Jeunes et l’Eucharistie

P. Florian Racine

Au troisième siècle de notre ère, les grandes persécutions de l’empereur romain contraignaient les Chrétiens à se retrouver pour la prière dans les catacombes, sous terre. Un jour, une petite communautése rassemblait en cachette pour célébrer le très saint sacrifice de la messe autour de leur cher évêque. Les chants et les prières terminés, il fallait apporter la communion à d’autres chrétiens qui venaient de se faire emprisonner pour leur foi en Jésus Christ. Qui trouverait-on pour apporter notre Seigneur dans l’Eucharistie au risque de sa propre vie à ses prisonniers ? Après quelques échanges de regards inquiets, un jeune garçon, du nom de Tarcisius s’avance et dit « J’irai leur apporter la sainte communion ! » Après avoir tout fait pour dissuader ce jeune de prendre un tel risque, l’évêque confia les saints mystères, c’est à dire le Corps du Christ dans l’Eucharistie, à Tarcisius qui les serra très fort dans sa main droite et plaça sa main sur son cœur. À mi-chemin, Tarcisius rencontre des amis de classe qui l’invitèrent à jouer avec lui. « Viens jouer avec nous ! » « Non, je n’ai pas envie de jouer maintenant. » « Pourquoi donc, on a un nouveau jeu ! » « Non une autre fois. » Ces refus réveillèrent la curiosité des amis. Un des amis, remarquant le poing de Tarcisius fermé dit « qu’est ce que tu nous caches dans ta main, montre-nous et on te laissera partir ? » Tarcisius se retourna pour partir, mais ils l’empêchèrent. Alors un des jeunes dit « Ca doit être les mystères qu’il nous cache. Montre les nous, sinon on va te forcer à ouvrir la main. » En effet, pour les premiers chrétiens, l’Eucharistie étaient untel trésor et ils l’appelaient ‘les mystères’ car ils ne voulaient dire à personne que c’était le Corps du Seigneur. Puis les jeunes voyous se mirent en colère et commencèrent à jeter des pierres sur Tarcisius qui ne voulait pas céder. Tarcisius serra son poignet autant qu’il le put ; et laissa son corps être brisé par les pierres pour que le corps du Seigneur ne soit pas profané. Un officier romain, converti à la foi chrétienne, voyant la scène, accouru, pris le corps ensanglanté du jeune garçon qui venait de rendre l’âme et le ramena à l’évêque. C’est alors que la main de Tarcisius s’ouvrit pour rendre à l’évêque les mystères pour lesquels il venait de donner sa vie. Saint Tarcisius est le premier saint eucharistique.

Qu’est ce donc que ces mystères, que l’église appelle aujourd’hui le mystère de notre foi ? « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour sauver le monde. » Jésus nous dit « Si tu savais le don de Dieu ! » Jésus prit le pain, le donna à ses disciples et dit « Voici mon corps » puis il prit la coupe et dit « voici mon sang ». L’Eucharistie est le plus grand don de Dieu, c’est le don du sacré Cœur de Jésus pour la vie du monde. Saint Augustin proclamait en parlant de ce don de l’Eucharistie :« Tout puissant qu’il soit, il n’a rien pu faire de plus grand, tout sage qu’il soit, il n’a rien pu trouver de plus admirable, tout riche qu’il soit, il n’a pas pu faire un plus précieux présent. »En d’autres mots, Dieu ne peut pas et ne sait pas que donner de plus aux hommes que la sainte Eucharistie. Si Dieu pouvait donner plus, il l’aurait fait depuis longtemps, mais non, notre Dieu infiniment riche nous a tout donné dans l’Eucharistie, car c’est vraiment son Fils bien aimé. Et Dieu le Père n’a rien de plus que son Fils bien aimé Jésus Christ. En nous donnant l’Eucharistie, Dieu n’a vraiment plus rien à donner pour nous prouver son amour infini.

