ADORATION ET ÉVANGÉLISATION
Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon
Le pape Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique « Ecclesia
in Europa » invitait les chrétiens à sengager
en faveur dun renouveau missionnaire. « Eglise en Europe, la
nouvelle évangélisation est le devoir qui tattend ! ».
Les grandes idéologies qui ont marqué le 19ème
et le 20ème siècle ont disparu. Lhumanité
sort dun siècle qui a fait plusieurs millions de morts, en particulier
en raison du nazisme et du communisme, qui prétendaient annoncer un monde
meilleur ! Dun côté, lhumanité est capable
des plus grandes prouesses scientifiques et technologiques, et jamais, les droits
de lhomme nont été autant revendiqués et défendus.
De lautre côté, la globalisation économique saccompagne
dinjustices sociales considérables, et, plongés dans le
matérialisme, beaucoup dhommes, de femmes et de jeunes en particulier,
perdent leurs repères éthiques, anthropologiques et spirituels,
dans un contexte de délitement de la mémoire chrétienne.
La nouvelle évangélisation est un défi spirituel, théologique
et pastoral que doit relever lEglise. En effet, nous voici entrés,
en ce début du 3ème millénaire, dans un nouveau
paradigme : celui de la post-modernité qui implique de « repartir
du Christ » avec une « nouvelle ardeur, de nouvelles méthodes,
de nouvelles expressions » (Discours de Jean-Paul II à
la 14ème assemblée plénière du CELAM).
Les quelques réflexions que je vais partager avec vous sinscrivent
dans la perspective de la nouvelle évangélisation. Elles sont
donc situées et contextualisées. Elles sordonnent autour
de la problématique suivante : En quoi, comment, ladoration
eucharistique est-elle au cur dun renouveau missionnaire, dont nous
voulons être les acteurs et les promoteurs ?
On peut dire que le pontificat de Jean-Paul II est très « eucharistique ».
Il souvrait en 1980 par une magnifique lettre sur le mystère du
culte de la sainte eucharistie. Il y soulignait que le monde a un besoin urgent
de ladoration eucharistique. « Jésus nous attend dans
ce sacrement de lamour. Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer
dans ladoration, dans la contemplation pleine de foi pour réparer
les grandes fautes et les grands défis du monde. Que notre adoration
ne cesse jamais » (Jean-Paul II, lettre du 24/2/1980 sur le mystère
et le culte de la sainte eucharistie, citée en CEG 1380).
Et voici quau terme de son pontificat, Jean-Paul II livre de nouveau dans
son encyclique « Ecclesia de Eucharistia » une
profonde méditation sur le visage eucharistique de Jésus et sur
la mission eucharistique de lEglise.
Aujourdhui, de partout, surgissent des communautés de chrétiens
qui redécouvrent le Saint-Sacrement. Elles prennent place dans la longue
liste de fondations dinstituts et de congrégations dédiés
à leucharistie (ils sont plus de 70 à travers le monde),
dinitiateurs du culte eucharistique qui ont compris le lien substantiel
qui existe entre leucharistie et le renouveau de la vie chrétienne.
Ils sappellent : - Julien Eymard, fondateur des Pères du
St Sacrement. - Théodelinde Dubouché (début du XIXème),
fondatrice de lInstitut de lAdoration réparatrice. - Ste
Julienne du Mont Cornillon, sur augustinienne qui au XIIIème,
à la suite dune révélation privée, demanda
au pape la célébration annuelle dune fête en lhonneur
du St Sacrement de lautel. Ce sera la Fête-Dieu. - Marie-Marthe
Emilie Tamisier (1834-1910) qui reçut à Paray-le-Monial lintuition
de créer les Congrès eucharistiques universels afin de rallumer
la flamme de leucharistie pour embraser le monde de charité.
- Ste Thérèse de lEnfant Jésus -Sur Faustine
Kowalska - Charles de Foucauld qui fera de Jésus-Hostie le cur
de sa démarche missionnaire.
Lhistoire de la sainteté rencontre toujours le mystère eucharistique.
Les saints nont jamais manqué de se retrouver au pied du tabernacle
pour prier. Le saint curé dArs sexclamait : « Notre
Seigneur est au ciel. Il est aussi dans son tabernacle. Quel bonheur ! »
Avec vous, je me propose dengager une réflexion sur cette relation
entre ladoration eucharistique et lévangélisation
à partir de 6 perspectives. Elles ne sont pas exhaustives des autres
dimensions de ce rapport riche et complexe puisque leucharistie est « la
source et le sommet de toute la vie chrétienne (Lumen Gentium, 11), et
« source et sommet de toute lévangélisation »
(Presbyterorum ordinis, 5).
1) LADORATION EUCHARISTIQUE, ECOLE DE LA FERVEUR CHRETIENNE.
