Pascal Pingault, fondateur de la communauté du Pain de vie, anarchiste " soixante-huitard ", convertit en se prosternant devant la Sainte Hostie, cherchait un lieu pour accueillir les pauvres de notre société. Un jour, pendant l’adoration, il fut bouleversé par le passage de l’évangile de Jean, où Marie Madeleine oint les pieds du Christ avec un parfum précieux : " des pauvres, vous en aurez toujours, mais moi vous ne m’aurez pas toujours. " (Jn 12, 8) " J’ai compris que c’était une prophétie pour l’Eglise persécutée, et pour la nôtre, lorsque sa présence eucharistique nous serait enlevée… Le Seigneur veut sans doute qu’on commence à l’adorer jour et nuit, Lui d’abord. Des pauvres vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.

Je comprenais l’urgence qu’il y avait à adorer Jésus dans le mystère de la Rencontre. C’était à force d’expérimenter sa présence dans l’Eucharistie que nous pourrions Le découvrir, L’adorer aussi dans nos frères les hommes, dans les pauvres surtout. C’est à force d’avoir vécu de l’Eucharistie et en sa Présence que nous pourrions affronter ces temps d’intense pauvreté que seront les derniers temps, avec les angoisses et les blasphèmes des hommes, avec leurs peurs, leurs énormes péchés et leur refus de Dieu. C’est à force d’avoir contemplé jour et nuit son Corps exposé que nos yeux en seraient brûlés de lumière et que les hommes qui le cherchent en serait éblouis et croiraient. Oui, il était temps maintenant de remplir cette mission que le Seigneur nous avait assignée et de commencer à ou prosterner jour et nuit devant Lui. Je découvris en même temps que le plus pauvre, c’était Lui et qu’il désirait que nous prenions beaucoup de temps auprès de Lui avant de nous laisser entreprendre quelque apostolat que ce soit, et surtout auprès des pauvres. " Depuis cette instant la communauté commença l’adoration perpétuelle et obtint une maison pour accueillir les pauvres. Dieu avait remis de l’ordre dans les priorités : " Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit : voilà le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. " (Mt 22, 38-39)

Pascal Pingeaut, Fioretti du Pain de Vie, Le Sarment-Fayard, 1986, p79-80

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