Après avoir passé 33 ans sur terre, Jésus, notre Seigneur, nous aimait tellement qu’il ne voulait pas nous quitter. Jésus ne pouvait pas se faire à l’idée de nous quitter et de nous laisser seul, cependant il savait bien qu’il devait mourir sur la croix pour nous donner le don de la vie éternelle, pour que l’on puisse passer toute l’éternité avec lui au ciel dans une joie indescriptible. Jésus devait d’une part partir s’asseoir à la droite du Père et de l’autre il voulait infiniment rester à nos côtés pour continuer à nous guérir et surtout nous témoigner son amour. C’est alors que Jésus a fait la plus grande invention de tous les temps, l’invention d’amour par excellence. La veille de sa passion, il prit du pain et dit « ceci est mon corps », puis il prit du vin et dit « ceci est mon sang ». Prenez, mangez et buvez… Jésus a littéralement changé du pain et du vin en sa propre personne. Pourquoi ? Pour venir habiter dans notre cœur car notre cœur lui est aussi cher que le ciel. Sainte Thérèse de Lisieux disait : « Ce n’est pas pour rester dans le ciboire d’or que Dieu descend chaque jour du Ciel, c’est afin de trouver un autre Ciel qui lui est infiniment plus cher que le premier, le Ciel de notre âme, faite à son image, le temple vivant de l’adorable Trinité !… » Notre cœur est son ciel sur la terre. Quand vous allez à la messe et que vous communiez, vous ne recevez pas du pain, ni un symbole particulier mais la réalité même du corps du Christ. Tous les anges sont alors émerveillés, enchantés et ont même une sainte jalousie devant ce privilège infini car eux ne peuvent recevoir la Très Sainte Eucharistie. Quand Jésus a dit dans la langue sacrée qui était l’hébreux « ceci est mon corps », le ‘mon corps’ veut vraiment dire ‘ma personne toute entière avec tout ce que je suis et tout ce que j’ai’. En recevant la communion, c’est vraiment la personne même de Jésus que vous recevez tout entier ; c’est Jésus qui se donne en nourriture sacrée. C’est une nourriture divine, terrible et de prix infini. Une seule communion a plus de valeur que tout l’or du monde, car c’est notre Seigneur ressuscité tout entier. On ne devrait jamais laisser une journée passer sans recevoir la Sainte Communion. C’est ça le mystère de notre foi. St. Jean Chrysostome en parlant de la bonne disposition que l’on doit avoir pour recevoir le corps et sang du Christ dans l’Eucharistie disait « Terribles, vraiment terribles sont les mystères de l’église, terrible est l’autel. Sans une aide particulière de la grâce de Dieu, aucune âme ne pourrait supporter le feu de cette nourriture sans être complètement détruit. » Et il disait aussi qu’après la communion, le Chrétien est comme un lion redoutable avec des flammes sortant de sa bouche. Le diable ne peut supporter sa vue. » C’est ainsi que l’on doit considérer ce grand mystère et avec quelle dévotion, pureté, foi et amour nous devons recevoir notre Seigneur dans la communion.

Mais après avoir donné son corps à manger, Jésus est parti dans le jardin des oliviers et a demandé à ses apôtres de veiller avec lui. Il leur a dit « ne pouvez-vous pas veiller une heure avec moi ? » Pourquoi ? Car Jésus voulait que ses amis le réconfortent dans son agonie cruelle. Jésus venait de donner le don de lui-même dans l’Eucharistie et il pouvait voir que dans les ages à venir, il allait rester seul dans tant de tabernacles, dans tant d’églises du monde entier. Si vous laissez une fleur seule sans la regarder, la fleur continue de donner son parfum car elle n’a pas de cœur. Si vous vous cachez du soleil sans recevoir ses rayons, le soleil continue de donner ses rayons de chaleur et de lumière au monde, car le soleil n’a pas de cœur. Par contre si vous laissez Jésus au Saint-Sacrement, seul, dans un tabernacle sans lui apporter votre présence et votre amour, Jésus est triste, très triste, car là, il a un cœur brûlant d’amour infini pour vous. L’Eucharistie n’est pas une chose, mais le même Jésus qui disait dans l’évangile : « venez à moi vous tous qui ployez et peinez sous le fardeau et moi je vous soulagerai. » Il reste avec nous ici-bas pour porter avec nous nos épreuves, nous consoler dans nos afflictions, nous fortifier dans nos solitudes, simplement pour être notre plus fidèle ami sur terre au Saint-Sacrement. Il nous appelle à lui pour nous reposer et trouver la force de continuer, pour nous donner l’espoir et la joie, car la vraie joie ne peut provenir que du Cœur de Jésus. Il disait à Ste Marguerite Marie : « hors de mon cœur aimable au Saint-Sacrement, il n’y a ni joie, ni bonheur en ce monde. »

