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St Pierre-Julien Eymard (1811-1868)

IV. La Vocation eucharistique

I. Choisis par Dieu le Père pour devenir les adorateurs de son divin Fils. Sa vie est le modèle, la grâce et la fin de la nôtre.
II. Vivre de sa vie. Imiter ses vertus, comme un modèle
III. Notre vocation est sainte par la grâce de l'Eucharistie
IV. Service de la divine personne de Jésus dans l'Eucharistie. Notre fin
V. Notre vocation est éminemment apostolique


I. Choisis par Dieu le Père pour devenir les adorateurs de son divin Fils. Sa vie est le modèle, la grâce et la fin de la nôtre

Connaître l'amour de Jésus-Christ, être rempli de sa plénitude, c'est le règne de Dieu en l'homme. Or, c'est le fruit de la dévotion au Cœur de Jésus vivant et nous aimant dans le Très Saint-Sacrement. Cette dévotion est le culte souverain de l'amour. Elle est l'âme de toute la religion et son centre, car la religion n'est que la loi, la vertu et la perfection de l'amour, et le Sacré-Cœur en est le modèle, la grâce et la vie. La dévotion au Sacré-Cœur a un double objet : elle se propose d'abord d'honorer, par l'adoration et le culte public, le Cœur de chair de Jésus-Christ, et ensuite l'amour infini dont ce Cœur a brûlé pour nous depuis sa création, et qui le consume encore au Sacrement de nos autels...

Mais si c'est une si belle vocation, comment se fait-il que nous soyons si peu nombreux? (Ste Marguerite Marie)


II. Vivre de sa vie. Imiter ses vertus, comme un modèle

Nous voulons vivre de la vie même de Jésus au Saint Sacrement. Sa vie doit être la règle et la fin de la nôtre. Or la vie eucharistique de Jésus a deux caractères bien distincts :

Premièrement, elle est cachée : « Vraiment, tu es un Dieu caché ! » s'écriait Isaïe (45, 15) à la vue du mystère eucharistique. Il continue dans son état sacramentel les grandes vertus de sa vie mortelle. Au Saint Sacrement, Jésus s'anéantit, il devient notre modèle, grâce et fin de notre anéantissement, de notre humilité, de notre patience, de notre pardon, de notre pauvreté et de nos humiliations. Dans l’Eucharistie, Jésus nous appelle à puiser notre douceur et notre humilité dans son Cœur : « Venez à moi… Apprenez de moi, car je suis doux et humble de Cœur » (Mt 11, 29). Ainsi, comme celles de Jésus, toutes nos vertus doivent être simples et cachées, toutes eucharistiques.

Deuxièmement, elle est toute intérieure à Dieu. La perfection de l'amour consiste plutôt à écouter qu'à parler, à contempler qu'à travailler avec activité. Comme Jésus qui aime sans montrer les flammes de sa charité, qui sanctifie et gouverne le monde de manière invisible et toute spirituelle, ainsi doit être le royaume de Jésus en nous: tout intérieur. Nous devons donc vivre avec Jésus en Dieu; prier avec lui; nous consumer dans un même amour; devenir pour ainsi dire une même flamme, un même cœur, une même vie en Jésus-Hostie !


III. Notre vocation est sainte par la grâce de l'Eucharistie

Ici Notre-Seigneur porte son amour jusqu'à sa dernière consommation. Elle est sainte parce qu'elle nous donne les moyens de sanctification les plus puissants, en nous mettant en rapport immédiat, en rapport de vie avec Jésus-Christ, qui est non seulement une grâce, mais l'auteur même de la grâce en son sacrement très saint. Elle rend une grande gloire au Père céleste, parce qu'elle lui présente Jésus son fils au Saint-Sacrement. Or, là Jésus est dans un état plus parfait que durant sa vie mortelle: il y est glorieux, immortel et c'est cet état de gloire et de royauté qu'il immole sans cesse dans l'Eucharistie à la gloire de son Père.


IV. Service de la divine personne de Jésus dans l'Eucharistie. Notre fin

La vocation eucharistique est le service de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans l'état le plus glorieux qu'il puisse avoir ici-bas, dans l'exposition solennelle et perpétuelle du très Saint-Sacrement.

Constitutions des religieux du Saint-Sacrement : « Que tous nos religieux sachent bien qu’ils ont fait profession uniquement pour servir le Divine Personne de notre Dieu et notre Roi, Jésus Christ, véritablement, réellement et substantiellement présent dans le sacrement de son amour ; et, par conséquent, comme de bons et fidèles serviteurs de ce grand Roi, qu’ils aient soin de consacrer à sa plus grande gloire tous leurs dons et toutes leurs vertus, leurs études, leurs travaux, sans rien réserver personnellement. »

L’adoration eucharistique, voilà l'action royale et souveraine du religieux du Très Saint-Sacrement: tout dans sa vie doit le préparer, l'orner, le perfectionner pour l'adoration. Tout en sa vie doit être soumis et subordonné à cet exercice divin, parce que c'est l'acte religieux le plus grand, le plus saint, le plus juste de sa vocation et de sa vie...

Chaque fois que Marie se mettra aux pieds de Jésus et y demeurera dans la prière, Marthe en sera jalouse. Ainsi font ceux qui croient qu'il n'y a de bon qu'un seul état, une seule manière de vivre. Tous sont bons. Celui que vous avez est bon: gardez-le, mais ne méprisez pas les autres. Marthe, en travaillant pour Jésus, faisait bien; elle eut tort d'être jalouse de soeur. "Marthe, Marthe, tu te préoccupes de beaucoup de choses, pourtant une seuleest nécessaire, Marie a choisi la meilleure part et elle ne lui sera pas enlevé."


Deus Caritas Est

Cela arrive encore aux vocations actives de se plaindre des âmes contemplatives. « Vous êtes inutiles ! venez donc travailler au salut de vos frères par la charité! » Mais Jésus les défend ici. Ne faut-il pas aussi faire la charité à Jésus-Christ, pauvre et délaissé dans son Sacrement ?


V. Notre vocation est éminemment apostolique

Nous faisons travailler Notre-Seigneur à la conversion des âmes en l’exposant et en nous unissant par nos adorations à sa prière et à son apostolat. C'est le privilège unique de notre vocation d'exposer Notre-Seigneur et de le mettre dans l’exercice solennel de son office de médiateur; ce n'est, en effet, que parce que nous sommes à ses pieds qu'il est sur son trône; l’Eglise ne permettrait pas qu'il y perpétuât sa présence de jour et de nuit, s'il ne devait trouver des adorateurs que se succèdent pour le servir le jour et la nuit: nous lui sommes nécessaires pour qu'il se manifeste dans son exposition; nous délions sa puissance.


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