On peut établir une forte corrélation entre la vie eucharistique
et la ferveur évangélique et missionnaire. « LEucharistie
seule peut révéler à lhomme la plénitude de
lamour infini de Dieu et répondre ainsi à son désir
damour. Seule lEucharistie peut guider ses aspirations à
la liberté en lui montrant la nouvelle dimension de lexistence
humaine. En effet, lorsque nous découvrons que nous avons été
appelés à faire en toute liberté don de nous-mêmes
à Dieu et au prochain, notre liberté est envahie par la splendeur
de la vérité qui rend lamour rayonnant. » (Jean-Paul
II au Congrès eucharistique de Wroclaw en 1997). Cest en ces
termes que le pape souligne combien leucharistie ranime la ferveur spirituelle
et lardeur apostolique. Jésus sétait plaint au XVIIème
à Ste Marguerite-Marie dêtre délaissé au tabernacle.
« Il ne reçoit que mépris, irrévérences,
sacrilèges et froideurs dans ce sacrement damour »,
dit-il. Cest pourquoi Jésus demande à lhumble visitandine
de Paray-le-Monial de venir toutes les nuits du jeudi au vendredi, entre 23h
et minuit, pour se prosterner la face contre terre devant le Saint-Sacrement.
Il invite la religieuse à laccompagner dans son agonie de Gethsémani.
Leucharistie se présente comme le sacrement de la ferveur spirituelle.
Le contexte dindifférence religieuse ou dhostilité
dans lequel lEglise se trouve plongée, réclame de la part
des baptisés un engagement de foi plus authentique. Cette « rénovation
intérieure » marque le passage dune attitude croyante
reçue par tradition et par héritage, à une implication
personnelle. Il faut faire le choix de Dieu.
Ladoration eucharistique nous place dans une « situation pascale »
et dans un point de rencontre avec la Révélation de Dieu en Jésus-Christ,
présent sous les espèces consacrées. Elle nous plonge dans
« labrupt de la foi » (Guy Coq). Dieu se
révèle sans condition et Il laisse lhomme démuni
face à linouï de sa manifestation : un Dieu tout puissant
qui se fait si petit, si pauvre sous lapparence du pain. De ce point de
vue, la singularité de ladoration eucharistique par rapport à
toutes les autres formes doraison ou de piété, tient à
ce que, par la présence sacramentelle de Jésus-Hostie, Dieu prend
linitiative de nous rencontrer. Le Christ me précède dans
la réponse que le Père attend. « Leucharistie
signifie : Dieu a répondu. Leucharistie est Dieu comme
réponse, comme présence qui répond ». (J.
Ratzinger Dieu nous est proche Parole et silence 2003 p. 95).
Lévangélisation nest pas une opération
marketing ou une stratégie commerciale. Elle naît de ce contact
personnel avec Jésus-Christ. Ladorateur consent à se laisser
radicalement saisir par le Christ, à se laisser ainsi « évangéliser »
par celui quil aura mission dannoncer.
La première personne rencontrée par la mission, cest le
missionnaire lui-même. « Tout missionnaire nest authentiquement
missionnaire que sil sengage sur la voie de la sainteté »
(Redemptoris Missio n° 90). Ainsi, le concile Vatican II invitait-il
« tous les chrétiens à une profonde rénovation
intérieure, afin quayant une conscience vive de leur propre responsabilité
dans la diffusion de lEvangile, ils assument leur part dans luvre
missionnaire » (Ad Gentes n° 35).
Il y a quelques mois, je me trouvais en compagnie de Mgr Henri Teissier, archevêque
dAlger, à Tibbérine, dans ce monastère cistercien
où 7 moines kidnappés par des groupes islamistes ont été
massacrés. Cétait en 1996. Deux mois après, on retrouvait
leurs têtes suspendues aux branches dun arbre, à quelques
kilomètres de là. Au cours de mon voyage et en visitant le monastère
de Tibbérine, jai reçu la confidence dun prêtre
qui a bien connu les moines assassinés. Il se trouvait lui-même
là, la nuit du rapt, dans le monastère et a pu échapper
miraculeusement à leur enlèvement. Ce prêtre me disait :
« Tous les moines sattendaient à cette issue. Ils sy
préparaient spirituellement. Sans savoir ni lheure, ni le jour.
Au fil des mois, la communauté avait gagné en communion, en fraternité,
en ferveur. Elle était devenue « plus eucharistique »
ajoutait-il. Et il se rappelait, le soir de leur disparition, après loffice
des Complies. Plusieurs dentre eux étaient agenouillés,
dans le silence de la nuit, devant le tabernacle. Tout témoignage, fut-il
celui de martyr de sang, commence à genoux. Ladoration eucharistique
est une école de ferveur. En contemplant Jésus eucharistie, livré
pour que le monde ait la vie, nous sommes invités à donner notre
vie, en retour, au Christ et à nos frères. Leucharistie
nous guérit de lindifférence et du repli sur soi. Dans son
audience générale du 21 juin 2000, le Pape soulignait avec force
la dimension missionnaire de leucharistie. « Cest dans
lEucharistie que lEglise et chaque croyant trouvent la force indispensable
pour annoncer et témoigner à tous lEvangile du salut. La
célébration de lEucharistie, sacrement de la Pâque
du Seigneur, est en soi un événement missionnaire qui introduit
dans le monde le germe fécond de la vie nouvelle. Cette caractéristique
missionnaire de lEucharistie est explicitement rappelée par Saint
Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Chaque fois que vous
mangez de ce pain et que vous buvez de ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur
jusquà ce quil vienne » (1 Co 11,26). LEglise
reprend les mots de St Paul dans la doxologie après la consécration.