Le curé d’Ars fixait souvent le tabernacle du doigt et disait le dimanche : “ Jésus est vraiment là et si vous saviez seulement combien il vous aime au Saint-Sacrement, vous seriez la personne la plus heureuse du monde ! ” Car la vraie joie est de connaître le vrai amour. Si je vous demandais quel est l’amour parfait comme on l’entend dans tant de chansons aujourd’hui, certains diraient un amour qui ne change jamais, d’autres diraient un amour qui n’a pas de limites ni de conditions, d’autres encore diraient un amour qui est toujours là. Eh bien cet amour nous attend au Saint-Sacrement. Et Jésus dit : « Où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Il a prononcé ces paroles parce que vous êtes son trésor, et il est donc là en personne au Saint-Sacrement avec son Cœur brûlant d’amour infini pour vous. Même si chaque personne au monde vous donnait ton son amour et son affection juste pour vous, ce ne serait rien par rapport à l’amour particulier, intime, personnel que Jésus a pour vous au Saint-Sacrement !

Vous savez tous que plus on aime quelqu’un plus on veut passer du temps avec cette personne. Par exemple deux jeunes qui s’aiment veulent toujours être ensemble. S’ils sont éloignés, ils feront tout pour combler la distance en s’écrivant quotidiennement, en se téléphonant autant qu’ils le peuvent. Mais bien sur, rien n’équivaut la présence même de la personne aimée. Ceci explique le mystère de notre foi : la présence réelle de notre Seigneur dans l’Eucharistie et la raison pour laquelle il reste avec nous jour et nuit au tabernacle. C’est simplement qu’il nous aime tant qu’il ne veut jamais nous quitter. Il dit « Je suis avec vous pour toujours. » Voilà pourquoi le pape dit “ Jésus vous attend dans son sacrement d’amour ” où il répète son éternel appel « Ne pouvez-vous pas veiller une heure avec moi ? »Au jardin des oliviers Jésus a transpiré du sang car il pouvait voir que le don de sa personne dans l’Eucharistie serait tant rejeté par ses amis dans les ages à venir. Il dit « J’ai soif, et d’une telle soif d’être aimé des hommes au Saint-Sacrement que cette soif me consume. » Et Jésus montre son Cœur entouré d’une couronne d’épines pour symboliser la peine qu’il reçoit de ne pas être aimé dans le don de son Cœur, l’Eucharistie. Il dit même qu’il souffre plus maintenant, lorsqu’il est seul au tabernacle que tout ce qu’il a souffert dans sa passion, car ce sont ses ennemis qui l’ont couronné d’épines et crucifié il y 2000 ans, mais ce sont ses amis, les chrétiens aujourd’hui qui le couronne d’indifférence, de mépris, comme si au delà de l’hostie sacrée, ce n’était pas Jésus en personne avec son cœur ne pouvant contenir son amour pour les hommes. St François d’Assise passait ses nuits en prière dans des chapelles et les restauraient le jour. Le matin, il disait souvent en pleurant : « l’amour n’est pas aimé » car l’amour de Jésus au Saint-Sacrement est tellement pur, tellement respectueux, tellement humble qu’il ne peut s’imposer mais attend, comme un prisonnier, quelqu’un qui viendra luirendre amour pour amour, en allant passer du temps en sa présence. En venant passer une heure avec Jésus en adoration, vous changez la couronne d’épines autour de son cœur en une couronne de fleur, de joie et de consolation, et Jésus oublie alors tous le mépris et l’indifférence des hommes envers son sacrement d’amour.

