L’hostie sauvée des eaux
Avignon 1433

Comme Avignon est bâtie à quelques centaines de mètres du confluent du Rhône et de la Durance, et traversée par une des branches de la Sorgue, elle est en fâcheuse position en cas d'inondations. C'est ainsi qu'en 1433 des pluies continuelles firent déborder le fleuve et les rivières qui inondèrent les quartiers bas de la ville. Dès le 29 novembre, l'eau entra dans la chapelle des Pénitents gris où le Saint-Sacrement était adoré régulièrement par la confrérie des Pénitents gris. Pendant la nuit, l'inondation prit de telles proportions que, le lendemain, les maîtres de la compagnie, craignant que l'eau n'atteignît le tabernacle où était exposé le Saint-Sacrement, montèrent en bateau et se firent conduire à la chapelle.

Quel ne fut pas leur étonnement lorsque, après en avoir ouvert les portes, ils constatèrent que les eaux, comme autrefois les flots de la mer Rouge et du Jourdain, s'étaient écartées à droite et à gauche, le long des murailles, laissant absolument libre et à sec le passage qui conduit à l'autel. Le prodige leur parut plus grand encore lorsque, arrivés près de l'autel qui était de plein-pied au niveau de la chapelle, ils en virent les abords pareillement à sec. Les eaux, s'élevant le long des murs, comme de vraies tentures, s'arc-boutaient dans le vide à leur plus haute élévation, formant ainsi comme une espèce de toit, dit l'ancienne relation conservée dans les archives de la confrérie.

Les deux maîtres, Armand et Jehan de Pongilhac-Faure, après avoir adoré l'Auteur de ce prodige, s'empressèrent d'en faire part à d’autres confrères. Il en vint douze, et tous ensemble, ayant requis quatre frères mineurs de l'ordre de Saint-François, dont tous étaient docteurs en théologie et le quatrième, bachelier, ils dressèrent un procès-verbal de l'événement.

L’eau s'arrêtant au milieu du banc qui longeait les parois de la chapelle, de manière à en laisser une partie toute mouillée et l'autre entièrement sèche, «nous carasmes avec des cousteaux, dit le procès-verbal, icelle moitié dudit banc, et la trouvasmes naturellement sèche ainsi dedans comme au dehors.»

Pour éterniser la mémoire de ce miracle, la dévote compagnie décida qu'à l'avenir, on célébrerait chaque année une fête particulière à pareil jour. C'est la fête qu'on célébra très longtemps avec solennité le 30 novembre, jour de la Saint-André. Le matin, tous les membres de la confrérie se rendaient à la communion en se traînant sur les genoux, et parcouraient ainsi jusqu'à la table sainte la voie sacrée miraculeusement préservée par des eaux. Le soir, à l'issue des vêpres, le prédicateur rappelait le miracle de 1433, et le chant du Cantemus Domino, qui fut entonné par Moïse après le passage de la mer Rouge, précédait l'amende honorable et la bénédiction du Saint-Sacrement.

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