LEucharistie est un sacrement « missionnaire »,
non seulement parce que cest delle que jaillit la grâce de
sa mission, mais aussi parce quelle contient le principe et la source
pérenne du salut pour tous les hommes. La célébration du
Sacrifice eucharistique est par conséquent lacte missionnaire le
plus efficace que la Communauté ecclésiale puisse réaliser
dans lhistoire du monde. »
2) LADORATION, EVANGELISATION DE NOTRE CORPS.
« Adoration ». Le mot provient dun mot latin dont
létymologie est tirée de « ios » (la
bouche). Ladoration comprend donc une prostration dans le but est datteindre
lobjet de la vénération et de le baiser. Adorer signifie
donc : sincliner profondément en signe dextrême
respect. Les exemples évangéliques ne manquent pas : la femme
atteinte dhémorragie se jette par terre et veut attraper la frange
du manteau de Jésus pour lembrasser (Lc 8,44). De son côté,
Marie-Madeleine se jette aux pieds de Jésus et les embrasse. St Augustin
parle de ladoration du Christ au St-Sacrement accompli par des inclinations
et des prostrations (Enarr.in ps 98,9 ; PL 37, 1264 c). Cette attitude
dadoration est bien naturelle à lhomme quand il se trouve
en face de quelque chose ou de quelquun qui le dépasse. Nous sommes
appelés, comme chrétiens, à adorer en « Esprit
et en Vérité ». Cette adoration ne consiste pas seulement
en un exercice dintelligence ou de volonté. Ladoration doit
sexprimer avec tout notre être et donc engager également
avec notre corps. Lhomme est créé pour adorer, pour sincliner
profondément devant Celui qui nous a faits et qui nous dépasse.
On sait les réticences de nombreuses personnes devant la pratique de
ladoration eucharistique. Parfois, ces oppositions relèvent dune
allergie à la prière contemplative en général, une
crainte de fuite dans le « spirituel », de désengagement
dans la vie du monde, un rapport magique et superstitieux envers les espèces
consacrées. Plusieurs objections contre ladoration eucharistique
ont été faites. En particulier, sur labsence de cette dévotion
pendant le 1er millénaire. La pratique continuelle de la conservation
des saintes espèces afin de les porter aux malades, confirme cependant,
à travers les âges, la foi de lEglise en la présence
réelle. Elle a toujours entouré le Saint-Sacrement dun saint
respect.
Une autre objection conteste la non consommation du pain consacré. Le
pain eucharistique nest pas là pour être regardé,
mais pour être mangé. Mais plus lEglise a pénétré
le mystère de leucharistie, plus elle a compris que la réception
du Christ dépasse le cadre de la célébration. Le mystère
eucharistique demeure. Il nous inclut dans le culte divin de lEglise universelle
.
On accuse enfin ladoration eucharistique dêtre sentimentale,
et attachée à un signe concret. Notre foi, pourtant, a besoin
pour fixer son attention est dêtre attirée par un signe qui
exprime une réalité divine. La vue de lhostie consacrée
soutient la démarche de foi. Est-ce une concession à la faiblesse
et à la psychologie humaine ? Cest plutôt la loi de
lIncarnation qui joue : notre être doit pouvoir collaborer
à lexpression de notre amour afin de le rendre plus intense et
plus incandescent. Ladoration eucharistique est de ce fait une merveilleuse
miséricorde de Dieu. Il place le Corps eucharistique de Jésus
à notre portée, sous notre regard. On ne peut nier le réalisme
anthropologique de cette dévotion. Lintimité avec Dieu qui,
en son Fils a pris chair de notre chair pour nous faire partager sa divinité,
ne veut pas se passer de lincarnation des moyens. De quelle manière
faire entrer nos contemporains dans ce mouvement dadoration, dans un contexte
où le rapport au corps est biaisé ? Dans notre civilisation,
le corps est souvent devenu un objet : de séduction et de convoitise
qui est exhibé, de promotion commerciale, de publicité et de commerce
de manipulation (une boîte à outils : transplantation dorganes,
manipulations génétiques) Dun côté le corps
est adulé, de lautre méprisé, quand il est fripé,
usé, déjà habité par la proximité de la mort.
Quand il ne correspond plus aux canons de beauté, à lutopie
de léternelle jeunesse. Tant de nos contemporains voudraient un
corps éternellement indemne, préservé et qui na pas
servi. Un corps sans histoire.