On peut se demander : si Jésus est juste là, présent en personne, pourquoi ne manifeste-t-il pas sa présence au monde pour que tout le monde le reconnaisse. J’ai vu un film, il y a quelques années qui peut nous aider à comprendre ceci. Avez-vous vu ‘Un prince à New York’ ? Eddie Murphy joue le rôle d’un prince africain. Toutes les femmes veulent se marier avec lui à cause de sa richesse. Mais lui veut trouver quelqu’un qui l’aime pour lui-même et non pour son royaume. Alors il part aux États-Unis sans dévoiler son identité de prince. Il s’habille simplement pour que personne ne voie sa richesse. Il laisse dans son pays sa gloire, sa majesté, ses honneurs pour n’apparaître que comme un simple homme sans rien pour attirer l’attention. Il choisit un travail dans un McDonald et vit dans l’endroit le plus pauvre de Harlem, à New York. Pour trouver le vrai amour, il devient très pauvre. Malgré un extérieur simple et humble, il trouve une jolie jeune femme. Elle l’apprécie et lui de même. Ils sortent ensemble et tombent amoureux. Elle accepta sa demande en mariage et fut frappée de savoir qu’il était vraiment un roi dans son pays. Par son mariage, elle devint reine et la femme la plus riche du monde.

Quelle belle histoire ! Mais savez-vous quoi, ça n’est pas une fantaisie, mais une réalité grâce à l’histoire d’amour de Jésus au Saint-Sacrement. Il est le Roi, cherchant à être aimé pour lui-même. Au Saint-Sacrement, il se revêt simplement, sans ses robes royales de gloire. Il vient humblement à nous dans ‘le pain vivant descendu du ciel.’ Son désir d’être aimé pour lui-même est si profond qu’il apparaît plus pauvre que l’homme sur terre. Il vient à nous sans beauté ni majesté extérieure pour attirer l’œil humain pour trouver le vrai amour, pour être aimé pour lui-même et non pour ce qu’il a. Pourtant, il est Roi, avec un cœur romantique méritant tout notre amour pour tout ce qu’il a fait pour notre salut. Voilà pourquoi à chaque heure d’adoration vous proclamez Jésus Roi en lui donnant l’honneur et la gloire qu’il mérite. Par l’adoration perpétuelle, une paroisse donne au Roi tout l’amour qu’il mérite vraiment en disant « Digne est l’Agneau immolé de recevoir l’honneur, la gloire et la louange. » L’adoration perpétuelle est l’histoire d’amour divin entre Dieu et les hommes. C’est dire oui à sa proposition de mariage. Tout ce qu’il désire est notre amour. Alors, il nous surprendra avec l’héritage de son royaume !

Supposez un instant que dans votre chapelle, Jésus au Saint-Sacrement manifeste un rayon de sa gloire (comme sur l’image de la miséricorde divine). Je suis convaincu que toute la paroisse viendrait aussitôt, le jour et la nuit adorer notre Seigneur. Plus encore, toute la ville, tout le pays viendrait voir le rayon de la gloire de Jésus. Il faudrait construire des murs autour de la chapelle tellement il y aurait de personnes qui s’y précipiteraient. Hélas, tout ce monde viendrait à Jésus non pour l’aimer pour lui-même mais pour sa propre gloire. Voilà pourquoi Jésus laisse au ciel sa gloire et sa majesté et il vient dans l’Eucharistie sous les apparences du pain juste avec son amour, sa miséricorde et ses grâces pour trouver des adorateurs qui l’aimeront pour lui-même. Il dit « si vous croyez, si vous croyez vraiment en mon amour, vous verrez les miracles de mon amour. »

Souvenez-vous de la femme dans l’évangile qui en touchant Jésus par sa foi relâcha sa puissance. Elle a dit : « Si je touche au moins son vêtement, je serai sauvée. » Et aussitôt Jésus eut conscience de la force qui était sortie de lui et dit « Qui a touché mes vêtements ? » Votre foi touche le Cœur de Jésus et libère sa puissance et son amour guérissant sur vous, votre famille et le monde entier chaque fois que vous venez à lui au Saint-Sacrement dans une heure de prière. L’adoration touche chaque personne et chaque chose car elle touche notre créateur qui touche chaque personne et chaque chose. À chaque heure sainte que vous faites, chaque homme, chaque femme chaque enfant reçoit des grâces particulières pour revenir au Seigneur. Vous aimez le Seigneur pour tous ceux qui ne l’aiment pas ou qui ne le connaissent pas. Voilà pourquoi le pape dit « par l’adoration, le Chrétien contribue à la transformation radicale du monde ». La puissance de construction de l’adoration est plus grande que la puissance de destruction de la bombe atomique, car si l’homme avec son esprit créé peut inventer une arme si puissance que la bombe atomique combien sera plus puissante l’amour incréé de Jésus au Saint-Sacrement pour apporter la paix éternelle pour l’humanité.

