils se mirent au travail à la fin de l'année 1629. Le nom de la confrérie s'imposa peu à peu: la compagnie du Saint-Sacrement. Elle prit pour blason une figure de la sainte Hostie dans un soleil, et pour devise: «Loué soit le très Saint-Sacrement de l'autel. ». Le but était clair: «honorer et faire honorer partout le Saint-Sacrement de l'autel et procurer en tout lieu et en tout temps qu'on Lui rende, par tous les moyens possibles, tout le culte, l'honneur et la révérence qui sont dus à sa divine Majesté ». La Fête-Dieu est la fête de la Compagnie. Corollaire direct de la vie profondément eucharistique de cette compagnie: le service des plus pauvres. Les confrères pratiquent non seulement l'aumône individuelle mais montent différentes oeuvres de charité qui rassemblent des sommes colossales pour différentes actions. On y retrouve notamment la construction d'hôpitaux et le financement des Missions étrangères. Cette compagnie en pleine expansion, fut supprimée par le roi en 1660. Mais les fruits qu'elle a portés entre 1630 et 1660 furent nombreux et survécurent à sa suppression. La Compagnie du Saint-Sacrement influença de nombreux membres pour introduire dans leurs paroisses de nouvelles manifestations de piété envers Jésus.

Dès le XVIIè siècle, la pratique de l'adoration perpétuelle se répand dans certaines communautés religieuses comme Mère Mectilde, fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement. En 1837 Rome avalise l'adoration perpétuelle.

Saint Pierre-Julien Eymard fondera, à partir de cette intuition, les pères du Saint-Sacrement et les servantes du Saint-Sacrement le 26 mai 1864. Ces religieuses ont pour mission d'adorer par roulement, perpétuellement, le Saint-Sacrement exposé. Chaque soeur adore trois fois en 24 heures de telle façon que chaque religieuse ait vécu toutes les heures du jour en présence du Seigneur au cours de la semaine. Elles s'associent à Marie au Cénacle, non seulement à sa vie de retraite, de silence et d'adoration, mais aussi à ses services et son apostolat.

La première supérieure et cofondatrice fut Mère Marguerite du Saint-Sacrement (Marguerite Guillot, 1815-1885) Avec Pierre-Julien Eymard, de nombreuses congrégations vont répandre le culte de la présence réelle, ainsi Marie Hébert de la Rousselière au Canada.

Au Sacré-Cœur de Paris, depuis 1885, le prière d'adoration perpétuelle, jour et nuit, a été la part la plus importante de la vie et des activités de ce sanctuaire mondialement connu. La basilique du Sacré-Coeur est un lieu de pèlerinage où les chapelains et les soeurs bénédictines du Sacré-Coeur accueillent les pèlerins, les fidèles adorateurs et tous ceux qui cherchent Dieu.

En 1908, le Pape Pie X rappela aux Pères du Saint-Sacrement, réunis en Chapitre général, le cœur de leur vocation comme l’avait voulue Saint Pierre-Julien Eymard.

« Il est vivement recommandé que, dans les villes ou du moins dans les cités les plus importantes, l’évêque diocésain désigne une église pour l’adoration perpétuelle» (Redemptionis sacramentum, 2004)

Aujourd'hui, plus de deux mille paroisses dans le monde ont institué l'adoration perpétuelle eucharistique jour et nuit. Chaque paroissien est invité à choisir une heure de la semaine pour la passer fidèlement en présence du Saint-Sacrement. Toutes les heures du jour et de la nuit sont organisées de sorte qu'il y ait toujours au moins une personne devant notre Seigneur au Saint-Sacrement et la paroisse vit de l'adoration perpétuelle... Comment instituer l'adoration perpétuelle en paroisse ?


Oeuvres et Congrès Eucharistiques

Marie-Marthe-Émilie Tamisier (1834-1910) eut successivement comme pères spirituels saint Pierre-Julien Eymard et le bienheureux Antoine Chevrier. Ce n'est pas sans conséquences qu'une personne fréquente de tels saints ! Émilie baignait donc dans un climat profondément marqué par la dévotion eucharistique. Le 29 juin 1873, elle se trouvait à Paray-le-Monial dans la chapelle de la Visitation, là où sainte Marguerite-Marie avait eu les visions du Sacré-Coeur de Jésus. Soixante députés français - qui en représentaient en fait deux cents - entourés de milliers de fidèles, s'étaient donnés rendez-vous en ce lieu. Au pied du Saint-Sacrement exposé, ils se consacrèrent eux-mêmes, consacrèrent le Parlement et la France au Sacré-Coeur de Jésus.

C'est à ce moment qu'Émilie Tamisier eut comme une vision : Dieu l'appelait à se vouer au « salut social par l'Eucharistie ». Ce fut d'ailleurs le titre d'une des premières brochures qu'elle publia.