Dans ladoration, face au corps eucharistique du Christ, corps livré
pour la vie du monde, corps qui a transité par la mort et qui sest
fait don et nourriture, corps qui révèle à lEglise
lintériorité et le mystère de lamour de Dieu
pour lhomme, le croyant agenouillé est invité à offrir
son corps « en hostie, vivante, sainte, agréable à
Dieu ». (Rm 12,1). En mobilisant son corps dans un geste de
recueillement et doffrande, en déchargeant son esprit de toute
préoccupation, centrée sur Jésus-Hostie, ladorateur
accueille pour lui-même, au nom de lEglise et pour le salut du monde,
la Mission du Christ qui donne sa vie pour que le monde ait la vie.
« Votre corps est le temple de lEsprit-Saint. Rendez gloire
à Dieu dans votre corps » (1 Co, 19-20)
Alors que nous assistons aujourdhui à une dislocation de la personne
humaine entre le corps, le psychisme et lâme, la liturgie et ladoration
eucharistique devraient être des lieux thérapeutiques où
cette unité est retrouvée. Toutes les possibilités spirituelles
de notre corps font nécessairement partie de notre manière de
célébrer leucharistie et de prier. De même que lécoute
recueillie de la Parole de Dieu requiert la position assise, et que la disponibilité
(cf comme Israël qui mange debout lagneau pascal) ou le mouvement
de la Résurrection (cfA c 7, 56) réclament la station debout,
la grandeur de Dieu et de son Nom, sexpriment par lagenouillement.
Daprès le récit de St-Luc, Jésus-Christ lui-même
a prié à genoux durant les dernières heures avant sa passion,
sur le mont des Oliviers (cf Lc 22,41). Etienne tomba à genoux
lorsquavant son martyre, il vit le Ciel ouvert et le Christ debout (cf
Act 7,60). Devant celui qui est debout, il se met à genoux. Pierre
a prié à genoux pour demander à Dieu la résurrection
de Tabitha (cfA c 9,40). Après son grand discours dadieu
devant les anciens lEphèse (avant son départ pour Jérusalem
où lattend la captivité), Paul a prié avec eux à
genoux (cf Ac 20,36). Lhymne au Christ de la lettre aux Philippiens
(cf h 2, 6-11) applique à Jésus-Christ la promesse dIsaïe
annonçant la prosternation à genoux de toute la terre devant le
Dieu dIsraël : « au nom de Jésus »,
tout « sagenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et
dans les enfers » (Ph 2,10).
Cette position à genoux est lexpression corporelle de notre adhésion
à la présence réelle de Jésus-Christ, qui, comme
Dieu et homme, avec son corps et son âme, avec sa chair et son sang, se
rend présent parmi nous. Notre foi au Verbe incarné qui est allé
jusquà donner sa vie, son corps, sa mort pour le salut du monde,
nous conduit, comme les bergers et les mages, à exprimer nous aussi par
notre corps notre émerveillement et notre adoration. Notre corps manifeste
alors visiblement ce que notre cur croit. Ainsi la philosophe Simone Veil,
dorigine juive et non croyante, exprimait ainsi sa découverte du
Christ à Assise en 1936. « Quelque chose de plus fort que
moi ma obligé, pour la première fois de ma vie, à
me mettre à genoux ». Oui, nous avons la grâce de connaître
quelquun devant qui sagenouiller. Léon Bloy écrivait :
« Au fond, il nest quune tristesse, celle de ne pas être
un saint ». Jajouterais : « Celle de ne pas
adorer ».
Le témoignage des saints est à ce sujet éloquent :
St Dominique se prosternait sans cesse, en venia (allongé de tout
son long à plat ventre) en présence du Saint-Sacrement. Sr Marie-Aimée
de Jésus baisait le sol devant le Saint-Sacrement, disant quelle
ne voulait plus se relever et rester dans cette humble posture toute sa vie.
On pourrait y voir quelque chose dexcessif. Il nen est rien pourtant.
Lattitude extérieure traduit la dévotion intérieure.
St Pierre-Julien Eymard nous rappelle que le premier mouvement de ladoration
consiste justement à se prosterner à terre, le front incliné.
Cest une attitude qui nous permet de proclamer sans mots la majesté
infinie du Dieu qui se cache sous le voile de lEucharistie.
3) ADORER, ENTRER DANS LA FIDELITE DE DIEU
Un célèbre magazine titrait il y a quelques semaines :
« De lart de tromper son mari ! » Les émissions
de « talk-show » ou de « télé-réalité »
du genre (en France) « Loft story », « Ile de la
passion » « Les colocataires »
exploitent
avec succès commercial le filon de linfidélité. Des
couples se construisent et se déconstruisent, sous lil de
la caméra complaisante, au gré des séductions successives.
Les partenaires livrent à la pâture de nos écrans les confidences
de leur flirt, de leurs caprices, de leurs pulsions
Le tout, pour quelques
promesses vénales et médiatiques de devenir enfin une star.
Les relations amoureuses et conjugales sont marquées du sceau de la précarité
et le nombre de célibataires ne cesse de croître (7,2 millions
de Français)
La sphère économique et sociale est gagnée elle aussi par
cette culture de linfidélité. Beaucoup dentreprises
considèrent les salariés comme de simples « mercenaires ».