Et ce que Jésus veut que tout le monde sache est qu’une heure d’adoration est facile à faire, car Jésus est vraiment la personne la plus facile au monde à satisfaire. Vous pouvez utiliser votre propre livre de prière, vous pouvez lire la Bible, prier le chapelet ou parler à Jésus, cœur à cœur comme avec un ami. Il se peut aussi que vous soyez si fatigués et découragés que vous ne vouliez rien faire si ce n’est de vous asseoir et vous reposer en ressentant la douce paix qui provient simplement du fait d’être en présence de votre meilleur ami, Jésus au Saint-Sacrement qui dit « de toute votre inquiétude déchargez vous sur le Seigneur car il prend soin de vous. C’est ma paix que je vous donne. » Même si vous pensez ne pas pouvoir bien prier, car vous êtes facilement distrait, Jésus veut que vous sachiez qu’il comprend cela… C’est naturel. Ce qu’il veut que vous compreniez est le surnaturel : qu’il vous aime tant que le simple fait de choisir de passer une heure avec lui de prière apporte à son Sacré Cœur une joie indescriptible.

Innombrables sont les hommes qui, au cours des siècles, ont fait le sacrifice de leur vie en allant à la guerre. Si peu sont prêts à faire même un petit effort aujourd’hui pour apporter la paix. Le mal l’emporte sur le monde aujourd’hui car ceux qui sont contre Dieu sont plus actifs que ceux qui sont pour Dieu. C’est un combat spirituel qui a lieu aujourd’hui entre le bien et le mal. C’est la plus grande guerre dans l’histoire de l’humanité car le destin de l’Église et du monde en dépend. C’est une “alerte rouge” spirituelle. Qui réagira contre l’indifférence générale et deviendra un soldat pour le Christ, un guerrier de prière pour la paix? Qui deviendra un homme de Dieu en se munissant des armes spirituelles qui sont la prière et le renoncement à soi-même? « Car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi ». Qui répondra à l’appel du Christ lancé au milieu de la nuit. « Simon, tu dors! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure avec moi ! ».

Le livre de l’Apocalypse décrit la grande bataille spirituelle qui se passe aujourd’hui. C’est un livre d’adoration. Le mot ‘apocalypse’ ne fait pas référence à la fin du monde avec des scènes de terreurs et d’épouvantes comme on l’imagine souvent, mais ce terme dans son étymologie grecque veut dire ‘dévoiler’ ou ‘révéler’. Ce livre va dévoiler ce qui est caché. La présence aimante de Jésus caché dans l’Eucharistie sera un jour visible à toute l’humanité car Jésus nous dit « tout ce qui est caché sera dévoilé ». La vision centrale de l’Apocalypse décrit un trône sur lequel se trouve un agneau. L’agneau immolé représente Jésus dans sa présence sacrificielle, qui se donne à nous au Saint-Sacrement. À chaque messe, le prêtre présente l’hostie en reprenant la parole de Jean Baptiste : « voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Puisque l’Agneau est sur le trône, Jésus est présenté comme roi. Par notre adoration, Jésus est intronisé roi d’amour et de miséricorde. En l’entourant de notre présence, dans la foi et l’amour, nous reconnaissons que Jésus est roi des cœurs et roi du monde. Par notre adoration perpétuelle, Jésus accomplit sa promesse de faire toutes choses nouvelles en prenant possession de son règne. C’est l’amour de Dieu pour l’homme qui a créé le monde, ce sera l’amour de l’homme pour le fils de Dieu au Saint-Sacrement qui recréera le monde et fera venir un nouveau et plus glorieux paradis sur terre.

L’enjeu de livre de l’apocalypse est donc de savoir si l’humanité va aller adorer l’agneau immolé sur le trône ou si elle va se tourner vers les différentes bêtes qui représentent toutes les idoles de notre temps. Est-ce que Jésus, l’agneau de Dieu va être proclamé roi en recevant l’honneur qu’il mérite par l’adoration perpétuelle ou est-ce que l’homme va se détourner de l’Agneau de Dieu pour adorer un autre que Dieu, une idole ?

