SONNER LE CLAIRON POUR LE NOUVEAU MILLÉNAIRE
La plus grande douleur jamais éprouvée fut celle de Marie à la vue de Jésus crucifié. Quand nous pensons à la façon dont elle s’est tenue au pied de la croix en pleurs, la plus grande joie jamais ressentie sera celle de Marie à la vue de Jésus glorifié. Car personne ne désire plus voir Jésus aimé et adoré que Marie sa mère qui, au pied de la croix, l’a vu ainsi rejeté.
Le Christ en croix est l’image d’un cœur brisé pour avoir tant aimé sans être aimé en retour, car sa douleur est celle d’être méprisé et rejeté.
Le peuple s’est écrié : « Nous n’avons pas de roi » (Jn 19, 14), et il s’est agenouillé dans une cruelle et perverse adoration. Quand nous pensons à cette extrême humiliation, y aurait-il un temps plus propice que maintenant, à l’aube de ce nouveau millénaire, pour sonner le clairon et commencer l’adoration perpétuelle ?
Quand nous pensons à la manière dont l’homme a détrôné Jésus de façon si honteuse, quel meilleur endroit sur terre que notre paroisse pour le proclamer Roi, en lui donnant l’honneur qui revient à son Nom.
Après avoir été couronné d’épines, flagellé et défiguré, il devenait l’opprobre du peuple et n’avait même plus l’apparence humaine. De même ici au Saint-Sacrement, sans beauté ni majesté extérieures pour attirer l’œil humain (cf Is 53, 3), il est couronné d’indifférence, de mépris et si souvent ignoré, comme s’il n’était pas là, comme s’il n’avait pas un cœur qui bat d’amour pour nous. Pourtant au-delà des humbles espèces de la sainte Hostie, c’est vraiment Jésus en personne qui nous attend en répétant son appel éternel: « Ne pouvez vous pas veiller une heure avec moi ? » (Mt 26, 40).
L’Eucharistie est l’amour divin personnifié. Instituée à la dernière Cène, elle découle de la Passion du Seigneur. Quand il a ouvert ses bras sur la croix pour étendre sur chacun de nous le don de lui-même et de la vie éternelle, il a percé le silence du temps par un cri profond qui peut s’entendre au plus intime de chaque cœur : « J’ai soif, et d’une telle soif d’être aimé que cette soif me consume » (Jésus à sainte Marguerite Marie).
Pour notre bien, il est resté seul sur la croix en agonie, les bras étendus vers nous dans une humble vulnérabilité. En retour, chaque heure d’adoration l’embrasse dans l’amour et l’humilité, lui apportant une consolation ineffable parce que nous lui tenons compagnie.
C’est pourquoi, comme l’homme l’a totalement abandonné il y a deux mille ans, maintenant dans l’adoration perpétuelle, le Père céleste attire tous les hommes à lui pour l’entourer, parce qu’ainsi, nous lui donnons la louange qu’il mérite, la gloire qui revient à son Nom, l’honneur digne d’un roi. Par notre heure d’adoration, nous disons avec reconnaissance : « Il est digne l’agneau immolé de recevoir l’honneur, la louange et la gloire, dans une adoration incessante pour tout ce qu’il a fait pour notre salut » (Ap 5, 12 ; 5, 9 ; 7, 15).
Ainsi au lieu d’un signe au-dessus de sa tête où était écrit sa condamnation, l’accusant d’être Roi, nous serons un signe lumineux pour le monde de sa royauté et de sa présence : « Ô roi des nations qui oserait te refuser l’honneur que tu mérites, car toi seul es saint et toutes les nations viendront se prosterner devant toi » (Ap 15, 4).
À la place de l’heure obscure où l’homme l’a abandonné, nous serons des témoins resplendissants en attestant de la Lumière au monde « l’Agneau sur le trône est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois » (Ap 17, 14).
Plus nous proclamons Jésus Roi en lui donnant la gloire qui revient à son Nom, plus il prend possession de son royaume et établit son règne d’amour, règne sans pleurs, ni peines, ni douleurs. Et Dieu essuiera toutes larmes du visage de l’homme (Ap 21, 4) parce que les larmes de Marie auront cessé de couler.
Puisque la haine de l’homme pour Jésus a fait couler tant de larmes des yeux de Marie, seulement l’amour ininterrompu de l’homme pour Jésus par l’adoration perpétuelle sera la cause de sa joie éternelle.
Si la haine de l’homme pour Jésus a brisé le cœur de Marie, comme la terre qui se fend, alors l’amour pour Jésus au Saint-Sacrement réparera son cœur brisé et changera sa douleur en bonheur ineffable.
Alors, toute la création cessera de pleurer et de se lamenter avec Marie. À la place, la création se réjouira avec Marie dans « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1) recréés par Jésus quand, dans sa joie indicible d’être aimé des hommes, il accomplira sa promesse : « voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5).
A14. Copyright "MISSIONNAIRES DU SAINT-SACREMENT"