Lobjectif de certaines entreprises est dutiliser lhumain au
maximum de ses capacités physiques et cognitives. Lindividu est
condamné à réussir, et cette réussite doit être
sans limite, sans repos. Cette quête effrénée pour être
« le meilleur » saccompagne dune quête
identitaire permanente, qui sexprime par des appartenances multiples,
successives, concomitantes, sans que lindividu veuille se fixer durablement.
La judiciarisation des procédures dembauche ou de licenciement
coïncide aussi avec la perte de confiance en la parole donnée. On
constate, impuissant, un délitement du contrat moral qui structurait
dans bien des cas les relations entre un salarié et son employeur. Laffaiblissement
du sentiment dappartenance et dadhésion correspond à
la montée de lindividualisme, chacun « zappant »,
au gré de ses intérêts ou de son ressenti, dun emploi
à un autre, dun pays à un autre
Par peur ou par refus de sengager dans la durée, et de sinscrire
dans lépaisseur du temps, les attitudes clientélistes se
multiplient : les sondages et enquêtes offrent dexcellents
outils marketing pour voguer ou surfer à la remorque des opinions publiques,
pour « draguer » des clientèles potentielles, manipuler
leurs besoins ou en susciter de nouveaux.
LEglise est à contre-courant de lidéologie de linfidélité.
Le croyant sait le prix et le poids de la parole donnée devant Dieu,
et lEglise se définit comme une communauté de « fidèles »
rassemblés par le Christ en un seul Corps.
Ladoration eucharistique est une épreuve de fidélité,
de constance et de persévérance. Il ne sagit pas tant de
se préserver de lusure que de maintenir la ferveur première.
Ladoration eucharistique est une évangélisation du temps.
Il sagit de vivre linstant présent de la rencontre éternelle
avec Dieu par la présence réelle du corps eucharistique de Jésus-Christ.
Comme Marie, le disciple bien aimé, Marie-Madeleine
et les saintes
femmes présentes et silencieuses au Calvaire à lheure du
sacrifice du soir, ladorateur recueille le don inestimable qui lui est
fait. Il sagit de « durer », de refuser limpatience
et léparpillement pour se centrer en Christ. Il sagit de
contempler la « permanence » de lAmour, qui jamais,
ne se reprend, sa fidélité qui appelle la nôtre.
4) ADORER : CHRISTIANISER NOTRE INTERIORITE
Cette christianisation se rapporte à 4 composantes 1) La grâce
du silence. Nous nous immergeons dans un monde bavard et qui, pour colmater
ses vides intérieurs, fait du bruit. Le premier réflexe de nos
contemporains est significatif : celui dallumer le poste de télévision
ou la radio. Le silence insupporte, tant il nous renvoie à notre mal
être, à notre peur du silence. Je viens du pays de la lavande et
du mistral, pays de la faconde où lon parle souvent avec la table
de multiplication. Je me souviens des reproches que des paroissiens formulaient
à lendroit de leur nouveau curé, exilé des pays du
Nord (cest-à-dire au dessus de la Loire) et qui navait pas
« laccent » : « Cest un brave
curé, disaient-ils, mais il ne parle que pour dire quelque chose !». À contrario, nous parlons souvent pour ne rien dire, dans un flot ininterrompu
de sons chaotiques, de paroles creuses, paroles de « divertissement »
disait Blaise Pascal ou de défoulement, dont lexpression caricaturale
sont les émissions de TV reality ou de talk show. Avalanche
de mots orphelins de sens et vides de contenu.
Le silence de ladoration renvoie au silence de la Croix. Non pas le mutisme
sourd mais le réalisme dune présence qui excède toute
parole humaine. Leucharistie exposée est un signe éloquent
qui nous exonère de tout discours justificateur qui serait de trop. Leucharistie
renvoie inexorablement à lAmour divin qui la porte. Un amour quaucun
langage ne peut contenir et qui ne sexprime que dans lexcès
de sa manifestation. Ladorateur est renvoyé à cette surabondance.
Je pense à cet échange entre Thérèse de lEnfant
Jésus et une de ses consoeurs carmélites. Celle-ci lui demandait :
« Que dites-vous à Jésus ? » Thérèse
de répondre : « Je ne dis rien, je laime ».
Tel est le poids damour dont ladoration eucharistique est chargée.
Cette centration en Dieu écarte le factice, le superficiel, les insidieuses
compromissions avec lesprit du monde. Ce face à face renvoie aussi
à un « mode de vie eucharistique » marqué
par lhumble et mesuré usage des choses et du temps et la célébration
évangélique du quotidien.
Cette civilisation rivée à linstant éprouve tant
de difficultés à se projeter en avant, à sengager
vers le futur autrement quen voulant lui mettre la main dessus par la
prétention de la science, ou en limaginant comme une photocopie
améliorée du présent, ou bien encore, en voulant le domestiquer
en faisant appel aux prédictions des gourous et des devins de tout poil
qui pronostiquent ce de quoi demain sera fait.