Les deux camps opposés sont les suivants : d’un côté la femme, enveloppée par le soleil et couronnée d’étoiles. On représente souvent Marie de cette manière-là. Celle-ci est suivie des anges de Dieu ; elle rassemble les compagnons de l’Agneau autour du trône, elle invite ses enfants à adorer notre Seigneur dans l’Eucharistie. De l’autre côté, le dragon, Satan et ceux qui lui donnent un culte particulier. Les premiers sont jour et nuit devant l’agneau en disant « digne est l’agneau de recevoir toute gloire, tout honneur, toute louange » « dans une adoration incessante » « pour tout ce qu’il a fait pour notre salut ». Ils proclament « l’agneau sur le trône est Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » De l’autre, Satan convainc les hommes à l’adorer lui-même ou son image. Et nous lisons : « les rois de la terre règneront pendant une heure » ; ainsi pendant un temps court, l’agneau sera détrôné et ne sera pas adoré comme il le mérite. Mais on lit ensuite que les compagnons de l’Agneau vaincront le grand dragon « par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné. » En venant à la messe, en adorant l’agneau de Dieu, Jésus répand son précieux sang sur tous les hommes et il règne dans les cœurs et dans le monde. À chaque heure d’adoration que vous faites, vous détrônez en quelques sortes Satan et vous reconnaissez et proclamez Jésus comme Roi d’amour jusqu’à ce qu’il prenne définitivement possession de son règne. Par notre témoignage à la vérité, Jésus vient installer son règne d’amour et de paix. Et dans la vision de l’apocalypse, un fleuve d’eau vive découle du trône, guérissant les nations. Par notre adoration, Jésus déverse son esprit sur toutes les nations et les renouvelle comme personne ne peut humainement le faire. Voilà pourquoi le pape dit « le monde a un grand besoin de l’adoration perpétuelle » car c’est ce qui apportera le royaume de Dieu sur terre et la paix éternelle pour l’humanité. « Que notre adoration ne cesse jamais. »

Je conclurai en racontant une petite histoire qui peut nous aider à mieux apprécier la sainte communion et la grandeur de l’adoration. C’est l’histoire d’une petite fille chinoise. Lorsque les communistes prirent le pouvoir en Chine, ils allèrent dans une église et enfermèrent le prêtre dans sa maison, qui devint alors comme une prison pour lui. Puis, ils allèrent dans l’église, défoncèrent le tabernacle, jetèrent les hosties par terre et partirent. Ils n’avaient pas vu une petite fille à genoux en prière. Elle était trop petite pour être remarquée. Cette nuit, elle revint, se glissant silencieusement derrière les gardes qui se trouvaient devant la maison du prêtre, avant d’entrer dans la sombre église froide. Là, elle s’agenouilla une heure en adoration avant de se placer au pied du tabernacle brisé pour recevoir son Seigneur dans la Sainte Communion. En ce temps-là, la communion se recevait seulement sur la langue et une seule communion était permise par jour. Pour cette raison, la petite fille revint chaque nuit jusqu’à ce que toutes les hosties furent consommées. Elle se baissait jusqu’au sol et recevait Jésus sur sa langue. Le prêtre assistait à tout ceci de sa fenêtre, au clair de lune. Il savait exactement combien d’hosties étaient dans le ciboire car c’était lui qui les comptait et les consacrait. Lorsque la dernière hostie fut consommée lors de la trente sixième nuit, la petite fille fut découverte par les gardes alors qu’elle s’en allait. Ils l’attrapèrent et la frappèrent à mort. Le prêtre survécut et raconta l’histoire.

Ne devrions-nous pas donner autant de respect à Jésus quand nous le recevons dans la communion, le recevoir avec autant de pureté et l’adorer avec tant d’amour et de courage ?Reconnaissons-nous notre meilleur ami qui désire tant nous voir en sa présence pour nous donner sa joie et sa paix, lui qui nous dit « venez à moi vous tous qui peinez et je vous soulagerai ». Savons-nous que la plus grande histoire d’amour est celle entre notre Seigneur au Saint-Sacrement et chacun de nous en particulier ? Apprenons à nous laisser aimer en le contemplant dans la sainte hostie. Osons donc recevoir tant d’amour et répondre à cet amour infini que Jésus désire tant répandre en nous…

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