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SAINTE THÉRÈSE BÉNÉDICTE DE LA CROIX (EDITH STEIN)

Je demeure parmi vous

La demeure de Dieu parmi les hommes !

L'éducation eucharistique (méditation)


Je demeure parmi vous

(Ce poème a été écrit pour la fête du Corps et du Sang du Christ en 1938 probablement le jour où sœur Marie (Ernst) prononçait ses vœux.)

Tu sièges sur ton trône
à la droite du Père.
Tu trônes au Royaume
de sa gloire éternelle,
Toi qui, dès l'origine,
es Parole de Dieu.

Tu domines et tu règnes
sur le trône suprême,
sous ta forme humaine,
ton corps transfiguré,
depuis que sur la terre
ton oeuvre est achevée.

Oui, c'est bien là ma foi,
ta Parole me l’enseigne,
et parce que je crois
j'en connais le bonheur:
de là s'épanouit
l’espérance bienheureuse.

Car là où tu demeures,
là sont aussi les tiens
et le ciel est déjà
ma glorieuse patrie,
je partage avec toi
le trône de ton Père.

Le Seigneur éternel
qui créa tous les êtres,
lui, le Dieu trois fois Saint,
enveloppant tout être,
a de plus un royaume
silencieux, bien à lui.

Le centre du palais
de toute âme humaine
est de la Trinité
le séjour préféré,
son trône céleste
en la terre d'ici-bas.

Il vint le Fils de Dieu
devenu Fils de l'Homme
reprendre à l’ennemi
ce Royaume céleste
et il donna son Sang
pour prix de délivrance.

Dans le Coeur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas,
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce coeur est Coeur divin,
Coeur de la Trinité
centre de convergence
de tous les coeurs humains,
il nous donne la vie
de la Divinité.

Il nous attire à lui
par sa force secrète
et dans le sein du Père
il nous abrite en Lui,
nous saisit dans le flot
du Saint-Esprit de Dieu.

Ce Coeur, il bat pour nous
dans la petite tente
où il demeure caché
si mystérieusement
dans ce rond de blancheur
pétri de fin silence.

C’est ton trône royal
sur la terre, ô Seigneur,
un trône bien visible
que tu bâtis pour nous,
avec joie tu me vois
m'en approcher tout près.

Tu plonges plein d'amour
ton regard dans le mien
et tu prêtes l'oreille
à mon faible murmure.
Tu remplis de ta paix
le tréfonds de mon coeur.

Et pourtant ton amour
ne peut se contenter
de cet échange-là
qui nous tient séparés,
le désir de ton Coeur
réclame plus encore.

Tu viens en nourriture
chaque matin pour moi,
et ton Corps et ton Sang
me sont vin et repas.
Prodigieuse merveille
que tu accomplis là !

Ton Corps dans ce mystère
vient pénétrer le mien
et ton âme elle aussi
vient s'unir à la mienne.
Je ne suis plus alors
ce que j'étais avant.

Tu viens et tu t'en vas
mais reste la semence
que tu jetas en terre
pour la gloire à venir,
semence ensevelie
dans ce corps de poussière.

En l'âme seul demeure
comme un éclat des cieux
et tout au fond des yeux
subsiste une lueur,
et un frémissement
dans le son de la voix.

Mais le lien demeure
qui relie cœur à cœur,
flot jaillissant de vie
qui jaillit de ton Coeur
et qui donne la vie
à chacun de tes membres.

Qu'elles sont merveilleuses
tes merveilles d'amour!
Et notre admiration
nous conduit au silence
car viennent à défaillir
nos esprits et nos mots.


La demeure de Dieu parmi les hommes !

Tu dis: tout est accompli et tu inclinas la tête en silence
Il était accompli, ton chemin d'homme sur la terre
Depuis le commencement ton trône de gloire était préparé pour toi
à la droite du Père, et tu y es monté.
Mais tu ne t'es pas séparé de la terre
Tu lui étais uni de tout temps.
Depuis que des hauteurs des cieux tu es descendu
jusqu'à l'extrême anéantissement
Tu aimes vraiment les tiens, ô bon Pasteur,
comme jamais n'a aimé nul autre coeur humain,
et tu n'as pas voulu laisser tes enfants orphelins,
Tu t'es bâti une tente au milieu d'eux.
Tu trouves ton plaisir à y demeurer
Et tu seras là jusqu'à la fin des temps
Ton sang versé avec largesse pour les tiens
doit leur servir de breuvage de vie
Tu le proposes chaque matin qui vient
Chaque matin le son des cloches appelle
à travers toutes les rues, pour inviter au repas des noces.
Les hommes, taciturnes et pressés, se hâtent dans les ruelles
Le son atteint leurs oreilles mais non leur coeur
Seul un petit reste de brebis fidèles entend la voix du Pasteur
Avec une joie paisible, elles suivent l'appel
qui les invite à la tente sainte, à la table que tu disposes.

Leurs yeux ne se rassasient jamais du spectacle sublime
qui s'y renouvelle jour après jour, sens et terme de tout le cours du monde.
Tandis qu'au dehors grondent les orages et les affreux combats
que le sceau de l'abîme est brisé, libérant les monstres des profondeurs
qui combattent avec puissance pour le règne du grand dragon,
ici en revanche c'est la paix, le trône de l’Agneau sur la terre,
la sainte cour qui mène au Ciel et nul esprit créé ne saurait concevoir
les merveilles que ta présence pleine de grâce prépare pour l'éternité
dans les coeurs devenus tes temples par leur consécration.
C'est ici que tu accomplis, cachée aux yeux du monde, l'oeuvre qui renouvelle la face de la terre.
Soustrait au regard des hommes dans la tente paisible
tu tiens le monde dans ta main
et de ses tumultes tu as fixé la mesure et le terme.

Mais vient un jour où s'ouvrent les portes:
le roi sort pour bénir son pays
Des troupes d'enfants sèment les fleurs sur son passage
et chantent en liesse des cantiques de jubilation.

Et lorsque ensuite résonne au loin le son des cloches
la foule s'agenouille en silence
pour recevoir la bénédiction de son Dieu,
tes anges ne passent-ils pas invisiblement parmi les gens
surpris au bord des routes,
pour tracer de ci de là sur le front de l'un ou l'autre
le signe qui le retire de la perdition?
Ils ne le pressentent pas encore mais leur bandeau tombera
lorsque s'engagera le dernier combat
et que tes témoins fidèles combattront pour toi jusqu'à la mort.
Quand, Seigneur, quand ce jour viendra-t-il?
Mon Seigneur et mon Dieu, caché sous l'espèce du pain,
quand te manifesteras-tu dans une gloire visible?
Le monde gît dans les douleurs de l'enfantement
L'Épouse persévère dans l'attente. Viens vite !

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