2) Lobjectivité de la présence réelle du Christ
Notre système culturel est marqué par lindividualisme,
lhédonisme, le consumérisme. Ils flattent lépiderme,
recherchant lémotion et prônant lhégémonie
de linstant. Mais il laisse au fond du cur le goût amer de
linachevé, et plus encore, le reproche culpabilisant de sêtre
trompé.
Thérèse dAvila disait que « celui qui a linstant
présent, a Dieu ». La grâce de ladoration eucharistique
est de nous placer dans et face à lobjectivité dune
présence. Celle du Christ, en état doffrande au Père.
Le temps passé à adorer est habité par cette présence.
Nous ne sommes pas renvoyés à nos états dâme,
à un vague désir de spirituel, à notre subjectivité
mouvante
Nous nous trouvons face au Christ et à Lui seul. En dehors
de notre foi, aucune méthode ou stratagème ne nous conduit à
Dieu. Ladoration évangélise notre prière. Elle donne
accès à Dieu.
3) La transformation eucharistique Une des données originelles
de la foi eucharistique est de savoir quil y a une transformation. Une
transformation du pain et du vin qui atteint et change leur réalité
dans leur être propre, et les élève à une réalité
supérieure, pour en faire le corps et le sang du Seigneur. Cest
le principe de la transsubstantiation. Le Seigneur sempare du pain et
du vin pour les faire sortir, pour ainsi dire, du cadre de leur être propre,
et les placer dans un nouvel ordre. Même sils restent inchangés
sur le plan physique, ils sont devenus profondément autres. Là
où le Christ est rendu présent, il nest pas possible que
rien nait changé. Là où Il a posé la main,
quelque chose de nouveau est advenu. Adorer, cest consentir à se
laisser, nous aussi, transformer, convertir, évangéliser, afin
daccéder à notre vraie humanité. Ladoration
nest pas un « gadget spirituel » mais un chemin
de renouvellement intérieur et personnel. Elle est une « force
transformante » (Jean-Paul II LEglise vit de leucharistie
n° 62). Un lieu despérance aussi : le monde est transformable.
Il sera, dans sa totalité, la nouvelle Jérusalem, le nouveau Temple
de Dieu. Leucharistie, dans sa dimension eschatologique, nous offre le
gage et le principe de cette transfiguration.
4) Lannonce de la joie de Dieu Ladoration est source dune
joie intarissable que le monde ne peut pas connaître. Joie de se donner
sans restriction et sans détour à celui qui sest donné
à nous en Fils bien aimé. « La joie ne peut se séparer
du don », disait Jean-Paul II. Il ajoutait : « en
Dieu, tout est joie car tout est don. » Et les raisons de cette joie
seront toujours plus grandes que la joie que nous pouvons manifester, car ce
nest pas la joie qui manque au chrétien, mais lui qui, hélas,
sy dérobe.
5) ADORER, SIMMERGER DANS LE MYSTERE PASCAL
En écoutant la radio, regardant la télévision, lisant les
journaux
. Un mot fait recette : le mot « crise » :
société en crise, crise des marchés de lEtat, crise
du pétrole dont les prix flambent actuellement, crise de la famille,
crise morale ou spirituelle, personnes en crise, jeunes qui font leur crise...
Ce mot crise évoque un moment charnière, un cap à franchir,
une situation de rupture, de remise en cause et de contestation, la fin dun
système avec les incertitudes qui pèsent sur lavenir.
La crise fait partie de la vie. Car celle-ci passe par des mutations, changements
de taille physiologique, et dorganisation psychologique. La « crise
biologique » fait que la chenille devient papillon, la crise de croissance
fait passer lenfant au stade adulte.
Mais nous nous trouvons dans un siècle de multiplication des crises :
sans doute liée à laccélération de lhistoire,
aux formidables transformations scientifiques et technologiques avec toutes
leurs conséquences psychologiques et sociologiques.
Pour conjurer nos peurs face à lavenir, on se met à rêver
dun monde sans crise, sans drame, sans heurt, sans guerre, sans catastrophe.
La montée en puissance actuelle du pacifisme nest pas sans rapport
avec ce rêve. On imagine un monde sans nuage. La publicité fait
miroiter à la pâture de nos écrans ou sur les devantures
de nos hypermarchés, le mythe dun Mardi-Gras à perpétuité,
dun immense Dysneyland. Notre société prend en charge une
part de la réalité quelle exalte et gonfle au silicone :
la part du plaisir, de la santé, de léternelle jeunesse
bronzée et athlétique, de la vitesse et de la sécurité
Mais, par le refoulement ou le défoulement, « par le divertissement »
(Pascal), oublie le reste (le côté sombre). Notre société
cultive la fuite en avant. Elle est passée maître dans lart
de lesquive et de léchappatoire, du zapping et du surf, aussi
bien sur internet que sur les vagues de locéan. Il sagit
déviter les obstacles, de contourner la crise, de la fuir à
tout prix.
Telle nest pas la logique de la foi. La foi nous met en situation de crise.