« Nous ne craignons pas de l'affirmer, le culte de l'Exposition est le besoin de notre temps... Il est nécessaire pour sauver la société. La société se meurt, parce qu'elle n'a plus de centre de vérité et de charité. Plus de vie de famille: chacun s'isole, se concentre, veut se suffire. La dissolution est imminente. Mais la société renaîtra, pleine de vigueur, quand tous ses membres viendront se joindre autour de Notre Emmanuel. Les rapports d'esprit se réformeront tout naturellement, sous une vérité commune : les liens de l'amitié vraie et forte se renoueront sous l'action d'un même amour. » « Le grand mal du temps, c'est qu'on ne va pas à Jésus-Christ. On délaisse le seul fondement, la seule loi, la seule grâce de salut. » « Remonter à la source de la vie, à Jésus, et non pas seulement à Jésus de passage en Judée, ou à Jésus glorifié dans le Ciel, mais encore et surtout à Jésus dans l'Eucharistie. Il le faut faire sortir de sa retraite, pour qu'il se mette de nouveau à la tête de nos sociétés chrétiennes, qu'il dirigera, qu'il sauvera. Il faut Lui reconstruire un palais, un trône royal, une cour de fidèles serviteurs, une famille d'amis, un peuple d'adorateurs. » (saint Pierre-Julien Eymard)

L’oeuvre commença tout d'abord par un certain nombre de pèlerinages aux lieux de miracles eucharistiques. Des milliers de personnes y participèrent. Le premier pèlerinage au Saint-Sacrement eut lieu en 1874 à Avignon où, depuis plusieurs siècles le Saint-Sacrement était exposé jour et nuit. Ce fut ensuite le pèlerinage à l'Hostie miraculeuse de Faverney. Ces pèlerinages prirent peu à peu la forme de petits congrès avec des célébrations liturgiques et des conférences. Mgr Mermillod, tant préoccupé du renouveau de l'Église dans le domaine spirituel et social, lui suggéra l'idée d'un Congrès eucharistique universel qui pourrait servir à restaurer efficacement le règne social du Christ. Cette idée rejoignit le désir qui brûlait le coeur d'Émilie Tamisier de rallumer la flamme de l'Eucharistie pour embraser le monde de charité.

Que subsiste-t-il à présent de cette revendication, parfois teintée de nostalgies évidentes, d'un «règne du Coeur de Jésus» ? Au lieu du concept triomphal d'un «règne social de Jésus-Christ », aisément travesti en restauration théocratique, celui, plus recevable aujourd'hui, d'une «civilisation de l'amour», dont la semence sera discrètement, si elle doit jamais advenir, le Coeur, enfoui au coeur du monde, du Rédempteur de l'homme. Inauguré par Paul VI le 8 décembre 1975, ce thème prophétique imprègne en profondeur la pensée politique de son successeur; et celui-ci ne manque aucune occasion d'inviter notre actuelle société permissive à transiter vers cette «civilisation de la vérité et de l'amour», qui, seule, pourra donner son véritable contenu à la liberté humaine. Sans risque de heurter l'opinion mondiale de cette fin de millénaire, Jean-Paul II pouvait même oser, à la tribune de l'ONU le 5 octobre 1995, réclamer des chefs d'État présents une Déclaration universelle des droits et des devoirs des nations, assortie de « l’effort commun pour édifier [cette] civilisation de l'amour, fondée sur les valeurs universelles de la paix, de la solidarité, de la justice et de la liberté».

Le premier Congrès eucharistique international fut organisé à Lille en juin 1881. Comme les Pères du Saint-Sacrement et les Pères assomptionnistes refusaient de se charger de l'organisation, ce furent des laïcs, dont M. Philibert Vrau, qui organisèrent en moins de deux mois ce premier congrès. Des milliers de personnes se rassemblèrent à cette occasion, venant de dix pays différents. Léon XIII fut sollicité pour accorder sa bénédiction au projet des Congrès eucharistiques, ce qu'il fit avec empressement. En 1878, il fit cette confidence à un proche: « Pour les oeuvres eucharistiques, j'accorderai tout. »

Liste des congrès eucharistiques et histoire

Sainte Thérèse de Lisieux "Quelle joie de semer des fleurs sous les pas du bon Dieu! Mais avant de les y laisser tomber, je les lançais le plus haut que je pouvais et je n'étais jamais aussi heureuse qu'en voyant mes roses effeuillées toucher l'Ostensoir sacré."


"L’Eglise et le monde ont un grand besoin de culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement d’amour. Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et prête à réparer les grandes fautes et les grands délits du monde. Que notre adoration ne cesse jamais..." (Jean-Paul II, 'Dominicae Cenae')

"Le mystère eucharistique – sacrifice, présence, banquet – n'admet ni réduction ni manipulation; il doit être vécu dans son intégrité, que ce soit dans l'acte de la célébration ou dans l'intime échange avec Jésus que l'on vient de recevoir dans la communion, ou encore dans le temps de prière et d'adoration eucharistique en dehors de la Messe..." (Jean-Paul II, 'Ecclesia de Eucharistia')


Sacrifice

Banquet

Présence

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