On attendrait delle quelle nous prémunisse du naufrage, quelle
soit une planche de salut, quelle soit la résolution de la crise
et non pas son actualisation. Beaucoup de contemporains de Jésus, qui
ne voyaient en Lui quun thaumaturge ou quun guérisseur, se
sont écartés de Lui quand il leur a évoqué la proximité
et la nécessité de la Passion, et quand il les a entraînés
dans la non évidence de la foi.
Oui, Jésus conduit les apôtres jusquà une situation
de crise, jusquà un drame intérieur, jusquà
ce quils reconnaissent en leur propre fond ce quils ont reçu
de Jésus. Jusquà une prise de conscience de ce qui, dans
son message, leur est devenu indispensable pour vivre, jusquà un
choix : Soit la trahison : rappelons-nous Judas qui décide
de trahir au cours du repas de la Cène Soit cette secrète attirance
jaillie du plus profond du cur et de la liberté et qui conduit
Pierre à crier au Christ : « Seigneur, vers qui pourrions-nous
aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».
Toute crise nous invite toujours à faire le deuil des sécurités
en lesquelles on se réfugie afin denter dans une nouvelle profondeur
et une nouvelle maturité. Oui, la crise est peut-être le bélier
pour enfoncer les portes de ces forteresses dans lesquelles nous nous emmurons
avec tout notre arsenal de défense, pour nous empêcher ou nous
éviter de grandir, de nous rendre vulnérable et perméable,
en tout cas dentrer en intériorité.
Peut-être, et je lavoue sans cynisme, la crise est-elle là
pour nous éviter le pire, et pour solliciter de notre part un supplément
dâme, en vue dune reddition, dun lâcher prise,
dune renaissance.
Ladoration eucharistique place le croyant devant la présence de
Jésus qui offre sa vie par amour, qui se donne sans retour et sans restriction
pour le salut de lhumanité. Ladoration « fixe »
Jésus en situation de « crise », en cet instant
suprême où il paie de sa vie le salut du monde.
Combien de personnes seules ai-je connu, personnes abandonnées, otages
dun drame intérieur, angoissées, rattrapées par leur
passé, sans espérance
qui ont trouvé dans ladoration
eucharistique un suprême réconfort, une paix et une réponse
quaucun psychologue, quaucune oreille bienveillante auraient pu
leur offrir. Face à ces êtres plongés dans le Vendredi Saint,
seul peut parler de la mort et de la résurrection Celui qui est sorti
du tombeau vivant à jamais, le Christ présent dans le St Sacrement
de lautel.
Je pense à ce Fabio, 28 ans, que jai rencontré cet été
au Brésil dans la banlieue de Sao Paulo. Ramassé par les Franciscains
de la communauté Toccu de Assisi dans une décharge dordures,
il a été accueilli dans cette fraternité vouée à
ladoration perpétuelle et à laccueil des plus pauvres
dentre les pauvres. Fabio a retrouvé vie par ladoration eucharistique.
Ladorateur se trouve placé en intercession avec le Christ sur les
fractures de lhumanité. Sa supplication embrasse toutes les situations
où lhomme a perdu sa dignité, son intégrité,
sa ressemblance avec Dieu. Ladoration évangélise en appliquant
le salut à partir du Christ-Eucharistie, et à travers lEglise
et par lEglise, sur toutes les situations où lhomme ne répond
plus à sa vocation.
6) LADORATION EUCHARISTIQUE, SOURCE ET SOMMET DE LA MISSION DE LÉGLISE
À Abitina, en Afrique proconsulaire, en 304, lassemblée dominicale
avait été interdite sous peine de mort. Or des chrétiens
du lieu avaient transgressé lédit impérial. 49 dentre
eux furent arrêtés. Au juge qui cherchait la raison de cette transgression,
Emeritus répondit : « Parce que ce sont mes frères
je ne pouvais les en empêcher, parce que, sans lEucharistie, nous
ne pouvons pas vivre. » Cette anecdote des premiers siècles
situe parfaitement limportance de lEucharistie dans la vie du chrétien
et de lEglise. « Si lEglise est la plénitude du
Christ, le Christ, en son eucharistie, est vraiment le cur de lEglise »
(H. De Lubac Méditation sur lEglise p. 137). Le corps
eucharistique fait le corps ecclésial et le renouvelle sans cesse.
Dans sa lettre Dies Domini, le pape Jean-Paul II invitait les fidèles
à imiter lexemple des disciples dEmmanüs, qui après
avoir reconnu le Christ ressuscité « à la fraction
du pain » (Lc 24, 30-32) ressentirent lexigence daller
tout de suite partager la joie de leur rencontre avec Lui (cf n° 45)
avec tous leurs frères. Le « pain partagé »
ouvre la vie du chrétien et de toute la communauté au partage
et au don de soi pour la vie du monde (Jn 6,51). « Chaque
fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez
la mort du Seigneur jusquà ce quIl vienne » (1
Co 11, 26). Lapôtre met en étroite relation le banquet et
lannonce. « Lenvoi à la fin de chaque messe constitue
une consigne qui pousse le chrétien à sengager pour la diffusion
de lEvangile et lanimation chrétienne de la société »
(Jean-Paul II, lettre apostolique
. Vobiscum Domine n° 24)
LEglise évangélise à partir de leucharistie.
Le vieil adage du pseudo Jérôme « lEglise fait
leucharistie et leucharistie fait lEglise » est
particulièrement éclairant. Le Christ nourrit son corps (Cl
2,19). Le verbe « faire » na pas le même
sens dans les deux cas. LEglise « fait » leucharistie,
cest-à-dire quelle la célèbre et la rend présente
dans sa liturgie. Mais leucharistie « fait » lEglise
au sens où elle la construit et lédifie. Par leucharistie,
le Christ fait vivre son Eglise. Elle est devancée par un don qui la
fait advenir, neuve et saint, dans le monde : le don de la Résurrection.
Lévangélisation nest pas seulement une annonce du
Christ mais aussi un processus dincorporation à lEglise.
Doù le lien sacramentel entre lévangélisation
et leucharistie.
« Lincorporation au Christ, réalisée par le baptême,
se renouvelle et se renforce continuellement par la participation au Sacrifice
eucharistique, surtout par la pleine participation que lon y a dans la
communion sacramentelle. Nous pouvons dire, non seulement que chacun dentre
nous reçoit le Christ, mais aussi que le Christ reçoit chacun
dentre nous. Il resserre son amitié avec nous : « Vous
êtes mes amis » (Jn 6,57). Quant à nous, nous
vivons grâce à lui : « Celui qui me mangera vivra
par moi » (Jn 6,57). Pour le Christ et son disciple, demeurer
lun dans lautre se réalise de manière sublime dans
la communion eucharistique : « Demeurez en moi, comme moi en
vous » (Jn 15,4) » Jean-Paul II, (Encyclique
lEglise vit de lEucharistie n° 22).
La communauté se constitue, dans sa sacramentalité, par leucharistie
et par ladoration eucharistique. Et le pape de rajouter : « En
sunissant au Christ, le peuple de la nouvelle Alliance, loin de se refermer
sur lui-même, devient « sacrement » pour lhumanité,
signe et instrument du salut opéré par le Christ, lumière
du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16) pour la rédemption
de tous. La mission de lEglise est en continuité avec celle du
Christ : « De même que le Père ma envoyé,
moi aussi, je vous envoie » (Jn 20,21). Cest pourquoi,
de la perpétuation du sacrifice du Christ dans lEucharistie et
de la communion à son corps et à son sang, lEglise reçoit
les forces spirituelles nécessaires à laccomplissement de
sa mission. Ainsi, lEucharistie apparaît en même temps comme
la source et le sommet de toute lévangélisation, puisque
son but est la communion de tous les hommes avec le Christ et en lui, avec le
Père et lEsprit Saint. » (n° 22)
CONCLUSION
LEucharistie est au cur de notre vie de chrétien. Elle
en est en quelque sorte lorigine et laboutissement. Mais elle est
aussi le moyen surnaturel de nous faire entrer dans notre vocation commune :
reproduire aux yeux du Père, par la puissance de lEsprit-Saint,
le visage du Fils. Par Jésus, et donc par lEucharistie, nous sommes
introduits dans lamour trinitaire, cet amour infini qui unit le Père
au Fils et le Fils au Père.
Thérèse de lEnfant Jésus, patronne des Missions,
avait retenu cette parole, et sa prieure : « Cest par
la prière que les Carmélites doivent sauver les âmes ».
Elle-même était entrée au Carmel pour « sauver
les âmes et prier pour les prêtres ».
Cest dans par lamour de Jésus Eucharistie que lhumble
carmélite développe son zèle missionnaire, ne laissant
vivre en elle les sentiments du Bien Aimé, quelle peut communiquer
aux âmes, ses surs : « Ah, Cest que Jésus
a un amour si incompréhensible quIl veut que ayons part avec lui
au salut des âmes. Il ne veut rien faire sans nous. Le créateur
de lunivers attend la prière dune pauvre petite âme
pour sauver les autres âmes, rachetées comme elle au prix de tout
son sang. Notre vocation à nous, ce nest pas daller moissonner
dans les champs de blés mûrs. Jésus ne nous dit pas :
« Baissez les yeux, regardez les campagnes et allez moissonner. »
Notre mission est encore plus sublime. Voici les paroles de notre Jésus :
« Levez les yeux et voyez. Voyez comme dans mon Ciel, il y a des
places vides, cest à vous de les remplir, vous êtes mes Moïse
priant sur la montagne » (Lt 135).
Que lexemple de Marie, la « femme eucharistique »
qui se tient debout au pied de la Croix, que le témoignage des saints
et des hérauts de ladoration eucharistique, entraînent
le peuple chrétien à entrer de plein pied dans la nouvelle évangélisation
dont le monde a besoin !
« Pour évangéliser le monde, il faut des apôtres
« experts » en célébration, en adoration
et en contemplation de lEucharistie » Jean-Paul II (Message
pour la Journée mondiale des Missions 2004).